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Des chochottes

Stéphane Venne
Photo d’archives Stéphane Venne

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J’ai bien aimé un tweet de l’auteur-compositeur Stéphane Venne, cette semaine. 

« C’est vraiment bizarre qu’on évalue les contraintes anti-COVID non en fonction de leur efficacité mais de leur confort. 

« Faut pas que ça dérange trop. Ni que ça change nos habitudes. 

« Imaginez cette attitude à Londres en 1941 sous les bombes allemandes. » 

LE CONFORT ET L’INDOLENCE 

Venne (qui a perdu Renée Claude, sa plus grande interprète, il y a quelques jours) a parfaitement raison.  

On veut lutter contre le virus... mais sans rien changer ! 

Comme les soldats qui font la guerre en contrôlant des drones à partir de bureaux climatisés situés à des milliers de kilomètres du front. 

« Jane ? Je vais exécuter un leader d’Al-Qaïda dans une demi-heure, puis j’arrive à la maison pour souper. Garde mon assiette au chaud. » 

Je suis en train de lire Le Monde d’hier de l’écrivain autrichien Stefan Zweig, un bouquin qui a été publié en 1941. 

Zweig parle de tous les malheurs qu’ont vécus les gens de sa génération.  

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

« Jamais une génération n’est tombée comme la nôtre d’une telle puissance intellectuelle dans une telle décadence morale. Nous avons labouré d’un bout à l’autre le champ de toutes les catastrophes imaginables. Tous les chevaux de l’Apocalypse se sont rués à travers mon existence : la révolution et la famine, les épidémies et l’émigration, le fascisme, le national-socialisme, le bolchevisme, deux guerres mondiales, la crise, la barbarie... » 

Ces gens-là étaient faits durs. 

Nous ? Des chochottes. Des mauviettes. Des lapins.  

Attendre 20 minutes pour entrer à la SAQ est considéré comme une épreuve. On se prend pour des héros juste parce qu’on a porté un masque au Costco. 

Si un pays nous déclarait la guerre, demain, on se rendrait après un quart d’heure.   

Envahissez notre pays, hissez votre drapeau au-dessus de notre parlement, mais de grâce, gardez les centres commerciaux ouverts.  

« LA GUERRE, LA GUERRE... » 

On critique les membres de nos gouvernements, mais mettons-nous à leur place.  

Ils doivent imposer des mesures contraignantes à des gens qui ne veulent rien changer à leurs habitudes ! 

Et mes week-ends au terrain de camping ? Mon chalet ? Mes vacances en Europe ? Mon voyage de pêche ? Les camps de mes enfants ? Mes restaurants ? Mes BBQ ? Le coiffeur ? Mon massothérapeute ? Mon gym ? Mon esthéticienne ? 

Comme disait un personnage de La Guerre des tuques : « La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal... » 

Vous pensez qu’en 1940, les gouvernements payaient les jeunes pour qu’ils restent chez eux ? 

« Ah, le bar où tu travaillais s’est fait bombarder ? Pas de problème, on va compenser ton salaire perdu... » 

Prenons juste le retour à l’école. Éduquer des milliers d’enfants en respectant les consignes de sécurité sanitaires est un casse-tête.  

Mais on veut que tout se déroule sans anicroche. Comme sur des roulettes. Dès la première semaine.  

Allez, hop ! 

HAUTE VITESSE 

On est tellement habitué à avoir tout ce qu’on veut instantanément, d’une simple pression de l’index, qu’on a perdu tout sens des réalités.  

Comme l’écrivait Stéphane Venne : on a déjà vécu dans « un univers clair, juste et merveilleux, béni de Dieu... » 

Et on n’accepte pas qu’il ait changé.