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Un Québec international indépendant

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Quelle aurait été la politique internationale d’un Québec indépendant si le Oui avait gagné en 1980 ? Le Québec ne serait probablement devenu ni un jardin de roses ni un enfer. 

Pierre Elliott Trudeau a même un jour affirmé pouvoir vivre dans un Québec indépendant. Mais quelle indépendance ? Celle à la René Lévesque, c’est-à-dire une reconfédération, ou celle à la Jacques Parizeau, c’est-à-dire un État complètement séparé du reste du Canada ? Nous ne le saurons jamais. Pour simplifier, le Québec souverain hypothétique est ici un État séparé, sans grande rupture sociale et sans problèmes territoriaux.

1. Un Québec indépendant aurait-il une armée ?

Un État moderne repose sur ses forces armées. Les rares États sans armée, comme le Costa Rica, possèdent généralement une solide police armée et peuvent compter sur une alliance militaire avec un pays puissant. L’armée du Québec aurait comme mission de défendre le territoire et de secourir la population en cas de catastrophe. Après des années de négociations, le Québec ferait partie de l’OTAN et du NORAD. L’armée du Québec ne serait présente que symboliquement dans plusieurs grands conflits militaires du 21e siècle. Non pas pour des raisons morales, mais parce que les coûts d’une présence plus forte seraient prohibitifs.

2. Serait-il membre de l’ONU ?

Le Québec serait un État membre de l’ONU. Il y serait parvenu avec l’appui de la France, dont l’influence en 1980 était beaucoup plus grande que maintenant, mais aussi parce qu’à l’époque, le Québec avait tissé un réseau d’alliances et de connivences internationales qui s’étendait de l’Afrique à la Chine. Ce réseau, dont Jacques-Yvan Morin a été le dernier grand architecte, a plus ou moins été abandonné par la suite. Nul doute qu’un Québec indépendant participerait fortement à la scène internationale. Il serait probablement plus actif et plus respecté que le Canada actuel, dont l’appareil diplomatique a été saccagé. 

3. Quelle serait sa politique commerciale ?

C’est peut-être au plan économique que le Québec s’en tirerait le mieux, après avoir traversé des décennies de vaches maigres. Il est douteux qu’un Québec indépendant aurait immédiatement intégré l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) de 1994. Mais il aurait probablement fait partie du nouvel ALENA de Trump. En ce cas, il aurait sans doute mieux défendu ses industries qu’en demeurant dans le Canada. En contrepartie, durant les années sans accord de libre-échange, il n’aurait peut-être pas autant prospéré. Mais il aurait probablement diversifié ses marchés d’exportation, ce qui aurait été une bonne chose.

4. Quelle serait sa politique culturelle ?

Plutôt que de s’engager dans un certain défaitisme et dans l’adulation de personnages minables et absurdes, souvent dépeints dans des séries télévisées populaires, la culture québécoise aurait probablement célébré des héros qui triomphent sans complexe et qui accomplissent de grandes choses. Le Québec compte beaucoup de grands bâtisseurs, intellectuels ou artistes. Ils auraient constitué d’excellents ambassadeurs culturels, bien davantage que maintenant. Par ailleurs, un Québec indépendant resterait perméable aux influences américaines. Pour cette raison, il n’est pas complètement certain que le français y serait en meilleure santé qu’aujourd’hui.

5. Quelles seraient ses orientations internationales ?

Ses orientations seraient différentes dans plusieurs domaines. Par exemple, son virage vert aurait été plus hâtif et plus prononcé, en raison de l’hydroélectricité. Il aurait tissé des liens plus étroits avec l’Europe latine et l’Afrique francophone. L’immigration aurait été plus faible et la laïcité plus dure. En 2020, les aéroports auraient certainement été contrôlés plus rapidement.