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Pékin attaque la démocratie

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Le Parti communiste chinois (PCC) mène une attaque frontale contre les démocraties. La loi qu’il va imposer à Hong Kong criminalise la promotion de la démocratie. Elle viole le traité signé avec le Royaume-Uni.  

Contrairement à ce que les dirigeants chinois racontent, les problèmes de Hong Kong ne proviennent pas des États-Unis. Ils résultent de la gestion dictatoriale catastrophique de Xi Jinping. Le geste de Pékin marque le début d’une nouvelle guerre froide, cette fois entre la Chine et les pays démocratiques.  

1. En quoi la Chine viole-t-elle le traité de 1997 ? 

Suivant un principe bien connu en droit, il est illégal d’obtenir par des moyens détournés ce qui est explicitement interdit. Selon le traité signé par la Chine et la Grande-Bretagne, Hong Kong doit disposer d’une large autonomie dans tous les domaines, sauf la Défense et les Affaires étrangères. Or, le PCC s’apprête à déposer une loi qui soumettra les citoyens de Hong Kong aux lois chinoises, entre autres en matière de liberté de parole, de presse et de pensée. Sous prétexte de lutte contre la sécession, le terrorisme, la subversion et l’influence étrangère, il deviendra impossible de critiquer le gouvernement chinois. Ce n’était pas la volonté du gouvernement britannique lors de la signature du traité. 

2. Pourquoi la démocratie est-elle attaquée ? 

Hong Kong n’a jamais été une démocratie complète. Mais la très vaste majorité de la population hongkongaise souhaite l’instauration d’une véritable démocratie, notamment par l’élection au suffrage universel du chef du gouvernement de Hong Kong. Cette évolution n’était pas exclue par le traité de 1997. La nouvelle loi proposée par le PCC empêchera les partisans démocrates de Hong Kong de défendre leurs idées. Ils seront jetés en prison s’ils le font. La démocratie sera traitée comme un danger pour la sécurité de la Chine entière. 

3. Pourquoi le problème provient-il de Pékin ? 

Le PCC aurait très bien pu laisser Hong Kong tranquille. D’autant qu’en 2003, le gouvernement de Hong Kong avait échoué à faire adopter une loi plus « prochinoise » de la sécurité et que tout le monde s’accommodait très bien de cet échec. En plus, le traité de 1997 stipule que Hong Kong sera complètement soumise aux lois chinoises en 2047. Mais le PCC n’a pas voulu attendre. Il s’est immiscé dans les affaires internes de Hong Kong, en dépit du traité. La responsabilité de cette intrusion revient principalement à Xi Jinping.  

4. Pourquoi le PCC agit-il maintenant ? 

La gestion de Xi Jinping de la crise à Hong Kong a été à ce point mauvaise que les candidats démocrates ont réalisé leurs meilleurs scores aux récentes élections locales. Leur avance est si forte qu’ils risquaient de prendre le pouvoir aux élections de cet automne. Une telle victoire aurait constitué un démenti à toute la propagande de Xi qui cherche à faire croire que seule une minorité de Hongkongais manipulée de l’étranger veut la démocratie. Inversement, la crise de Hong Kong constitue une belle occasion pour mousser le nationalisme pour détourner l’attention de sa mauvaise gestion. 

5. Entrons-nous dans une nouvelle guerre froide ? 

Oui, très probablement. Mais les démocraties ne sont pas prêtes à livrer cette guerre. Elles sont incapables de s’entendre entre elles. La démocratie la plus puissante devient de jour en jour plus dysfonctionnelle. À l’intérieur du camp démocratique, il se trouve même des admirateurs des dictatures. La nouvelle guerre froide constituera peut-être une occasion pour les démocraties de retrouver une certaine unité et de se doter d’un objectif commun.