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Lettre à la nouvelle cheffe du PLQ

La nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade
Photo Simon Clark La nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade

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Madame Anglade,  

Tout d’abord, permettez-moi de vous féliciter pour votre nomination. Vous êtes aujourd’hui la cheffe du plus ancien parti de notre province et la toute première femme à en diriger les destinées. Votre couronnement ne s’est, certes, pas déroulé comme vous en rêviez, mais le résultat n’en est pas différent.  

Plusieurs médias ont «oublié» de vous féliciter au moment de vous interviewer et c’est, ma foi, plutôt disgracieux. 

Ainsi, vous avez désormais l’importante responsabilité de reconstruire le Parti libéral du Québec. La tâche n’est pas mince et elle sera compliquée par la pandémie qui défigure en ce moment le Québec que nous tenions naïvement pour acquis. 

Le PLQ a besoin d’un leadership fort, surtout pendant cette difficile période.  

Ce que certains ont qualifié de champ de ruines est pour plusieurs une terre en jachère, une terre qui promet de livrer ses plus beaux fruits lorsque le printemps sera revenu. Au moment de répondre à celles et ceux qui vous diront que votre parti est mort, ne l’oubliez surtout pas. 

Si le PLQ a su garder sa pertinence pendant plus de 150 ans, c’est certainement parce qu’il a toujours été un parti d’avant-garde et d’innovation, résolument tourné vers la modernité. Au cours des prochains mois, vous devrez présider à la difficile tâche d’unification et de reconstruction de sa base militante.  

En quelque sorte, la survie du PLQ repose maintenant entre vos mains. Mais ce serait une erreur de croire que vous êtes seule à devoir rebâtir ce grand parti. 

Cette erreur, trop de chefs avant vous l’ont commise. Trop longtemps, le PLQ a pris ses militants pour acquis. La fidélité des libéraux est légendaire et elle a porté ses chefs au pouvoir pendant près de 15 ans. Malheureusement, pendant cette période les militants ont été progressivement oubliés et ignorés. Résultat : de nombreux électeurs ont choisi de tourner le dos aux libéraux, usés par le pouvoir. 

En entamant votre tournée du Québec il y a un an, vous avez voulu aller au-devant des Québécois de toutes les régions pour comprendre leurs réalités et entendre leurs voix. J’espère que vous garderez cette expérience en tête au moment de les représenter à l’Assemblée nationale. 

Pour redonner ses lettres de noblesse au rôle de député, notre joute parlementaire doit impérativement changer. Les nouvelles règles de distanciation sociale ont ceci de positif qu’elles viennent calmer le jeu au Salon bleu. Dès votre entrée en fonction cette semaine, vous avez choisi la retenue et la dignité pour vos interventions. Certains les auront trouvées un peu trop sobres, mais il n’appartient pas aux parlementaires de divertir. L’hécatombe qui décapite notre pyramide démographique est trop grave pour les effets de toge. La pandémie ne trouvera de fin que dans la collaboration de tous les Québécois, à commencer par nos élus. 

Quelques souhaits 

J’aimerais, si vous le permettez, vous présenter quelques souhaits pour votre mandat. 

Tout d’abord, je vous souhaite de vous entourer d’une équipe qui n’aura pas peur de vous contredire. L’exercice du pouvoir tend à enfermer les leaders dans des chambres à écho. J’espère que vos conseillers sauront susciter des débats francs et musclés autour de vous et que vous prendrez le temps de les écouter avec ouverture. 

Je souhaite aussi que vous gardiez bien en tête le rôle que vous avez joué pour la CAQ il n’y a pas si longtemps. Le gouvernement voudra certainement vous le rappeler à l’occasion, de toute façon. Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée, mais les valeurs qui ont motivé votre décision de quitter devront demeurer au cœur de vos actions, ne l’oubliez pas. Que ce passage d’un parti à l’autre vous aide à mieux comprendre le point de vue de vos adversaires et vous inspire respect et humilité. 

J’espère également que vous n’aurez jamais peur de critiquer de manière lucide les actions de notre parti. Aucun gouvernement n’est parfait et il faut savoir reconnaître nos erreurs pour pouvoir avancer et corriger le tir. Les temps changent et les Québécois aussi. Le PLQ que vous dirigez aujourd’hui ne survivra que s’il sait remettre ses valeurs au service des citoyens de toutes les régions et de toutes les conditions sociales. 

En terminant, je souhaite que vous n’oubliiez jamais que l’exercice du pouvoir doit se faire à la défense et au profit des plus vulnérables avant tout. Le Parti libéral du Québec doit redevenir la grande institution qu’il a déjà été et ce n’est qu’en prenant soin de tous les Québécois qu’il pourra retrouver sa vigueur d’autrefois.