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Je t’aime, moi non plus

Marc Lalonde
Photo d'archives Marc Lalonde a été aux premières loges du référendum de 1980, en tant que ministre et conseiller principal de Pierre Elliott Trudeau pour le Québec.

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OTTAWA | Les épisodes référendaires sont propices aux déclarations d’affection du Canada anglais à l’endroit du Québec.  

• À lire aussi: Les 40 ans du premier référendum: et si le Québec avait dit oui?

Entre ces moments historiques, les « deux solitudes » existent en parallèle dans une certaine indifférence. 

Une indifférence qui laisse parfois place à la méfiance, voire au mépris. 

Durant cette pandémie, le ROC n’a pas hésité à critiquer les décisions prises par Québec, particulièrement depuis l’annonce d’un déconfinement jugé hâtif.   

Peut-on leur en vouloir ? Montréal est la deuxième plus grande ville au pays et l’un de ses principaux moteurs économiques. Le Québec compte pour près du quart de la population canadienne. S’il tousse, c’est tout le Canada qui en pâtit.  

Ses décisions ont de vraies conséquences sur les autres provinces.  

La critique n’est d’ailleurs pas qu’extérieure. Mais on sent que ça irrite davantage lorsque celle-ci provient de l’autre côté de la rivière des Outaouais. 

Vent de nationalisme 

Un vent de nationalisme balaie le Québec depuis le début de la pandémie. Le premier ministre François Legault inspire par son franc-parler, une qualité qui fait défaut à Justin Trudeau. 

Certains souverainistes ont laissé entendre que ce nouvel entrain nationaliste amène de l’eau à leur moulin. Un avis que partage le chef du Bloc québécois, avec d’importantes réserves.  

Car pour Yves-François Blanchet, il serait mal venu de profiter de la crise sanitaire pour parler de souveraineté.  

« On ne politise pas une crise comme celle-là », affirme d’emblée M. Blanchet en entrevue.  

Cela étant dit, à cette question, « un Québec pays aurait-il géré la crise autrement ? », le chef du Bloc se risque à offrir une réponse.  

« La logique suggère qu’un seul gouvernement aurait probablement pu agir plus vite, avec plus de cohérence et d’efficacité », soutient-il. 

M. Blanchet résume en une phrase un des principaux arguments souverainistes. Soit que la fédération crée d’inutiles et nuisibles chevauchements. 

Chevauchements « normaux » 

Des chevauchements que l’ardent fédéraliste Marc Lalonde juge tout à fait « normaux ». 

M. Lalonde, aujourd’hui âgé de 90 ans, a été aux premières loges du référendum de 1980, en tant que ministre et conseiller principal de Pierre Elliott Trudeau pour le Québec.  

Selon lui, la fédération ne s’est jamais aussi bien portée, ses membres étant plus unis que jamais à cause de la mondialisation et de l’émergence des technologies de l’information. 

« Tout le monde a appris à travailler ensemble », plaide-t-il.  

Quarante ans après le premier référendum, est-il possible d’imaginer la tenue d’un troisième rendez-vous avec l’histoire ? 

Après tout, malgré deux défaites, un bon tiers des Québécois se disent toujours souverainistes. 

« Cela prendrait, aujourd’hui, des actions d’une stupidité monumentale de la part du gouvernement canadien », sursaute à la question M. Lalonde. 

Les référendums de 1980 et 1995 sont nés d’intenses guerres constitutionnelles. Il y a peu d’appétit, tant chez les fédéralistes que chez les souverainistes, pour relancer ces débats de fond, aussi pertinents soient-ils pour l’avenir de la nation québécoise. 

En attendant, les chicanes de compétences fédérales-provinciales continueront de faire couler de l’encre, pandémie ou non.