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Il y a 40 ans, le Tigre rugissait

En mai 1980, Michel Bergeron faisait le saut des Draveurs de Trois-Rivières aux Nordiques de Québec

Michel Bergeron
Photo d'archives Michel Bergeron filait le parfait bonheur derrière le banc des Draveurs de Trois-Rivières quand l’appel des Nordiques et de la LNH a sonné.

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Il y a 40 ans, les Nordiques officialisaient l’embauche de l’un des visages marquants de l’organisation. Michel Bergeron, après cinq saisons couronnées de succès à la barre des Draveurs de Trois-Rivières, plongeait tête première dans l’aventure de la LNH à Québec afin de remplir un rôle qui n’avait pas été révélé au public. Retour sur un chapitre rocambolesque...

Quelques jours avant que la nouvelle soit confirmée, la machine à rumeurs s’emballait déjà. Dès le 16 mai 1980, une manchette sur la page frontispice du Journal laissait entendre que « Bergeron se joindrait aux Nordiques ». Une semaine plus tard, c’était chose faite.

En coulisses, tout n’était pas si simple. Entre l’option alléchante de graduer dans la Ligue nationale à 33 ans et le confort dont il bénéficiait dans le junior majeur à Trois-Rivières, le cœur du Tigre balançait sans cesse.

À l’époque, le directeur général des Nordiques, Maurice Fillion, voyait dans sa soupe le jeune entraîneur qui avait amené deux fois son équipe à la Coupe Memorial. Avant lui, huit entraîneurs en six ans avaient défilé derrière le banc des Draveurs.

Une première rencontre a eu lieu dans un steak house de Trois-Rivières. Le bœuf a été mastiqué plus aisément que l’offre des Nordiques.

« Maurice a voulu m’offrir un poste, sans spécifier le poste en question. On n’arrêtait pas de tourner autour du pot. Il a fini par me dire que ce serait un rôle d’adjoint. J’espérais une offre pour devenir entraîneur-chef, donc j’étais déçu. Mon premier réflexe a été de lui demander : Mais qui donc sera le coach ? Il m’a dit : je ne peux rien te dire », rigole Bergeron de bon cœur.

L’entraîneur n’a jamais regretté sa décision, lui qui a dirigé 634 matchs avec les Fleurdelisés en saison régulière, au cours de sa carrière.
Photo d'archives
L’entraîneur n’a jamais regretté sa décision, lui qui a dirigé 634 matchs avec les Fleurdelisés en saison régulière, au cours de sa carrière.

Quelques revirements

Devant tant d’incertitude, Bergeron a parlé à l’état-major des Draveurs et a d’abord convenu de rester en place avec l’organisation. En pleine nuit, il a appelé Maurice Fillion pour livrer la nouvelle.

« Il était pas mal fâché contre moi que je réveille sa famille pour ça. J’étais ébranlé. J’ai reparlé aux propriétaires des Draveurs et je leur ai dit que ça n’avait pas de sens, qu’il fallait au moins que j’aille voir Maurice à Québec pour m’expliquer. »

Le Tigre s’est donc pointé au bureau des Nordiques, qui se trouvaient à cette époque à Place Charlesbourg. Telle une vision du Saint-Esprit, sa vision trouble s’est vite éclaircie.

« Je suis arrivé dans le couloir pour aller au bureau de Maurice et je me suis dit : le train passe, il n’est pas question que je n’embarque pas. Ça m’a frappé », relate Bergeron.

Longue aventure

Reconnu pour son caractère bouillant, le Tigre est ainsi devenu l’entraîneur-chef ayant écoulé le plus de saisons à la barre dans l’histoire de la concession.
Photo d'archives
Reconnu pour son caractère bouillant, le Tigre est ainsi devenu l’entraîneur-chef ayant écoulé le plus de saisons à la barre dans l’histoire de la concession.

Après de longues heures de rencontre, une entente de trois ans était ratifiée. Il aura fallu attendre après le repêchage du 17 juin pour que le nouvel organigramme de l’équipe soit dévoilé.

Maurice Fillion devenait l’entraîneur-chef, secondé de Bergeron et André Boudrias. Sauf que dès le camp d’entraînement, Bergeron a senti que les Nordiques deviendraient son équipe assez tôt. 

« Je me souviendrai toujours que dans un match à Los Angeles, durant un temps d’arrêt, Maurice m’a demandé comment je le trouvais comme entraîneur. Je l’ai regardé et avec le sourire en coin je lui ai dit : ordinaire !

« Je me doutais qu’il voulait me laisser l’équipe. C’était tout un homme de hockey et on a toujours eu une belle complicité par la suite même si on avait nos accrochages. J’étais nerveux et je savais que ma façon de faire ne plairait pas à certains vétérans, mais j’étais prêt », affirme l’ex-entraîneur reconnu pour sa fougue, avec 40 ans de recul.

Dès le 19 octobre, à Winnipeg, Fillion lui annonçait qu’il se concentrerait sur son rôle de directeur général et qu’il lui cédait les commandes de pilote. Bergeron dirigeait trois jours plus tard son premier de 74 matchs en 1980-81, au Minnesota.

Son séjour derrière le banc des Bleus a duré jusqu’en 1987, en plus d’un bref retour en 1989-90.