/misc
Navigation

Les juifs en sécurité aux États-Unis?

Les juifs en sécurité aux États-Unis?
Photo d'archives, AFP

Coup d'oeil sur cet article

En 2019, les États-Unis ont enregistré un nombre record d’actes antisémites. Selon des chiffres présentés par l’ADL (Anti-Defamation Leaugue), il s’agit du plus haut taux depuis 1979. 

L’ADL publiait lundi un communiqué alarmant. On y relève une hausse de 12% d’incidents antisémites et une hausse de 56% des agressions. On recense des cas dans tous les États continentaux des États-Unis ainsi qu’à Washington DC., mais près de la moitié des incidents sont survenus à New York. 

Le président de l’ADL, Jonathan A. Greenblatt, a exprimé son inquiétude dans des termes on ne peut plus clairs: «This was a year of unprecedented antisemitic activity, a time when many Jewish communities across the country had direct encounters with hate». L’antisémitisme a atteint un niveau sans précédent, et plusieurs communautés ont été confrontées à la haine. 

Plusieurs représentants de la communauté juive ont réagi vigoureusement à la publication des chiffres de l’ADL et ils ne cachent pas leurs craintes. C’est le cas du représentant démocrate Steve Israel, qui s’exprimait ce matin sur le site de The Hill

S’il rappelle rapidement que l’antisémitisme n’est pas nouveau aux États-Unis, il souligne que le contexte actuel marqué par l’épidémie et la division du pays lui fait craindre le pire. 

Selon certaines informations véhiculées sur les réseaux sociaux, les juifs sont responsables de la procédure de destitution contre Donald Trump, tout comme ils doivent assumer la responsabilité de la propagation du virus. Des manifestants anticonfinement en Ohio ont associé l’image d’un juif à l’expression «The real plague», la vraie peste... 

Peut-on vraiment reprocher à Steve Israel de craindre qu’une fois de plus, les juifs soient utilisés comme bouc émissaire? Disons que l’histoire n’a rien pour le rassurer. 

Israel, un démocrate, je le rappelle, souhaite un message plus rassembleur aux États-Unis et il n’a pu résister à la tentation de pointer en direction du président. Il souligne d’abord le paradoxe d’un dirigeant qui est prêt à déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem et à appuyer les revendications de l’État israélien sur la scène internationale, alors que la communauté juive américaine est plus que jamais victime d’agressions. 

Pour le représentant de New York, Donald Trump devrait imiter Jimmy Carter. En 1977, ce dernier n’avait pas hésité à dénoncer des néonazis qui planifiaient une marche dans les rues de Skokie, en Illinois. De très nombreux survivants de l’holocauste s’étaient installés à Skokie, le deuxième plus grand regroupement à l’extérieur d’Israël, selon le maire de l’endroit. 

Que vous partagiez l’opinion de Steve Israel ou pas, que vous perceviez une récupération politique ou pas, le communiqué de l’Anti-Defamation League n’est qu’un indicateur supplémentaire de la fragilité de la mosaïque américaine.  

Ce qui touche la communauté juive affecte également d’autres communautés, et ce n’est pas la première fois que j’aborde la question du racisme ou de la discrimination. Plus que jamais, nos voisins ont besoin de politiciens et de politiciennes qui tentent de les unir plutôt que d’exacerber le ressentiment.  

Les États-Unis vivent une évolution démographique rapide, et les représentants des différentes minorités seront bientôt plus nombreux que la population blanche. Avez-vous l’impression que cette transition se déroule bien? Si certains Blancs plus inquiets trouvent du réconfort dans les politiques ou les propos du président, je m’inquiète du message.