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Les 65 ans et plus sont des adultes

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Photo d'archives, Jean-François Desgagnés Les aînés veulent recommencer à vivre eux aussi.

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Dans un effort pour démontrer sa volonté de prendre des moyens extraordinaires en matière de santé publique, le gérant d’une salle de spectacles a suggéré une mesure qui fait réagir : interdire l’accès aux « aînés ». 

Citation du Journal d’hier : « Puisque ce sont les personnes de plus de 65 ans qui sont les plus à risque, Patrick Lévy suggère de ne pas les admettre aux spectacles. » À la première lecture, j’ai ressenti un immense malaise. Après réflexion, j’y vois une question de fond. 

D’abord, je précise que je n’attaque pas du tout l’auteur. Je ne doute pas de sa bonne foi à vouloir trouver des solutions pour survivre. Il a simplement suggéré des idées qui semblaient en ligne avec les consignes maintes fois répétées au cours des dernières semaines. 

Le résultat est néanmoins impensable. Rouvrir les salles de spectacle et en bannir les personnes de 65 ans et plus. Des adultes libres qui seraient privés du droit d’accès à un lieu public, privés d’accès au divertissement. 

Cette proposition soulève quand même deux questionnements plus larges.   

  1. Cette pandémie serait-elle en train de pousser les aînés sur la voie de garage de la société ? 
  2. Un adulte de 66, 70 ou 75 ans avec toutes ses facultés devrait-il être le maître de ses décisions en matière de prise de risque par rapport à sa santé ?  

Voie de garage ? 

Sur le sujet de la mise au rancart des aînés, je me permettrai de rappeler le nombre d’organismes bénévoles qui reposaient presque entièrement sur la contribution des retraités jusqu’en mars dernier. Des gens actifs, alertes, en bonne santé malgré quelques bobos, qui rendaient des services précieux.  

Je rappellerai aussi que les baby-boomers retraités représentaient tout un apport à l’économie. Les salles de spectacles, les restaurants, l’industrie du tourisme, même les activités sportives, tous se régalaient de l’argent laissé dans les entreprises par cette génération qui a encore plein de projets. 

La COVID-19 aura marqué un temps d’arrêt dans la vie de ces aînés. Ils s’y sont pliés, en comprenant bien la logique de la santé publique. Mais ils ont la ferme intention de recommencer à vivre eux aussi et il ne faudrait surtout pas les en empêcher. 

Responsable de soi-même 

C’est l’autre enjeu. Personnellement, je suis convaincu que les gens de 65 ans et plus devront pouvoir décider pour eux-mêmes, une fois la première vague de confinement passée. Le confinement constitue une mesure de protection collective pour éviter le pire, pour éviter que le système de santé ne soit submergé. Les aînés l’ont bien saisi. 

Or, dans la reprise des activités, nous passerons au mode des décisions individuelles. Une personne aînée est un adulte capable d’évaluer sa situation personnelle de santé, d’en discuter avec son médecin et de décider ensuite.  

Si monsieur ou madame met son masque et se sent prêt pour aller au restaurant ou dans une salle de spectacles, il faudra respecter cela.

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