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COVID-19: pénurie de gants à prévoir

La situation pourrait empirer alors que les prix sur le marché explosent

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Photo AFP

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Après les masques en début de crise, les gants médicaux seront le prochain équipement de protection à être en pénurie, préviennent des distributeurs. Une véritable flambée des prix s’observe d’ailleurs déjà sur le marché.

Le président-directeur général du Groupe Dissan, spécialisé dans la distribution de produits sanitaires, voit s’installer cette rareté des gants depuis quelques semaines déjà. Avec les difficultés d’approvisionnement vient une montée rapide des prix fixés par les fabricants qui flairent la bonne affaire.

« La boîte de 100 gants qui se vendait 5 $ ou 6 $, elle commence déjà à se vendre 25 $. Et dans trois semaines, je m’attends à la payer 50 $. C’est ridicule ce qui se passe actuellement », explique Mario Lamarche, qui dresse un parallèle entre la situation vécue avec les masques dans les derniers mois.

Cette lecture de la situation rejoint celle de la Society for Healthcare Organization Procurement Professionals (SHOPP), un organisme américain qui a étudié la flambée des prix aux États-Unis. Selon ses recherches, publiées par le magazine spécialisé McKnight’s, les établissements payaient au début avril entre 200 % et 300 % plus cher pour leurs gants, un pourcentage appelé à gonfler encore.

Mario Lamarche, président-directeur général du Groupe Dissan, voit le manque de gants se dessiner à l’horizon depuis quelques semaines. Il note cependant que la pénurie de désinfectant à main semble en voie de se résorber.
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Mario Lamarche, président-directeur général du Groupe Dissan, voit le manque de gants se dessiner à l’horizon depuis quelques semaines. Il note cependant que la pénurie de désinfectant à main semble en voie de se résorber.

Loin de s’améliorer

« En fait, c’est loin d’être terminé », prévient Philip del Buey, président d’AMG Medical. « Selon les prévisions, ça va être très compliqué jusqu’à la fin de l’année au niveau des gants. »

AMG Medical, qui a plusieurs contrats avec le réseau de la santé, prévient que la pénurie touchera aussi les hôpitaux. « Tout le monde cherche la même chose, donc ça devient difficile d’en trouver, même pour la santé », assure M. del Buey.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a préféré ne pas commenter les difficultés d’approvisionnement, qualifiant le dossier de « très stratégique ». Le MSSS a toutefois confirmé dépendre entièrement de l’apport international alors « qu’il n’existe pas de producteur de gants de nitrile au Québec ». À l’heure actuelle, environ trois millions de gants sont utilisés chaque jour dans le réseau de la santé québécois.  

La production au ralenti

Une part du problème viendrait de l’Asie du Sud-Est, plus particulièrement de la Malaisie, qui produit environ les deux tiers des gants de protection vendus dans le monde. Un ralentissement de la production en mars en raison de la pandémie aura assurément un impact majeur. « Ils ont coupé la production de 50 % pendant quelques semaines », explique Mario Lamarche.

Même si la production a depuis repris son rythme, l’effet pourrait se faire sentir dans les semaines à venir, prévient-on.

« Le temps que les stocks s’écoulent ici, l’effet se fait sentir à retardement », ajoute Philip del Buey, précisant que même au maximum de leurs capacités, les producteurs risquent d’avoir de la difficulté à répondre à la demande. « Le défi, c’est qu’avec les réouvertures partout dans le monde, les enseignants, les garderies, les commerces, les usines, tout le monde va vouloir des gants. »

Moins pire pour le Purell

Quant au fameux désinfectant à main que tout le monde s’arrachait en début de crise, la situation semble en voie de se résorber. Plusieurs nouveaux producteurs se sont lancés sur le marché, ce qui a pour effet d’équilibrer l’offre. 

« Des nouveaux sont arrivés sur le marché pour remplacer les marques connues en pénurie. Monsieur, madame Tout-le-monde paient toutefois encore 10 $ à 12 $ pour un 500 ml en pharmacie, ce qui est le double du prix normal. Mais c’est mieux que le 25 $ qu’on a vu en début de crise. C’est en voie de se résorber », analyse le PDG du Groupe Dissan.

Preuve de l’engouement monstre des premières semaines de la crise pour le Purell, une analyse de Statistique Canada nous apprenait que les ventes avaient explosé en mars, soit une hausse de 639 % comparativement à la même période l’an dernier.