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Tunnel du tramway: risque «très élevé» pour des édifices de la côte d’Abraham

Un ingénieur sonne l’alarme au sujet des travaux pour le tunnel du tramway

Quebec
Photo Stevens LeBlanc L’immeuble à logements de Dorys Chabot, dans la côte d’Abraham, surplombe le cap qui donne sur le stationnement du Réacteur d’Olivier Dufour, rue Saint-Vallier Est. Les travaux de stabilisation de son immeuble et de la falaise ont coûté plus de 250 000 $.

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Un ingénieur émet un sérieux avertissement à la Ville de Québec pour la construction du tunnel du tramway, inquiet des vibrations qui pourraient menacer certains immeubles de la côte d’Abraham, voire même coûter des vies.  

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«Il est de mon devoir d’ingénieur en géologie de mettre en garde la Ville, le ministère et les autres spécialistes qu’il y a un risque très élevé à faire passer un tunnel sous la côte d’Abraham», peut-on lire dans un avis technique rédigé en février dernier, obtenu par Le Journal.   

L’ingénieur sénior Claude Duplessis, qui a travaillé dans une quinzaine de pays au cours de sa carrière, estime que les vibrations engendrées par le creusage du tunnel ou le dynamitage pourraient occasionner «des bris et la déstabilisation des ouvrages du côté nord», soit les immeubles à flanc de falaise entre l’escalier de la Chapelle et la rue Saint-Augustin.   

Ses observations découlent d’une intervention majeure pour stabiliser l’immeuble à logements de Dorys Chabot (adresses 726 à 750 de la côte d’Abraham) dans la dernière année. La délicate opération visant à installer des pieux et des ancrages puis à refaire un muret de soutènement, à la suite d’un glissement de terrain dans le cap à l’arrière de l’immeuble, a coûté plus de 250 000 $.   

Risque de blessures ou de décès  

À la demande de sa cliente, il a poussé sa réflexion plus loin et a produit un rapport spécifiquement sur les risques liés à la construction du tunnel du tramway, qui doit théoriquement circuler en souterrain sous la côte d’Abraham pour relier la basse-ville à la haute-ville.   

Les vibrations, concluent-ils, pourraient « conduire à l’effondrement de l’immeuble, voire même engendrer des blessures et/ou la mort des occupants ». Rien de moins.   

Au bout du fil, l’ingénieur de la compagnie GoldMinds, qu’il a lui-même fondée en 2012, ne mâche pas ses mots et s’étonne que la Ville, dans les documents publics, ait jugé le risque « faible » à cet endroit.   

«Il faut qu’ils trouvent une méthode avec presque pas de vibrations sinon ils vont se ramasser avec des buildings à terre. La vibration, ça voyage dans le roc et il y a une pointe de roc sur la côte d’Abraham. Ça s’effrite d’un côté, puis de l’autre côté, ça a été creusé pour faire passer les infrastructures dans la côte.»   

Les constructions sont sur des fondations d’une autre époque et ne rencontrent pas les normes sismiques modernes, ajoute-t-il dans son rapport.   

«Ce n’est pas pour créer une panique, mais il faut que les gens qui s’occupent de ça soient conscients qu’on ne peut pas faire tout ce qu’on veut à cet endroit-là. Il faut vraiment faire attention. Il faut qu’ils contrôlent les vibrations et qu’ils inspectent tous les jours, pas juste au début et à la fin», comme ils le prévoient.   

Loin d’être rassurée  

La propriétaire de l’immeuble, Dorys Chabot, a transmis l’avis technique au ministère de la Sécurité publique, au ministère des Transports et à la Ville. Elle n’a pas été rassurée par les maigres réponses qu’on lui a données (voir encadré).   

«J’ai écrit à Mme Guilbault et M. Bonnardel pour savoir qui du gouvernement ou de la Ville serait responsable en cas d’effondrement. Je n’ai pas eu de réponse. Et à la Ville, ils m’ont répondu qu’ils vont étudier ça... C’est censé me rassurer? Moi, je lève un drapeau, je travaille en amont et je veux avoir des garanties.»   

«Les gens ne sont pas sensibilisés à la gravité de ça. Mon but, ce n’est pas de créer de la panique, mais de soulever un problème parce qu’il y a du danger. On ne peut pas dire qu’il y a zéro risque», insiste-t-elle.  

 

LA VILLE TENTE DE SE FAIRE RASSURANTE  

Questionnée par Le Journal sur le rapport inquiétant d’un ingénieur, voici ce que la Ville de Québec nous a répondu par courriel :  

«Le Bureau de projet est en conception préliminaire de l’insertion du tramway au sein de la Ville. Les travaux en cours visent à optimiser le tracé, incluant le tracé en souterrain.»  

«Lorsque cette optimisation sera complétée, la Ville ira à la rencontre des riverains afin de leur présenter les résultats de ces travaux. Ainsi, il est prématuré pour des experts de mener des analyses d’impact sans avoir en main l’ensemble des données.»  

«Pour l’ensemble des chantiers de construction de la Ville, en particulier ceux qui nécessitent du dynamitage, toutes les mesures sont prises pour assurer la sécurité et la préservation des biens.»