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Frédéric Loyer tourne le dos aux Jeux olympiques

L’entraîneur de kayak préfère se tourner vers la relève au Club de Lac-Beauport

Frédéric LOYER
Photo courtoisie L’entraîneur de kayak, Frédéric Loyer (au centre), en compagnie des six membres de l’équipe nationale de la Nouvelle-Zélande.

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Tant pour les athlètes que les entraîneurs de haut niveau, les Jeux olympiques représentent l’objectif ultime. Son billet pour Tokyo en poche, Frédéric Loyer a préféré quitter son emploi pour se consacrer à la relève.

Entraîneur-chef de l’équipe masculine de kayak de la Nouvelle-Zélande pendant quatre ans, Loyer a vu les portes du bassin olympique de Tokyo s’ouvrir devant lui en août dernier en Hongrie quand ses protégés Max Brown et Kurtis Imrie ont qualifié le K-2 1000 m à l’occasion du championnat mondial. Ils ont terminé au 15e rang et ainsi obtenu la deuxième entrée de l’Océanie.

« Ce fut fabuleux, un moment de légende quand les gars ont obtenu leur qualification olympique, raconte Loyer qui est de retour à la barre du Club de Lac-Beauport depuis quelques mois. Ce fut un bel accomplissement pour un petit pays qui consacre peu de moyens au kayak masculin. C’était un sacré défi quand j’ai pris l’équipe. Les athlètes devaient travailler parce qu’ils n’avaient pas de brevet. »

« On m’a offert de rester jusqu’aux Jeux olympiques, mais je n’avais pas les éléments me permettant de pouvoir continuer, de poursuivre Loyer. En Nouvelle-Zélande, on ne compte que trois entraîneurs professionnels. Les entraîneurs de club sont des parents. Je voulais obtenir de l’aide. Il y avait beaucoup de politique et les budgets allaient en grande partie à l’équipe féminine. Je n’avais pas envie de fonctionner en situation de conflit. Dès février, j’avais prévenu la Fédération que j’allais quitter après le mondial. Après notre qualification olympique, les dirigeants sont revenus à la charge en débloquant plus d’argent, mais il était trop tard. C’était le paradis la Nouvelle-Zélande, mais je souhaitais aussi partir pour des raisons familiales. J’étais dans le processus de l’obtention de ma résidence permanente au Canada. »

Bel accueil

L’été dernier, dans le processus menant au championnat mondial, l’équipe néo-zélandaise a été accueillie en France. « Ils nous ont passé des bateaux et offert le gîte et le couvert, raconte Loyer au sujet de l’accueil de son pays natal. C’est moi qui devais trouver du financement. Je faisais tout et ce n’était pas possible de rester dans ces conditions. »

Loyer a tourné la page sans amertume. « Je n’ai plus l’ambition de coacher des médaillés olympiques, mais j’ai encore l’ambition de développer des athlètes. Les bons athlètes, tu dois les prendre jeunes. Ce rôle dans leur développement me suffit. Le coach dont l’athlète remporte une médaille olympique est mis en valeur, mais il sait que les entraîneurs précédents ont été aussi importants. »

Relation malsaine

Entraîneur de l’équipe canadienne de kayak féminin pendant quelques années, Loyer estime que cette relation entre les entraîneurs de club et ceux de l’équipe nationale n’est pas toujours saine.

« Au Canada et c’est la même chose en France où j’ai travaillé avant, des entraîneurs de club reprochent à des coachs nationaux de ne pas avoir mené leur athlète à un podium olympique. Mon travail comme coach de club est d’aider les entraîneurs nationaux et non les blâmer. »

Un retour tout en douceur 

Entraîneur-chef du Club de Lac-Beauport pendant moins de deux ans entre l’automne 2009 et le printemps 2011, Frédéric Loyer avait accepté une offre de Canoë Kayak Canada et était parti avant la fin de son contrat, ce qui avait soulevé l’ire du président Georges Delisle qui n’avait pas apprécié les manœuvres de l’organisme national.

« Le retour a été facile, a assuré Loyer. Je me suis engagé à long terme et je me suis acheté une maison à Lac-Beauport. Mes deux filles sont très contentes. Même si j’avais des offres de la France où j’avais fait pas mal le tour du jardin, je voulais redonner au club de Lac-Beauport. J’aurais dû rester au club parce que j’avais développé un sentiment d’attachement. Je me souviens encore de la déception dans les yeux des athlètes quand je leur avais annoncé mon départ. Je devais ça au club de revenir. »

« Je n’ai plus besoin des sirènes de l’équipe nationale, de poursuivre le Français qui a bossé au sein de l’équipe nationale de son pays avant de venir au Canada en 2009. Contrôler le processus au sein d’un club est plus important que d’être un entraîneur au sein de l’équipe nationale et ne pas avoir de contrôle. »

Des athlètes ravis

Présent en Floride en février et mars pour un camp de préparation, Loyer a retrouvé un club avec une plus grande base qu’à son départ.

« Le Club entre dans une nouvelle ère avec le retour du sport-études, a indiqué celui qui prend la relève de Luc Grenier en poste depuis 2011. C’est une grosse bouffée d’oxygène. Il y a beaucoup de jeunes qui performent. Faute de participants, on avait quitté le sport-études il y a 10 ans. C’est aussi un pur délice de travailler avec Maxime Poulin qui est responsable des plus jeunes. »

Les athlètes sont ravis de l’embauche de Loyer. « Fred apporte une expertise nationale et internationale, souligne Alix Plomteux, l’un des beaux espoirs du club. Je ramais davantage pour le plaisir auparavant. J’ai connu mon meilleur hiver de préparation. Je n’ai jamais été fort, mais j’ai beaucoup progressé en musculation. Ce travail a paru lors du camp en Floride. »

Membre de l’équipe nationale, Anna Roy-Cyr aime aussi ce qu’elle voit. « Frédéric fait beaucoup d’entraînement individuel et ça fait du bien. J’ai hâte qu’il puisse nous accompagner sur l’eau d’ici les prochaines semaines. »