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Je ne me souviens... de personne

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Il y a d’abord eu Renée Claude. Puis Monique Mercure. Et Michelle Rossignol. En quelques jours, trois femmes inoubliables se sont éteintes. 

Le départ de ces grandes interprètes m’attriste. Mais ce qui me rend encore plus triste, c’est de penser que pour toute une génération de jeunes Québécois, ces trois noms ne veulent rien dire. 

Absolument rien. 

C’EST QUI ÇA ? 

Je ne vous ferai pas le coup de : « La devise de notre province est ‘‘Je me souviens”, mais on ne se souvient de rien ». Car ce n’est pas juste une question de mémoire. C’est une question de culture. De valorisation de la culture. De transmission de la culture. De glorification de la culture. 

J’en mets ma main au feu : si vous sortez de chez vous ce matin et que vous faites un sondage impromptu dans la rue, aucun jeune né après 2000 ne va pouvoir reconnaître le nom de ces trois femmes. 

Monique Mercure a triomphé dans le sublime film de Jean Beaudin J.A. Martin photographe. Mais qui, aujourd’hui, au Québec, a moins de 20 ans et a déjà entendu parler de ce film ? À part les étudiants en cinéma, et encore. 

Michelle Rossignol a triomphé dans les pièces de Michel Tremblay. Mais qui, aujourd’hui, parmi les jeunes, étudie à l’école les œuvres de notre Molière québécois ? 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Renée Claude a triomphé avec les chansons de Stéphane Venne. Mais qui est capable, parmi les milléniaux, de nommer une seule chanson de monsieur Venne ? Si ce n’était de Star Académie qui l’a remis au goût du jour en reprenant Et c’est pas fini, qui parmi la nouvelle génération connaîtrait ce nom ? Et je vous rappelle que c’était il y a 17 ans, et que pour les milléniaux, 2003, c’est le Moyen-Âge... 

Philippe Lorange est un jeune penseur québécois que j’aime beaucoup. Il est étudiant en science politique et en philosophie à l’Université de Montréal et, en février, il a été l’initiateur d’un « manifeste contre le dogmatisme universitaire ». 

Le 12 mai, à la mort de Renée Claude, il a écrit sur Facebook : « Renée Claude, Monique Leyrac : des noms que je n’ai jamais entendus à l’école, à la radio, à la télévision, ou de qui que ce soit. Simplement découverts par des recherches. 

Mais comment pourrait-on reprocher aux membres de ma génération de ne pas les connaître ? Rien, mais strictement rien, n’est en place pour garantir la transmission culturelle : l’abdication est complète et totale. Toutes les conditions sont en place pour pousser le jeune au rejet de son héritage. » 

Philippe a tout à fait raison. Je ne reproche pas aux membres de sa génération cette méconnaissance de nos héros d’hier. C’est nous, collectivement, qui sommes responsables de cette ignorance. 

C’est la faute des diffuseurs qui n’en ont que pour la vedette de la semaine, en particulier des diffuseurs publics ; c’est la faute des radios qui préfèrent faire jouer des niaiseries américaines que des chefs-d’œuvre d’ici ; c’est la faute du système d’éducation qui ignore nos artistes. 

Mais c’est notre faute aussi comme parents, oncles, tantes ou grands-parents de ne pas avoir insufflé à la nouvelle génération cet amour de nos artistes. 

Renée, Monique, Michelle, on vous demande pardon.