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Trois experts se prononcent sur le retour du NASCAR... à huis clos

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Photos courtoisie NASCAR

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Après plus de deux mois d’interruption en raison de la COVID-19, la Coupe NASCAR reprendra ses droits ce dimanche sur le circuit de Darlington, en Caroline du Sud.  

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La course aura lieu à huis clos, comme ce sera le cas pour toutes les épreuves d’un calendrier provisoire élaboré jusqu’à la fin de juin.   

Le Journal a contacté trois experts, Patrick Carpentier, Dominic Fugère et Marc Cantin, pour leur demander ce qu’ils pensaient de cette rentrée tant souhaitée par les amateurs de courses.   

D’entrée de jeu, ces observateurs avertis se disent très heureux de constater que le NASCAR est l’une des premières disciplines sportives professionnelles à renouer avec la compétition.   

«Juste pour vous démontrer comment j’étais en manque de sport, je regarde actuellement des combats de l’UFC à la télévision, a raconté Carpentier, cet ancien pilote aujourd’hui analyste du NASCAR, que nous avons joint vendredi à son domicile de Burlington, dans l’État du Vermont. Je suis très content de la reprise des activités. »

  

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Photos courtoisie NASCAR

  

«J’avoue toutefois que cette démarche de reprendre les courses est très complexe, poursuit-il. Mais, connaissant les dirigeants de NASCAR, je suis convaincu qu’ils vont mettre tout en œuvre pour que ça fonctionne. C’est bizarre de voir des combats de l’UFC où il n’y pas d’ambiance et où on n’entend pas le public crier. Ce sera la même chose en NASCAR sans spectateurs.»   

Qualifications.... virtuelles ?  

Carpentier s’interroge toutefois sur la décision de NASCAR de ne pas prévoir d’essais libres, ni une séance de qualifications avant la course de dimanche.   

«J’aurais souhaité que la séance de qualifications soit organisée, prétend-il, sur la plateforme virtuelle iRacing. Ça aurait été une bonne transition pour reprendre les vraies courses.»   

La grille de départ a plutôt été déterminée par un tirage au sort.    

Comme la plupart des observateurs, Carpentier n’est pas surpris que cette rentrée du NASCAR a lieu à Darlington, puis à Charlotte la semaine prochaine.   

«C’est normal, affirme-t-il, puisque c’est dans cette région que toutes les équipes ou presque sont établies. On veut éviter tout déplacement en avion et un séjour à l’hôtel. Tout a lieu dans la même journée. On retourne ensuite à la maison en soirée.»   

  

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Photos courtoisie NASCAR

  

Un virage redouté  

Carpentier s’inquiète des premiers instants de la course quand le drapeau vert sera agité.   

«Je connais très bien le circuit, relate-t-il, pour y avoir couru à quelques occasions. Pour moi le virage un à Darlington est le pire de tous les circuits ovales en NASCAR.   

«Non seulement présente-t-il un gros changement d’élévation, mais il donne aussi l’impression qu’il est plus étroit qu’il en a l’air. Pour les pilotes les moins expérimentés, ce sera un très gros défi. Disons qu’une bonne quinzaine de tours de préparation avant la course auraient été profitables.»   

Un pari osé  

«Si NASCAR a choisi de relancer la saison à huis clos, c’est que cette démarche ne lui coûtera pas un montant faramineux, souligne le vétéran analyste Marc Cantin. La raison pour laquelle NASCAR peut le faire, c’est que cette entreprise a un contrat très lucratif avec la télévision américaine. Elle veut aussi montrer la marche à suivre aux autres sports professionnels.   

«En passant, rappelle-t-il, il y a plus d’une dizaine d’années quand il dirigeait la F1, Bernie Ecclestone avait tenté de bâtir son propre réseau de télévision. Il se foutait de la présence ou non de spectateurs.    

«Mais, de renchérir Cantin, tous ceux qui tentent de relancer quoi que ce soit actuellement, prennent des risques. Parce qu’on ne connaît pas la suite. Aux États-Unis, le problème est particulièrement important parce qu’il y a une résistance parmi certains gouverneurs.»   

Nos trois experts sont d’accord sur un point : NASCAR aurait dû permettre aux pilotes de reprendre la main avant le départ de la course.   

«On aurait dû organiser une séance d’essais libres d’une cinquantaine de tours, avance Cantin. Le bon sens veut qu’avant une course, il y ait des tours de piste préparatoires, surtout sur un circuit ovale.»   

Contrairement à Carpentier, Cantin et Fugère, sont en désaccord sur la tenue d'une séance de qualifications virtuelles pour déterminer la grille de départ.   

«Il y a tellement de paramètres différents dans une vraie voiture de course, comme la température de la piste, le comportement des pneus, etc», répond Cantin.   

Pour Fugère, cette première course devant des tribunes libres, sera un banc d’essai pour les courses à venir.   

«C’est l’aspect... laboratoire qui sera très important, de souligner le directeur général du Grand Prix de Trois-Rivières. J’ai hâte de voir comment ça va se passer Cette première épreuve sera l’occasion de tenter de nouvelles expériences qu’on n'aurait pas la chance d’essayer normalement.»   

Pour la suite, la série NASCAR entend présenter des courses en soirée les jours de semaine.   

«Si on prend l’exemple du Football de la NFL le lundi soir ou le jeudi, c’est maintenant une tradition avec un très gros auditoire à la télé. Est-ce qu’on pourrait faire la même chose avec le NASCAR dans les années futures, pourquoi pas ?», s’interroge-t-il.    

Pour cet analyste du NASCAR, ce n’est pas un hasard si la reprise des activités a lieu à Darlington.   

«C’est proche de Charlotte, fait-il remarquer, où sont basées la majorité des équipes. C’est aussi un circuit qui appartient à la famille France, fondatrice du NASCAR. Qui plus est, le propriétaire du circuit de Darlington, Kerry Tharp, est un fidèle de la famille France.»   

Du brasse-camarade ?  

Que penser du début de course ?   

«Oui, j’ai une appréhension, avoue Fugère. Le circuit de Darlington est compliqué. On envoie 40 pilotes en course sans aucune préparation. Je crains du brasse-camarade au premier virage. C’est comme si on demandait aux joueurs du Canadien d’entreprendre une nouvelle saison sans entraînement, ni même une séance de réchauffement avant le premier match. C’est en effet très risqué.»   

Fugère aurait souhaité, tout au moins, quelques tours de piste avant la course.   

«Mais, je ne suis pas d’accord avec Patrick, conclut-il. Une séance de qualifications virtuelle, ça ne tient pas la route. Tu ne peux mélanger le virtuel à la réalité. C’est trop différent.»