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Les 40 ans du premier référendum: Lévesque a perdu, mais n’a pas été «brisé»

René Lévesque
Photo d'archives Le soir du 20 mai, René Lévesque était émotif, mais pas surpris par la défaite.

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Après les élections de 1970, René Lévesque déclarait que la défaite « avait l’air d’une victoire ». Le soir du 20 mai, il ne peut évidemment pas en dire autant. Au contraire, lui-même semble anéanti, devant deux femmes en noir sur la scène, Lise Payette et Corinne Côté-Lévesque. 

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En découlera d’ailleurs la théorie de « l’homme brisé », titre du quatrième tome de la biographie du journaliste Pierre Godin. 

Sur cette théorie, tous ne s’entendent pas.  

Martine Tremblay, collaboratrice de la première heure de Lévesque et, dans les dernières années au pouvoir, sa chef de cabinet, publiait en 2006 Derrière des portes closes (Québec Amérique), un récit détaillé des années Lévesque au pouvoir, dans lequel elle rejette la thèse de Godin. 

Défaite annoncée 

D’abord, malgré son émotion du soir du 20 mai, Lévesque n’a pas été surpris par la défaite, insiste Tremblay. Le pire souvenir de mai 1980 du ministre et stratège péquiste, Claude Morin, est d’ailleurs « de faire campagne en sachant très bien, en notre for intérieur, qu’on allait perdre », a-t-il confié lundi. 

Aucun sondage interne à l’époque n’a donné le Oui gagnant, dont le meilleur score fut « quelque chose comme 45 % », se souvient-il. 

René Lévesque avec sa conseillère Martine Tremblay, en 1979, à New York.
Photo courtoisie, collection personnelle de Martine Tremblay
René Lévesque avec sa conseillère Martine Tremblay, en 1979, à New York.

« Ce n’est donc pas comme Hillary Clinton, en 2016, qui fut brisée par sa défaite surprise », illustre Martine Tremblay. Certes, il y eut dans la campagne de 1980 de petites remontées dans les sondages, grâce notamment au débat sur la question. « À ce moment-là, on se dit : “on sait jamais”. » 

Pour Martine Tremblay, l’aspect que Lévesque trouva le plus difficile dans la défaite fut de ne pas avoir réussi à recueillir une majorité de francophones. 

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Report du référendum 

Pour Claude Morin, le référendum de 1980 aurait carrément dû être reporté. « Lévesque avait bien précisé qu’il ne consulterait pas le peuple à proximité d’une élection fédérale. » 

Or, le 13 décembre 1979, le gouvernement conservateur de Joe Clark, minoritaire, perd de manière inattendue un vote de confiance en chambre à Ottawa. 

Pierre Elliott Trudeau renonce à prendre sa retraite, annoncée après sa défaite du 22 mai 1979. Il reste à la tête des troupes libérales et tente un retour au pouvoir. Il a aussi le référendum au Québec dans sa mire. 

Au moment de ces événements, Morin est en Afrique pour une rencontre liée à la francophonie. « Je n’ai donc pas pu parler à Lévesque », lequel répond en chambre qu’il maintient la tenue du référendum comme prévu, en dépit des événements à Ottawa. Morin, aujourd’hui, croit qu’il « aurait été possible de justifier un report ». 

Lévesque préféra respecter sa promesse. L’a-t-il regretté ? « C’était pas le genre à dire : je regrette d’avoir fait ça. [...] C’était un battant et il a vite tourné la page, car il savait ce qui s’en venait avec le fédéral », dit Martine Tremblay, démontrant qu’il n’était pas « brisé ». 

Au contraire, il remporta une victoire historique (49,26 % des voix) lors des élections du 13 avril 1981. 

L’ancienne conseillère convient que les défaites du Oui ont affaibli le Québec. D’où le caractère « ridicule et irresponsable » selon elle, de la promesse des prétendants à la direction du PQ (à l’exception de Frédéric Bastien) de s’engager à tenir coûte que coûte un référendum dans un premier mandat. 

Quant à Claude Morin, il estime que le NON de 1980 et ses suites ont « laissé en plan une situation qui tôt ou tard va revenir. Je ne sais pas si ça va être dans deux ans, dans deux mois ou dans 20. Les changements apportés à la fédération, depuis, n’ont pas respecté la volonté exprimée en 1980. Ça reste, ça, historiquement. »  

LE VOTE DU 20 MAI 1980 

NON : 59,56 % 

OUI : 40, 44 % 

Taux de participation : 85,61 % 

1,74 % de votes rejetés 

Sur 110 circonscriptions électorales et 70 circonscriptions représentées par le PQ, seulement 15 circonscriptions appuyèrent la souveraineté-association.  

Nombre d’immigrants arrivés au Québec en 1980 : 15 100 personnes  

Population du Québec en 1980 : 6 505 997 

Population du Canada en 1980 : 24 422 100  

Revenu moyen au Québec en 1980 : 16 961$ (50 075,33 $ en dollars d’aujourd’hui)  

Revenu moyen en Ontario en 1980 : 17 265 $ (50 972,86 $ en dollars d’aujourd’hui)  

Source : Statistique Canada

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