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Si le Oui avait gagné...

René Lévesque
Photo d'archives Nous avons raté notre rendez-vous avec l’histoire.

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Nous commémorerons mercredi les 40 ans du premier référendum sur l’indépendance. Même si l’événement s’éloigne dans le temps, il demeure essentiel pour comprendre notre situation collective. 

• À lire aussi: Les 40 ans du premier référendum: et si le Québec avait dit oui?

Le Québec a raté, le 20 mai 1980, un rendez-vous avec l’histoire auquel il se préparait depuis deux siècles : celui d’une reconquête de notre existence nationale où nous serions enfin maîtres chez nous, pour le dire avec les mots de la Révolution tranquille, qui demeure incompréhensible si on la dissocie de l’aspiration à la souveraineté, dont elle fut le moteur véritable. 

On ne réécrit pas l’histoire avec des si. Mais on peut néanmoins imaginer comment le Québec se serait développé libéré du Canada. 

1980 

Si le Oui l’avait emporté, l’histoire se serait déroulée à partir d’autres paramètres. 

Par exemple, les tribunaux fédéraux n’auraient jamais pu démanteler la loi 101. Au contraire, elle aurait pu déployer pleinement ses effets, en assurant l’intégration linguistique et culturelle des populations immigrées. 

Ces dernières n’auraient pas été soumises à un conflit de loyauté entre le Québec et le Canada et les nouveaux arrivants arrivés ici après 1980 auraient su qu’ils arrivaient dans un pays français. 

Le Québec aurait pu éviter aussi de subir la pression migratoire imposée par le régime fédéral, qui contribue à notre minorisation démographique. Montréal ne s’angliciserait pas. 

Un Québec indépendant n’aurait pas non plus été soumis au multiculturalisme qui transforme notre peuple en communauté folklorique parmi d’autres et qui assimile à l’intolérance l’expression décomplexée de notre identité. 

Autrement dit, un Québec indépendant aurait pu consolider son socle identitaire.  

Mais ce n’est pas ce qui est arrivé.  

Nous avons décidé, en 1980, de rester dans la fédération – il faut dire qu’on nous a fait de fausses promesses de reconnaissance nationale. Comment ne pas y voir, néanmoins, un symptôme de la colonisation mentale des Québécois, qui ont intériorisé l’idée que sans Ottawa, ils ne seraient capables de rien ? Ce mythe est ici relayé par une élite servile qui entretient le mensonge du fédéralisme rentable. 

Nous avons payé le prix de ce Non. Deux ans plus tard, en 1982, le Canada allait nous imposer une constitution diminuant les pouvoirs de l’Assemblée nationale. En 1990, c’est l’idée même de société distincte qu’il enterrait. Dans ce pays, notre langue régresse. Notre culture aussi. 

En 1995, nous aurions pu corriger l’erreur de 1980. Soixante et un pour cent des Québécois francophones ont voté oui. Cette fois, Ottawa nous a volé notre victoire. 

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Indépendance 

Ce deuxième Non a eu des effets psychologiques désastreux. Certains en sont venus à croire, depuis, que l’indépendance était impossible. Mieux valait abandonner et passer à autre chose. Ils ont intériorisé la défaite. 

Mais il ne faut jamais capituler.  

Un jour, lorsque le camp du Oui l’aura enfin emporté, nous ne verrons plus dans 1980 le moment où s’est fracassé notre rêve d’indépendance, mais la première étape d’une longue histoire qui nous aura permis enfin d’avoir notre propre pays. 

Ce jour viendra.