/opinion/blogs
Navigation

Si le OUI avait gagné

Si le OUI avait gagné
Photo Simon Clark

Coup d'oeil sur cet article

Si le OUI avait gagné, le Québec et le Canada auraient poursuivi des chemins différents.  

• À lire aussi: Les 40 ans du premier référendum: et si le Québec avait dit oui?

D’un côté, Québec et Ottawa auraient probablement redéfini leurs liens à travers le projet «d’association» qui était au cœur de la proposition de René Lévesque. Le gros changement aurait été les rapports avec le reste du Canada, lesquels auraient été des rapports d’égal à égal, mais il y a lieu de croire que les normes et institutions communes auraient été nombreuses et développées progressivement par les gouvernements successifs. Le Québec et le Canada formeraient en quelque sorte une Confédération et le modèle de l’Union européenne aurait probablement été inspirant à cet égard.  

D’un autre côté, il y a plusieurs aspects qui auraient évolué différemment. Sur le plan des lois linguistiques et des politiques d’intégration et de francisation, l’immense défi que représente la défense du français au Québec aurait été plus facile à relever. Par exemple, les aspects coercitifs de la loi 101 auraient été moins nécessaires du moment où le français serait devenu la langue officielle d’un État souverain. L’intégration des immigrants à la culture et à la langue commune aurait été assurément facilitée. La place du Québec dans les forums internationaux aurait évidemment changé beaucoup de choses. Autre exemple, l’édiction d’une politique culturelle adaptée aux transformations numériques et à la promotion d’une culture nationale fragile serait simplifiée par le fait que le Québec n’aurait pas à composer avec le CRTC.    

Autre exemple, les débats délicats sur l’interculturalisme, le multiculturalisme et la laïcité auraient été moins complexes dans la mesure où le Québec aurait été libre de ses choix, libre de définir son propre modèle de société, et les consensus qui existent sur la laïcité et l’interculturalisme auraient pu faire leur chemin sans se heurter aux contraintes de la Constitution canadienne.    

Sur le front économique, les éléments de continuité auraient probablement été nombreux: le Québec libre-échangiste, par exemple. Nous aurions été confrontés aux mêmes crises et cycles économiques. La part québécoise de la fiscalité fédérale aurait conduit à une relative continuité sur le plan des finances publiques. Moins de péréquation, certes, mais plus de contrôle sur l’investissement public... En revanche, la capacité à défendre directement nos intérêts économiques aurait changé des choses. Une politique économique centrée exclusivement sur les intérêts du Québec n’impliquerait plus de concilier les intérêts pétroliers de l’Ouest, manufacturier de l’Ontario, avec ceux de nos producteurs d’aluminium, l’industrie du bois, etc.    

Quant à la présente crise, je ne crois pas que les différences seraient très grandes.  

Les gouvernements ont pratiqué des politiques assez similaires d’un État à l’autre. Le savoir scientifique sur lequel repose la gestion de la crise est sensiblement le même partout. Le gouvernement fédéral ayant été très passif en début de crise, la gestion de l’État d’urgence s’est organisée à partir du cadre législatif des provinces.  

Patrick Taillon, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval et auteur de Référendum, expression directe de la souveraineté du peuple? Paris, Dalloz, 2012