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À propos de Michel, Monique et Michelle

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Comme ceux de Leonard Cohen, les proches de Michel Piccoli ont réussi à garder sa mort secrète durant une semaine.

Ce n’est pas un mince exploit. L’homme était l’un des plus célèbres, sinon le plus célèbre des acteurs français encore vivants. Il a joué dans 150 films et je ne sais plus combien de rôles il a interprétés au théâtre.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Michel Piccoli à deux reprises. Des rencontres fortuites, beaucoup trop brèves, dont je garde un heureux souvenir. La première fois, c’était à Rome, en octobre 1973. Mon amie Jeanne Sauvé, alors ministre à Ottawa, m’avait entraîné dans une soirée chez Marco Ferreri, le réalisateur italien, avec qui elle avait, je crois, un certain lien de parenté. 

Ferreri avait invité quelques amis à l’occasion de la visite de l’acteur français. Il était l’une des vedettes de son film La grande bouffe. Présenté à Cannes cette année-là, La grande bouffe avait provoqué un énorme scandale, dont les copains réunis ce soir-là s’étaient bien moqués. C’est du moins ce que j’avais conclu, ma connaissance de l’italien étant trop sommaire pour saisir plus que les contours d’une conversation constamment ponctuée d’éclats de rire irrésistibles. 

J’ai revu Michel Piccoli en 1980 à Cannes, alors que le film de Gilles Carle, Fantastica, dont j’étais coproducteur, ouvrait le festival. La tradition veut qu’après la projection, les producteurs du film d’ouverture offrent un banquet qui est toujours fort couru. Gilles Jacob, le directeur du festival, m’avait assigné Jeanne Moreau comme accompagnatrice. Inutile d’écrire que nous avons dû nous arrêter souvent avant de prendre place à la table d’honneur.

Même si Jeanne Moreau était dans un piteux état, ayant abusé des bulles qui précédaient le banquet, Piccoli, venu à sa rencontre, causa plusieurs minutes avec elle. Gentleman jusqu’au bout des ongles, il feignit de ne rien voir de sa condition et, surtout, il fit mine de me reconnaître. Cette année-là, Piccoli remporta le prix d’interprétation masculine pour le film de Bellocchio, Le saut dans le vide.

DE MICHEL À MICHELLE 

Dans les années 1960, l’auteur de télévision était, avec le réalisateur, le seul maître à bord. Producteurs et agents de casting, comme on les connaît aujourd’hui, n’existaient pas. On pouvait donc sans problème favoriser nos amis. 

Comme je fréquentais alors Michel Garneau, compagnon de Michelle Rossignol, celle-ci a joué plusieurs rôles dans les séries Le grand duc et Ti-Jean Caribou, dont j’étais l’auteur principal, et dans la série franco-canadienne La feuille d’érable, dont j’étais l’un des auteurs et le coproducteur avec Pierre Lamy.

Michelle, j’en avais presque peur. Elle avait un regard de feu et une fougue indomptable.

LA SÉDUISANTE MONIQUE MERCURE

Même si j’ai travaillé souvent avec le musicien Daniel Mercure, j’ai peu connu Monique, sa mère. Je pense qu’elle m’évitait. Sûrement à cause du film de mon frère jumeau, Deux femmes en or, dont elle n’a jamais fait grand état.

Si elle avait su que je craignais d’y être associé lorsque le film cassait la baraque. J’écrivais alors pour le magazine Perspectives un billet d’humour dans lequel je pouvais parler de tout, sauf de religion, de politique et de sexe ! J’ai vu le film avec plaisir des années plus tard et j’y ai découvert Monique Mercure avec encore plus de plaisir...