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Les théories du complot pourraient encore gagner en popularité

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Les théories du complot ont envahi les réseaux sociaux depuis le début de la pandémie et le phénomène ira en s’accentuant, est tentée de croire une spécialiste.

Le mois dernier, Marie-Ève Carignan et son équipe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke avaient évalué que le Québec était moins frappé par cette vague complotiste que le reste du Canada, mais les choses sont appelées à changer, croit-elle.

«L’adhésion à ce genre de théories dépend beaucoup du niveau de confiance envers le gouvernement: moins on a confiance, plus on risque de croire des informations alternatives. En avril, le gouvernement Legault avait un niveau de satisfaction plus élevé que les gouvernements des autres provinces, mais aujourd’hui, c’est différent», a expliqué la professeure de communication.

Croyez-vous que le virus a été créé en laboratoire? Que son apparition a à voir avec le réseau 5G? Pensez-vous qu’il existe déjà un médicament contre la COVID-19?

L’équipe de Marie-Ève Carignan a posé six questions comme celles-là à un bassin de 600 répondants. À chacune de ses interrogations, qui font toutes références à des théories conspirationnistes en vogue ces temps-ci sur les médias sociaux, au moins 10 % répondaient par l’affirmative, «un chiffre très conservateur», a indiqué la chercheuse.

Profil type

Parmi ces gens, on en trouve plusieurs qui fréquentaient déjà avant la crise des groupes d’extrême droite, anti-vaccin ou encore survivalistes, où les théories du «pizzagate», des «chemtrails» ou encore du «nouvel ordre mondial» sont amplement relayées.

Ceux qui y croient ont pour la plupart entre 18 et 44 ans, soit la tranche d’âge la plus active sur les réseaux sociaux. Le niveau de scolarité moyen chez les purs et durs du complot est aussi plus bas que dans le reste de la population, a observé Mme Carignan.

Or, les nouvelles théories du complot sur le coronavirus ratissent actuellement au-delà de cette base.

«En ce moment, il y a beaucoup de gens qui ont des problèmes économiques, des problèmes de santé, et qui sont à la quête de vérité. Avec le confinement aussi, les gens passent beaucoup plus de temps sur les réseaux sociaux et ont donc beaucoup plus de chance de tomber sur une théorie du complot», a analysé Marie-Ève Carignan.

Des complots qui changent avec le temps

Pourtant, souvent les théories du complot qui circulent autour de la pandémie ne sont pas nouvelles.

«Il y a beaucoup de choses qui circulaient déjà auparavant dans les groupes anti-vaccin, mais qui ont été remaniés à la sauce COVID», a-t-elle illustré.

En fonction de qui les propage, les conspirations évoluent et, à l'occasion, se contredisent. Par exemple, parfois on dit que le 5G a tellement affaibli notre système immunitaire que cela a permis la propagation de la COVID-19. D’autres fois, la COVID-19 est directement une cause du nouveau réseau cellulaire, a noté la chercheuse.

Quand le complot mène à la violence

Toutes ces théories peuvent faire sourire parfois, mais ce n’est pas toujours drôle, prévient-elle.

La semaine dernière, un jeune couple des Laurentides, Justin-Philippe Pauley et Jessica Kallas, a été formellement accusé d’avoir mis le feu à au moins sept tours cellulaires pour protester contre le déploiement du réseau 5G.

«Je crains que ce genre d’acte augmente dans l’avenir», a laissé tomber Marie-Ève Carignan, en soulignant la violence de certaines théories.