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La crise gérée à 260 km d’ici

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François Legault débarquera aujourd’hui dans une ville de Montréal où la perception de décalage entre les besoins et les décisions prises à Québec est plus grande que jamais.  

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Notre Bureau d’enquête a recueilli les confidences à cet effet d’une dizaine d’élus montréalais, employés de direction d’organismes publics, personnel politique et hauts gradés de corps policiers.   

La plupart ont insisté pour garder l’anonymat, soucieux de ne pas afficher publiquement de dissension en temps de crise.   

La visite à Montréal-Nord, vendredi dernier, du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a laissé un goût amer.   

« C’était la première fois que quelqu’un qui décide à Québec daignait mettre le pied à Montréal depuis le début de la crise », souffle une source bien au fait du dossier, avant d’ajouter que « la crise est gérée par des gens à 260 km de Montréal ».   

« Je ne comprends pas pourquoi ils sont venus ici », confie un élu local. Une autre source parle d’un exercice « maladroit » de relations publiques.   

L’incompréhension était d’autant plus grande cette semaine lorsque le Dr Arruda a justifié la fermeture d’une clinique de dépistage du secteur en avançant que la population ne s’y était pas présentée. La mairesse de Montréal-Nord, Christine Black, avait de son côté reçu des informations contraires.    

« Dans la gouvernance, il y a de quoi qui ne fonctionne pas », dit-elle en entrevue. 

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Décidé à Québec  

Cent quarante-deux résidents de Montréal-Nord sont décédés à ce jour. C’est davantage de morts que dans les régions de la Capitale-Nationale, du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de l’Estrie mises ensemble. Pourtant, il n’y a aucune mesure de plus pour restreindre les déplacements ou imposer le port du masque.   

« Il y a une espèce de décalage entre Québec et Montréal. [La directrice de la santé publique de Montréal] Mme Drouin doit être soumise aux diktats de Québec », dit une députée montréalaise.   

La santé publique de Montréal dispose pourtant d’une impressionnante liste de pouvoirs. La loi lui permet notamment d’« ordonner à une personne de respecter des directives précises pour éviter toute contagion ou contamination » et d’« ordonner la fermeture d’un lieu ».   

Mais compte tenu de la situation d’urgence nationale, « les orientations et les directives sont prises par le directeur national de santé publique [à Québec], de concert avec les directions de santé publique régionales », dit Jean Nicolas Aubé, porte-parole de la santé publique de Montréal.   

Une source dans l’entourage de la mairesse Valérie Plante en convient : « Rien n’est fait sans que Québec ne soit au courant. » Les proches de la mairesse sentent que l’avis de la Ville est « entendu et écouté », mais on rappelle que la CAQ n’a que deux députés sur l’île.