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Bonne fête, M. Roberge!

Marcel Roberge
Photo courtoisie

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Source d’inspiration pour ses proches, le vétéran Marcel Roberge atteint aujourd’hui l’âge vénérable de 100 ans, moment marquant que sa famille tenait à souligner dans nos pages, faute d’une fête surprise sabordée par le coronavirus.

« La COVID apporte son lot de tristesse, de difficultés familiales et d’éloignement indésiré », écrivait récemment au Journal Dominic Roberge, petit-fils de Marcel Roberge. Depuis un siècle, ce dernier a été marin pendant la Seconde Guerre mondiale, vétéran, père, grand-père et désormais arrière-grand-père.

« Cet homme, ma “vieille personne préférée”, notait encore son petit-fils, habite toujours sa maison, est totalement autonome et toujours plein d’histoires anecdotiques d’une autre époque. Il devra donc, bien malgré lui, souffler ses cent bougies dans l’isolement, sans les festivités que nous lui prévoyions avant la crise. »

La situation est d’autant plus déchirante que Marcel Roberge dit souvent à ses proches que ce qu’il lui reste de mieux dans la vie, c’est de voir ses enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants. Comme il a atteint 100 ans, tous ceux qui l’ont côtoyé plus jeune ont quitté ce monde, que ce soient ses 15 frères et sœurs ou ses amis.

« Le réseau qu’il lui reste, c’est ses deux enfants, dont mon père qui est son proche aidant, mon frère et moi, et nos cousines, mentionne Dominic. Ce n’est pas facile pour lui de vivre cet isolement. »

Attristé par la situation, Dominic Roberge tenait malgré tout à faire quelque chose de spécial pour celui avec qui il soupait au restaurant chaque semaine, avant la crise. Il a pensé que son cher grand-père serait très touché de lire ce papier à son sujet dans Le Journal qu’il reçoit chaque jour.

Grande admiration 

Au téléphone, le petit-fils parle de son aïeul avec beaucoup d’admiration et d’amour. Cet homme généreux, qui l’appelle affectueusement « son chum », s’avère un exemple à bien des égards pour lui. 

Il admire sa sagesse empreinte de simplicité et de bon sens, secret de sa longévité selon Dominic. « Il m’a appris beaucoup sur ce qui est important dans le grand bazar de la vie », témoigne cet étudiant en anthropologie.

Très autonome, son grand-père a aussi la chance de vivre encore aujourd’hui dans sa maison, et non en résidence. C’est une chance d’autant plus grande quand on voit ce qui se passe dans plusieurs de ces résidences où les personnes âgées s’éteignent en trop grand nombre, emportés par la COVID ou laissés à eux-mêmes.

Fier et doté d’une santé de fer, Marcel Roberge a traversé de nombreuses épreuves. Il a perdu son père à l’âge de huit ans, et a dû abandonner l’école très tôt pour soutenir la famille. « Il a ramassé de la neige, a pelleté du charbon, puis il est entré dans l’armée », raconte Dominic Roberge.

Sur les bateaux appelés les corvettes, Marcel Roberge a fait plusieurs fois la traversée de l’Atlantique dans un contexte épouvantable. 

En 2012, il a aussi combattu la légionellose, infection qui a fait grand bruit à Québec, et qui lui a valu un dédommagement. « Je l’ai toujours vu super fringant, raconte son petit-fils. Quand on lui demande s’il y a quelque chose qu’il aurait aimé faire, il répond : “Non, j’ai vécu ma vie, j’ai eu une femme merveilleuse pendant des années, j’ai fait ce que je voulais faire, et ça me semble bien assez”. C’est beau de voir ça. C’est une belle leçon de vie. »

Cher M. Roberge, toute l’équipe du Journal se joint à votre famille et moi pour vous souhaiter un très bel anniversaire.