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Seuls aux commandes

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Ce qui serait différent si le Québec était souverain pendant cette pandémie, c’est que notre premier ministre aurait pu coordonner seul, avec son équipe, notre réponse à la crise.  

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Dans notre système, le premier ministre occupe une place jupitérienne. Tout part de lui et il répond de tout. En contexte de crise, c’est encore pire.  

La chaîne de commandement se rétrécit et l’entourage du chef se resserre. En contexte de distanciation sociale et de télétravail, imaginez.  

Brouillard de guerre  

Le défi, c’est de savoir ce qui se passe sur le terrain.  

Un brouillard de guerre nous cache la réalité dans les municipalités, les écoles et les hôpitaux, parce que l’information a trop d’intermédiaires à franchir. Inversement, les ordres ne se rendent pas.  

Dans un contexte fédéral, ça ajoute un niveau de complexité. Les responsabilités sont séparées entre deux ordres de gouvernement.  

Au début, on a senti que Justin Trudeau et son équipe ont eu de la difficulté à passer en mode crise.  

Le premier ministre, confiné chez lui, débourrait son imprimante lui-même en faisant dîner ses petits.  

Pas simple de ne rien manquer et de se coordonner avec ses conseillers.  

Inversement, les services frontaliers n’étaient pas prêts. Des décisions importantes ont tardé à être prises à ce moment-là et ç’a un impact sur la situation épidémique actuelle.  

François Legault passait alors pour un héros. On confinait le Québec, on fermait les écoles, on libérait les hôpitaux et on tançait le fédéral pour qu’il ferme les frontières.  

Les membres du personnel du premier ministre partageaient sur les réseaux sociaux des photos flatteuses d’eux, affairés, évoquant la série The West Wing.  

Avec l’évolution de la crise et l’installation d’une nouvelle normalité, les choses ont évolué.  

Justin Trudeau paraît bien en dépensant beaucoup d’argent – le nôtre – et l’étoile de François Legault pâlit à mesure que les CHSLD craquent, que ça coince dans la réouverture des écoles et que les consignes de santé publique changent.  

Sur les réseaux sociaux, son personnel politique est devenu plus discret – et grognon.  

À notre goût  

Certains pensent qu’un pays, c’est plus dur à revirer de bord qu’une province.  

Or, dans le contexte actuel, c’est le contraire. Les missions affectées par la COVID sont principalement sous la responsabilité du Québec. Tout ce que le fédéral a à faire, c’est dépenser.  

Si le Québec était un pays, toutes les décisions seraient prises à la même place et on pourrait mieux s’assurer qu’elles soient cohérentes.  

Les ministres et les conseillers de François Legault n’auraient pas à s’attacher avec des vis-à-vis fédéraux. À trouver une solution parce que les chèques du fédéral sont plus intéressants que le salaire d’une préposée aux bénéficiaires, parce qu’on a fixé le montant pour des provinces où le coût de la vie est plus élevé.  

Est-ce que ce serait mieux ? Est-ce que ce serait pire ? Est-ce que ça paraîtrait sur le bilan ? Nul ne le sait. Mais une chose est sûre, ce serait plus simple. Nous serions seuls à décider.