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Le partisan toxique de Dominique Anglade

Le partisan toxique de Dominique Anglade
Joël Lemay / Agence QMI

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Eddy King est un humoriste. Il y a quelques jours, il publiait sur sa page Facebook une petite vidéo à prétention politique. Je l’ai évoqué hier sur ma page Facebook, mais je me permets d’y revenir ici plus largement.  

  

Ce monsieur:  

1. Nous explique qu’il soutiendra Dominique Anglade, tout juste nommée cheffe du PLQ, parce qu’elle est de la même «communauté» que lui.   

2. Il ajoute toutefois ne pas être d’origine haïtienne lui-même (il est né en France, de parents originaires du Congo, et est arrivé au Québec à 13 ans, en 1995, j’y reviendrai un peu plus loin).   

3. On en comprend donc qu’il définit sa «communauté» non pas de manière culturelle, mais raciale – ce qui, soit dit en passant, est un autre symptôme de l'américanisation mentale de certaines franges de la société québécoise. Ce discours, rieur, qui se veut insolent, est en fait symptomatique de la propagation d’une idéologie qui dénationalise la vision de la société, pour la racialiser.   

4. En d’autres termes, il votera selon un critère racial. Je me demande comment qualifier un tel critère discriminant? Il vote non pas selon les idées, mais selon la couleur de la peau. Il doit y avoir un mot pour parler de ça. Mais lequel? Lequel?   

5. Puis il accuse la CAQ d'exploiter la xénophobie – si on le comprend bien, parce qu’elle a fait la promotion de la laïcité et d’un meilleur contrôle de l’immigration.   

6. Une autre chose: dans un entretien à La Presse, en 2011, il disait son admiration pour Patrice Lumumba, le héros de l'indépendance du Congo. Je cite la question et la réponse:
– [Qui serais-tu] si tu étais une personnalité qui a marqué l'histoire? – Patrice Lumumba. C'est celui qui nous a donné l'indépendance au Congo.
Peut-être a-t-il changé d'idée depuis? Quoi qu'il en soit, j'en comprends, ici, que son «Nous» est en bonne partie congolais (même s'il est né en France et est au Québec depuis 25 ans) et qu'il juge l'indépendance bonne pour les Congolais. Il faudrait lui demander pourquoi elle est mauvaise pour le Québec.   

7. Il dit aussi préférer voter pour la corruption que la xénophobie, en faisant écho, peut-être même sans le savoir, au discours des anglos les plus radicaux qui disaient il y a quelques années à peine: «better crooks than separatists». Paradoxal: cet homme qui se réclame de la mémoire de la décolonisation embrasse au Québec le discours historique des colonisateurs, auquel il préfère manifestement s’identifier. Il relaie ainsi le discours suprémaciste antinationaliste qui laissait croire à la nature consubstantiellement raciste et dangereuse du nationalisme québécois. L’admirateur de Lumumba, au Québec, se fait rhodésien.   

8. Je suis en désaccord complet avec Dominique Anglade à propos de la question nationale mais je reconnais sans problème sa valeur intellectuelle et son désir de contribuer au débat civique. C'est une femme de qualité. Et je crois qu'elle mérite de meilleurs appuis que celui d'histrions en appelant explicitement au vote racial et au vote ethnique.   

9. J’ose croire qu’elle désavouera un semblable discours.