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Le Québec est mûr pour un nouveau rendez-vous avec l'histoire

Les députés Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois sont les porte-parole de Québec solidaire.
PHOTO D'ARCHIVES, JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS Les députés Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois sont les porte-parole de Québec solidaire.

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On s'en souvient trop souvent comme d'un échec, point à la ligne, mais derrière la campagne du OUI de 1980, il y avait le plus important mouvement social que le Québec avait vécu jusqu'alors, porté par une génération qui avait connu les progrès rapides de la Révolution tranquille et qui était restée sur sa faim. En quelques années seulement, des institutions modernes et laïques avaient pris le pas sur le clergé. À peine venait-on de s'accorder une citoyenneté qui nous était propre, la citoyenneté québécoise, qu'on souhaitait l'étendre aux minorités. On avait la confiance d'un peuple qui, apprenant à marcher, rêvait déjà de courir.  

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Si le OUI avait triomphé le soir du 20 mai 1980, cet élan progressiste se serait-il arrêté là? Gageons plutôt que les Québécoises et les Québécois nés après 1980, la génération du Québec libre, auraient eu les coudées franches pour mener leurs propres luttes. Au lieu de traîner le boulet des échecs référendaires, ils auraient hérité d'un pays à bâtir, et sur cette toile vierge, de la liberté de dessiner l'avenir sans contraintes imposées. Un peuple qui se dit OUI se donne la permission de vivre, pas seulement de survivre, et ça change tout.   

Un Québec libre dès 1980 aurait eu à faire les mêmes choix que partout ailleurs, mais ces choix nous auraient appartenu. Aux conférences internationales sur le climat, on aurait fait entendre la voix la plus écologiste de l'Amérique du Nord au lieu de céder notre place à l'État pétrolier canadien, et cette voix serait résolument francophone. Débarrassé du carcan colonial britannique, le Québec aurait pu se doter d'un cadre démocratique fondé sur le pouvoir du peuple et la participation des Premières Nations. On n'aurait jamais sacrifié le fromage québécois au profit du bœuf albertain au moment de signer un traité commercial avec l'Union européenne. Un Québec maître de son territoire serait moins porté à servir de voie de passage au pétrole sale de l'Ouest; un Québec maître de ses leviers économiques les céderait moins facilement aux GAFAM et aux Airbnb de ce monde.   

On souligne l'anniversaire du référendum de 1980 au moment où la dépendance du Québec est soulignée à gros traits par la crise de la COVID-19. Notre chaîne d'approvisionnement en équipements médicaux est tellement fragile qu'on a frôlé la pénurie à plusieurs reprises. On encourage plus nos agriculteurs à produire du porc pour la Chine qu'à produire des aliments pour le Québec, et on importe près de la moitié des denrées qui finissent dans notre assiette. En notre nom, le gouvernement Trudeau s'apprête à dépenser des milliards de dollars pour renflouer le secteur mortifère des hydrocarbures. À force de se dire Non, on a laissé Ottawa et les marchés imposer leur loi, lentement et sans faire de bruit. Brutalement, la crise nous en fait prendre conscience.   

Ce qui nous attend après relève autant de la politique-fiction que de ce qui serait arrivé après un OUI victorieux, mais les dernières semaines de mobilisation ont un parfum de confiance retrouvée. Les Québécoises et les Québécois ont renoué avec le sens du collectif et le goût de changer des circonstances qui, hier encore, semblaient immuables. Face à une crise qui remet tout en question, le statu quo ne peut plus tenir. À nous, indépendantistes, de répondre comme on sait le faire: en réveillant l'esprit révolutionnaire qui sommeille depuis 40 ans. Le Québec est mûr pour se fixer un nouveau rendez-vous avec l'histoire.   

Les députés Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois sont les porte-parole de Québec solidaire.