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Le mystérieux actionnaire du Cirque

On entend peu parler du fonds américain Texas Pacific Group qui contrôle l’entreprise

Cirque du Soleil
Photo d'archives, Martin Chevalier Le siège social du Cirque du Soleil à Montréal.

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L’actionnaire de contrôle du Cirque du Soleil est un fonds texan de 119 milliards $ US présidé par un richissime homme d’affaires reconnu pour sa discrétion, mais aussi pour ses fêtes extravagantes que ne renierait pas Guy Laliberté. 

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Alors que le Cirque est au bord de la faillite, le grand patron, Daniel Lamarre, multiplie les entrevues. Le président du conseil, Mitch Garber, répond aux messages. Le fondateur, Guy Laliberté, publie une lettre d’opinion.

Plusieurs travailleurs et employés du Cirque ont aussi contacté Le Journal pour faire état de leur situation.

Dans tout ce brouhaha, on n’entend toutefois à peu près pas l’actionnaire de contrôle du Cirque, le fonds TPG (pour Texas Pacific Group). TPG détient pourtant 55 % du Cirque. Il a donc beaucoup en jeu dans l’aventure. Nos demandes d’entrevue auprès de TPG sont demeurées jusqu’ici sans suite.

Acheter en endettant

Le fonds américain est spécialisé dans les leverage buy-out (achat par effet de levier, en français). Il s’agit d’une méthode d’investissement qui consiste à acheter des entreprises en utilisant en grande partie l’argent des autres. La dette contractée auprès de prêteurs est attribuée à l’entreprise acquise.

En optimisant ses opérations, TPG tente ensuite de revendre à profit l’entreprise achetée.

Cela peut donner des rendements ahurissants en peu de temps. Cela peut aussi fragiliser des entreprises et les mener rapidement vers la faillite.

TPG a fait ses dents en acquérant en 1993 le transporteur Continental Airlines pour 66 M$ US. Cinq ans plus tard, Continental était revendu pour 640 M$ US. Airbnb et Uber sont des investissements récents.

C’est un milliardaire texan, David Bonderman, qui préside le conseil de TPG. 

Le magazine Forbes établissait sa fortune en 2019 à 3,7 milliards $ US. Juriste de formation, ancien professeur, amateur de rock and roll, il a commencé dans la finance en travaillant pour une riche famille texane du pétrole. 

Très discret, il ne donne à peu près jamais d’entrevues aux médias. Cela ne l’empêche pas de faire parler de lui pour ses fêtes somptueuses.

En difficulté ?

TPG a connu des années glorieuses, mais il a aussi connu des échecs retentissants. Récemment, le détaillant américain J.Crew, acquis par TPG et un autre groupe en 2011 pour 3 milliards $ US, a dû se placer sous la protection des tribunaux. TPG s’est aussi cassé les dents avec l’achat de la banque Washington Mutual et du géant de l’énergie du Texas TXU. 

Il est difficile de connaître l’état réel des placements de TPG, car c’est un fonds privé. Le New York Post suggérait il y a une semaine que TPG avait réussi à faire de l’argent avec J.Crew, même si le détaillant était en faillite (à cause des frais de gestion astronomiques prélevés, entre autres). Le Journal a révélé que TPG détenait le Cirque du Soleil à travers une coquille établie dans un paradis fiscal opaque. Le Cirque nie toutefois que ce soit à des fins d’optimisation fiscale.

Des investissements douteux 

Malgré plusieurs succès notables, TPG n’a pas toujours eu la main heureuse. Hormis le récent échec du détaillant J.Crew, des questions ont été soulevées autour d’un investissement de 450 millions $ US de TPG dans le média Vice, qui accordait une valeur à l’entreprise de 5,7 milliards $ US. Le Hollywood Reporter se demandait en 2019 si les milliards $ investis par TPG dans le secteur des médias étaient bien rentables, citant notamment des placements dans l’agence Creative Artists Agency, dans le Cirque et dans Spotify.  

Un partenaire de Mitch Garber

Mitch Garber est coinvestisseur avec TPG dans le Cirque du Soleil. Auparavant, Garber a aussi dirigé Caesars Interactive, une filiale du géant des casinos Caesars Entertainment (détenu en partie par TPG), où il a empoché des centaines de millions $. Caesars et ses filiales ont été au cœur d’une bataille judiciaire épique entre des créanciers, TPG et un autre fonds, car Caesars n’était plus capable de payer ses dettes. Mitch Garber est aussi associé avec le président de TPG, David Bonderman, dans un projet d’équipe de la Ligue nationale de hockey (LNH) à Seattle. Dans une entrevue au Seattle Times, Garber décrivait Bonderman comme « un grand ami et mentor » avec qui il est associé depuis 2008. 

Chouchou de la caisse de dépôt

Il n’y a pas que dans le Cirque du Soleil que la Caisse de dépôt et TPG soient partenaires. Le bras immobilier de la Caisse, Ivanhoé Cambridge, a aussi été partenaire de TPG en 2013 pour le rachat pour 400 millions $ d’un prêt en défaut de l’ancien propriétaire d’un complexe de bureaux prestigieux de Londres. La Caisse a aussi déjà développé dans les années 2010 des projets de logistique en Europe avec TPG. Des bureaux dans la Silicon Valley ont aussi été achetés par la Caisse avec TPG. 

Des fêtes mémorables

Pour ses soixante ans, David Bonderman a invité trois cents de ses proches à Las Vegas pour une soirée inoubliable. C’est le comédien Robin Williams qui animait, suivi d’un concert avec le rocker John Mellencamp et ensuite son groupe favori, les Rolling Stones. « La fête aurait coûté une dizaine de millions de dollars, dont 6,5 millions pour la seule formation de Mick Jagger ! » selon Les Échos, en 2013. En 2012, le New York Times rapportait que Bonderman s’était offert, pour son 70e anniversaire, une fête avec 700 invités à Las Vegas. Paul McCartney aurait donné une performance de deux heures.