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Changer l’itinéraire pour mieux arriver à destination

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À peine quelques jours après la réouverture des écoles primaires situées à l’extérieur de la communauté métropolitaine de Montréal, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a informé la population québécoise qu’il était possible que la rentrée scolaire de l’automne se fasse à distance pour les établissements secondaires.  

Un tel scénario semble surtout viser à limiter les déplacements des quelque 435 000 élèves du secondaire, 260 000 élèves poursuivant un cheminement aux adultes ou 80 000 élèves inscrits en formation professionnelle, auxquels il faudrait ajouter près de 40 000 membres du personnel scolaire (directions, cadres, personnel enseignant, personnel de soutien et personnel professionnel). Peu importe le scénario adopté, il faudra tenir compte des expériences des dernières semaines, c’est-à-dire des nombreuses innovations pédagogiques, mais également des actions et des non-actions ayant accentué des iniquités entre les élèves. Comme cela a déjà exprimé par plusieurs, nous sommes d’avis qu’il faut plus tôt que tard indiquer clairement les bases sur lesquelles les acteurs de l’éducation devront planifier la rentrée automnale. Ce texte vise ainsi à réfléchir à l’organisation scolaire en contexte de crise afin d’en faire un puissant levier pour la réussite éducative.  

L’enseignement en alternance dans les programmes universitaires en éducation  

D’emblée, advenant que la présence physique des élèves inscrits au préscolaire et au primaire demeure optionnelle en septembre et que l’enseignement à distance se poursuive pour plusieurs élèves, il faut prendre en considération que les écoles préscolaires et primaires ne pourront plus compter sur le soutien du personnel des établissements du secondaire. Nous encourageons rapidement la réflexion et la mise en place de partenariats avec les départements et les facultés d’éducation, ainsi que les commissions scolaires afin que la formation offerte aux futurs maîtres puisse leur permettre de les impliquer dans le réseau. Nous privilégions d’abord l’implication des étudiantes et des étudiants de troisième et de quatrième année des baccalauréats en éducation, et ce, tant en enseignement à distance qu’en présentiel. Nous proposons ici que les cours d’enseignement universitaire, qui seront alternés aux moments vécus avec les élèves du primaire ou du secondaire, donnent lieu à des objets d’apprentissage et d’évaluation qui rendent compte de l’expérience qui sera acquise «sur le terrain».  

L’apprentissage sous une formule hybride  

L’apprentissage hybride permet de profiter des avantages de l’enseignement en salle de classe et de la flexibilité de l’apprentissage en ligne. Sa planification doit encourager la participation des élèves et assurer une rétroaction régulière afin de développer leur autonomie. Le succès d’un apprentissage dans une modalité hybride dépend de l’engagement des élèves, de la qualité de la planification et de la qualité de la rétroaction offerte. Un plan de travail pourra être établi par l’enseignante ou l’enseignant ou développé avec les élèves. Il sera ensuite mis à la disposition de tous, incluant les parents.  

Au secondaire, les élèves pourraient fréquenter l’école physique dans le cadre de certaines plages proposées, par exemple à raison d’une à trois plages par semaine. Le temps en présentiel pourrait alors servir à introduire de nouveaux concepts ou processus, commencer de nouveaux projets ou réaliser des expérimentations. L’enseignement à distance pourrait se réaliser par les pairs ou par le biais de capsules vidéo. Des moments où tous les élèves sont connectés en même temps pour travailler en grand groupe ou en sous-groupes pourraient aussi être planifiés, de même que des plages horaires au cours desquelles l’enseignante ou l’enseignant pourrait répondre individuellement aux questions des élèves.  

Au primaire comme au secondaire, la réussite de tous les élèves doit permettre le dépassement de chacun. Dans cette perspective, nous considérons que les équipes-écoles sont les premières à pouvoir juger de l’accompagnement nécessaire à chacun. Si les modalités d’enseignement à distance ou les ressources technologiques nuisent à la socialisation ou aux apprentissages de certains élèves, les équipes-écoles doivent alors prioriser une formule en présentiel en ne limitant pas, pour eux, le nombre de journées.  

La formation continue: dépasser le partage de contenus et la communication à distance  

Un des enjeux de l’enseignement à distance sera de dépasser l’enseignement-apprentissage de connaissances déclaratives et procédurales, et leur évaluation. Le développement et l’évaluation de compétences (dans toute leur complexité), comme prévu par le Programme de formation de l’école québécoise, exigeront du personnel enseignant qu’il se familiarise avec les outils technologiques qui peuvent être utilisés en enseignement à distance. Le ministre doit ainsi penser à consacrer des ressources humaines, matérielles et financières pour que le personnel scolaire développe les compétences nécessaires à cette nouvelle réalité. Le ministre doit aussi s’assurer que le personnel scolaire bénéficie de l’accompagnement nécessaire.  

L’importance de la concertation et du partage de ressources  

Le ministre doit faciliter le partage des ressources didactiques et pédagogiques entre les commissions scolaires et les établissements publics et privés. Ce partage éviterait que les acteurs du système aient à investir du temps dans la conception de matériel déjà existant. Un travail important de concertation pour revoir le partage des tâches entre les enseignantes et les enseignants d’un même niveau sera nécessaire. Cet arrimage visera notamment à assurer une meilleure cohésion des manières de faire qui seront partagées aux élèves et aux parents. De plus, la période de crise actuelle peut représenter une occasion en or pour revoir le partage de ressources entre le réseau public et le réseau privé, un partage causant d’importantes inégalités entre les deux réseaux, qui sont depuis longtemps décriées par nombre d’acteurs. À ce chapitre, le Québec pourrait s’inspirer de plusieurs sociétés en ciblant, par exemple, un financement préférentiel pour les élèves vulnérables et en obligeant les établissements scolaires privés à investir leurs profits dans les services prévus pour ces élèves.  

Enfin, le Québec fait face à une situation complètement inédite. Il nous apparaît donc important que l’ensemble des acteurs scolaires se mobilise autour d’un grand objectif, c’est-à-dire une sortie de crise assurant la réussite éducative du plus grand nombre d’élèves. Pour ce faire, nous invitons le ministre à poursuivre le travail mené avec clarté et à l’intensifier de manière à assurer un climat physique et virtuel propice aux apprentissages des élèves. À titre d’exemple, il serait pertinent que les équipes disciplinaires ministérielles soient invitées à sélectionner les savoirs incontournables à prioriser parmi tous les savoirs essentiels du programme pour la prochaine année scolaire. De plus, il serait possible d’accélérer les projets de construction de nouvelles écoles ou de rénovation des écoles vétustes. Dans un même ordre d’idées, il semblerait plus sage de revoir le calendrier des projets nécessitant une plus forte adhésion des acteurs scolaires, comme le déploiement des maternelles 4 ans ou, encore, la mise en œuvre du projet de loi n°40 sur la gouvernance scolaire.  

– Olivier Lemieux, Mélanie Tremblay et Anne-Michèle Delobbe
UQAR-campus Lévis