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Grands oubliés de la pandémie: plaidoyer du Dr Julien pour le déconfinement des ados

Dr Gilles Julien
Photo Journal de Québec Dr Gilles Julien

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Les ados du Québec sont les «grands oubliés» de la pandémie, regrette le Dr Julien. Déjà, les dommages du confinement sur eux sont immenses, et on s'expose à une «catastrophe» si on ne les retourne pas sur les bancs d’école. 

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C’est un véritable cri du cœur qu’a lancé le réputé pédiatre Gilles Julien, qui œuvre auprès des ados et des enfants par l'intermédiaire des centres de pédiatrie sociale et de la Fondation du Dr Julien. Sa très grande inquiétude est partagée par de nombreux collègues des quelque 40 centres actifs pour les enfants en difficulté à travers le Québec, soutient-il.   

«Les ados, actuellement, sont les grands oubliés, dit d’entrée de jeu celui qui a consacré sa vie aux enfants. Pour nous, c’est extrêmement sérieux.»   

Interrogé jeudi au terme de deux jours de valse-hésitation du gouvernement sur le retour ou non des élèves du secondaire sur les bancs d’école en septembre, le pédiatre a déploré les messages contradictoires qui sont envoyés à nos jeunes.   

Annonces prématurées  

Selon lui, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a été maladroit en parlant ouvertement du scénario qui prévoit une rentrée virtuelle. «On aurait dû faire attention à des annonces prématurées. Septembre, c’est loin, pour un ado. Je ne comprends pas les décisions actuelles, surtout qu’on change d’une journée à l’autre. Mais déjà, d’annoncer que, dans trois mois, ils n’iront peut-être pas à leur école, c’est très, très dommageable.»   

Les impacts sont grands chez les adolescents, martèle-t-il. «Ils étaient très déçus de ne pas retourner à l’école. D’annoncer qu’on va avoir peut-être une rentrée virtuelle, ça démobilise totalement les ados, qui sont déjà démobilisés à cause du confinement. C’est très triste. Ils deviennent de plus en plus anxieux et dépressifs. Pour nous, c’est une catastrophe. Ça risque d’être pire, pratiquement, que le virus. Autant on a négligé nos personnes âgées, autant, maintenant, on néglige nos ados. On est très, très inquiets.»   

Problèmes graves  

Les inquiétudes sont en effet partagées par de nombreux professionnels de la santé des petits, souligne le Dr Julien. On craint de voir apparaître des problèmes graves: hausse du décrochage, anxiété, dépression. Et tout cela dans l’indifférence générale, déplore-t-il.   

«Le problème de santé mentale va ressortir. Ils ne sont pas malades du virus, les enfants. On leur inocule une maladie d’anxiété à cause du confinement exagéré et de la non-considération. Personne n’en parle, des ados.»   

De surcroît, les services psychologiques ne seront pas suffisants au Québec pour subvenir aux besoins, puisque les professionnels étaient déjà submergés de demandes avant la crise. «Ça va être encore pire. Qui va gérer ça?»   

Peu malades  

Il souligne à grands traits qu’il est reconnu que la maladie n’affecte pas les enfants de façon importante et demande qu’on prenne cette donnée en considération.   

«Nous, les pédiatres, on se demande comment on peut prendre de telles décisions avec le peu de connaissances qu’on a, actuellement, de l’épidémiologie de ce virus-là. Et les constats mondiaux, c’est que les enfants ne sont pas malades. Le risque, c’est qu’ils le transmettent, par contre, à des adultes.»   

Il est cependant possible de limiter les risques de transmission, selon lui, «si les adultes font attention comme ils devraient le faire avec toutes les mesures qu’on connaît maintenant. Les données ne sont pas assez fortes pour obliger les ados à rester chez eux. Et personne n’en parle. Il faut en parler, il faut les écouter.»   

«Ça presse, de les sortir de la maison. C’est vrai pour tout le monde. Mais pour les ados en particulier, qui aiment vivre le moment présent. Ils ne veulent pas imaginer l’avenir. Ils veulent vivre leur moment présent. Et là, tout est coupé, c’est vraiment un désastre anticipé.»   

Enfants vulnérables  

C’est surtout vrai pour les enfants de milieux vulnérables, plaide-t-il. C’est beau d’ouvrir les terrains de golf et de tennis, mais peu d’entre eux participent à ces sports, souligne le pédiatre dans un vibrant plaidoyer.   

«Les conséquences de ce qu’on est en train de faire avec nos ados, elles sont extrêmement dangereuses. Tous les médecins qui voient des ados sont un peu scandalisés, mais en même temps extrêmement inquiets. Quand ils vont commencer à déconfiner, quel genre d’ados on va avoir? Quel impact sur le décrochage? Quel impact sur la santé mentale? Ils sont déjà là.»   

«Si on ne leur donne pas une bouffée d’air frais, ça ne marchera pas. On devrait prioriser ces clientèles-là. Il faut qu’ils jouent au soccer, au basket. Il faut qu’ils voient leurs amis.»