/finance/opinion/columnists
Navigation

L’homme de 86 millions de dollars chez Bombardier

GEN - ALAIN BELLEMARE USINE DE BOMBARDIER
Photo d’archives, Martin Alarie L’ex-PDG de Bombardier, Alain Bellemare

Coup d'oeil sur cet article

Alors que Bombardier a dramatiquement périclité sous son règne, son ex-PDG, Alain Bellemare, a eu le temps de s’enrichir royalement.  

En l’espace d’à peine cinq ans, soit du 13 février 2015 au 11 mars dernier, la multinationale de la famille Beaudoin-Bombardier devait lui verser 86 millions de dollars, selon les données rapportées dans les circulaires des assemblées annuelles.

Ces 86 millions $ incluent une valeur (non encore réalisée) de 26 millions $ que Bombardier avait attribuée aux 7,1 millions d’unités d’actions et 13,7 millions d’unités d’options que la société avait octroyées à M. Bellemare au fil des années, et qu’il détient toujours dans son portefeuille.  

  • ÉCOUTEZ la chronique économique de Michel Girard à QUB Radio: 

 Alain Bellemare comptait ainsi encaisser un revenu annuel moyen de 17,2 millions de dollars... pour finalement aboutir au démantèlement de Bombardier, qui ne sera plus que l’ombre d’elle-même une fois que la transaction de vente de Bombardier Transport à la multinationale française Alstom sera conclue.   

La question à 17 millions $ : qui est responsable de verser une telle faramineuse somme d’argent à Bellemare ? C’est le conseil d’administration de Bombardier, laquelle société est contrôlée par la famille Beaudoin-Bombardier. Bellemare, lui, ne fait qu’encaisser ce qu’il avait négocié dans son alléchant contrat.  

Pour vous montrer à quel point le conseil d’administration de Bombardier déborde de « générosité » envers Bellemare, ce dernier s’est fait octroyer un « paiement spécial » de 4,9 millions $ pour la transaction de vente de Bombardier Transport à Alstom.  

Ça n’a aucun bon sens de verser à Alain Bellemare un tel cadeau alors qu’il était déjà grassement payé pour effectuer sa job de PDG. Quelle gouvernance !  

DÉCONFITURE BOURSIÈRE  

Il est par ailleurs incroyablement frustrant pour les actionnaires de constater qu’on a versé tant de millions de dollars par année à ce PDG de Bombardier qui a vu sous son règne l’action chuter de 67 % !  

Lorsqu’Alain Bellemare est entré en fonction, le 13 février 2015, le titre valait 2,63 $. Lors de sa mise à pied, le 11 mars dernier, l’action ne valait plus que 88 cents.  

Et depuis, en raison de l’impact de la COVID-19 sur les affaires de la compagnie, l’action a continué de péricliter, se négociant autour des 41 cents.  

Ce n’est pas de la faute du nouveau PDG de Bombardier, Éric Martel. Ce qui n’aide pas la « cause » de Bombardier en cette période de pandémie, c’est de se retrouver aujourd’hui avec seulement une division d’avions d’affaires.   

Cette division risque d’en arracher beaucoup plus que la division Transport, qui a été récemment cédée à Alstom en vertu d’une entente devant être conclue au cours des prochains mois.  

« FAITS D’ARMES »  

Sous sa férule, le volume d’affaires a baissé de 4,3 milliards $ US, pour atteindre 15,8 milliards $ US en 2019, à comparer à 20,1 milliards $ US en 2014. En cinq ans, Bellemare a enregistré quatre années déficitaires.  

Ses « grands » faits d’armes ?  

Il a convaincu le gouvernement de Philippe Couillard d’investir 1,3 milliard $ dans la C Series, pour ensuite donner gracieusement à Airbus le contrôle du super avion que Bombardier avait développé à un coût de 7 milliards $.  

Il a « sauvé » Bombardier du précipice financier en convainquant la Caisse de dépôt et placement du Québec, en 2015, d’injecter 2 milliards $ dans Bombardier Transport. De plus, il a réussi à faire investir de la part de la Caisse un autre montant de 540 millions $ dans Bombardier Transport.  

Et le clou de son règne : se faire accorder par Bombardier un « paiement spécial » de 4,9 millions $ pour vendre Bombardier Transport à Alstom. Quel PDG rusé !

LES 86 MILLIONS $ DE BELLEMARE 

1. Rémunération : 58,4 millions $ 

  • 2015 : 8,2 millions $   
  • 2016 : 12,6 millions $   
  • 2017 : 13,8 millions $   
  • 2018 : 13,7 millions $   
  • 2019 : 10,1 millions $      

2 . Liquidation d’options en 2018 : 10,6 millions $ 

3 . Arrangement de départ en 2020 : 17 millions $ 

  • Indemnité de départ : 9,6 millions $   
  • Paiement spécial (vente Bombardier Transport) : 4,8 millions $   
  • Prime pour objectifs de performance atteints : 2,6 millions $