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Super profs de la pandémie: un dernier élan avant la retraite

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Yves Gagné a rencontré Le Journal quelques jours avant la rentrée en classe dans les écoles primaires. L’enseignant qui cumule 34 années d’expérience disait s’ennuyer des enfants.

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Après 34 ans dans l’enseignement, Yves Gagné était admissible cette année à la retraite, mais la fin abrupte engendrée par le coronavirus l’a poussé à jongler avec l’idée de la reporter d’une année.  

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À l’école primaire Les Primevères, à Sainte-Foy, Yves Gagné est une véritable rock star. Dès la première année, les enfants espèrent TOUS atterrir dans sa classe en cinquième année.   

«Je m’ennuie des petits, tant de mes élèves de 5e que de ceux de 6e [qu’il a connus l’année d’avant, faut-il le préciser...]», soupire Yves Gagné en s’installant dans les estrades vides de la grande cour d’école.   

C’était quelques jours avant le retour en classe annoncé par le gouvernement dans les écoles primaires à l’extérieur de la région de Montréal. Un retour plein d’appréhension. M. Gagné a d’ailleurs décidé de poursuivre l’enseignement à distance, tout comme la moitié de ses élèves. Il a pris en charge tous les jeunes de cinquième année qui ont fait ce choix aux Primevères.  

Album de chansons  

Clown à ses heures, enjoué comme pas un, il faut dire que cet enseignant à la personnalité très attachante ne passe pas inaperçu. Et puis les enfants ont tous entendu parler de son fameux projet d’album de chansons, qui en était cette année à sa 20e édition, et qui aurait dû être suivi d’un spectacle.  

À l’école, M. Gagné a en effet aménagé un petit studio, où il enregistre les enfants de sa classe pour ce projet qui fait l’envie de tous, mais qui permet surtout aux petits de s’amuser et de gagner de la confiance en eux-mêmes.  

Jamais, au grand jamais, Yves Gagné n’aurait imaginé une fin de carrière comme celle-là. Après 10 ans auprès d’élèves en difficulté, il s’est retrouvé à l’école Les Primevères où il enseigne depuis.   

«Les enfants, il faut les aimer, et c’est ce qui fait la différence, dit-il. Je ne suis pas un super professeur, mais on me donne des super élèves», a-t-il tenu à nuancer.   

Constante communication  

Pendant le confinement, fidèle à ses habitudes, l’enseignant a rivalisé d’imagination, avec ses collègues, pour continuer à donner le goût aux élèves d’apprendre.   

Chaque jour, il a communiqué avec eux et a organisé un appel vidéo grâce à une page Facebook qu’il a créée pour l’occasion, pour leur permettre de poser des questions. Comme ils sont encore jeunes, les enfants utilisent les pages FB de leurs parents pour participer.  

En plus des travaux à effectuer, il leur a proposé de confectionner des recettes pour s’exercer en français et en mathématiques. Des élèves sont allés chez lui, avec leurs parents, afin qu’il puisse goûter le résultat de ces travaux pour le moins originaux.  

Alexianne Sylvestre a confectionné des éclairs au chocolat dans le cadre d’un projet amorcé par son professeur, qui a même eu droit à sa portion livrée à domicile.
Photo Karine Gagnon
Alexianne Sylvestre a confectionné des éclairs au chocolat dans le cadre d’un projet amorcé par son professeur, qui a même eu droit à sa portion livrée à domicile.

L’enseignant leur a aussi demandé de rédiger une lettre d’opinion sur leur façon de vivre la crise du coronavirus, dont une a même été publiée.   

Puis les enfants ont écrit des lettres à l’intention des anges gardiens du milieu de la santé. Ils ont reçu des réponses de médecins et d’infirmières pour les remercier. «On a aussi reçu une photo d’un mur d’hôpital avec le fameux arc-en-ciel et les lettres des enfants qui y sont épinglées. Ce que j’ai trouvé fantastique, c’est que la très grande majorité des enfants a participé à tous ces projets», se réjouit-il.  

Les élèves de la classe de M. Gagné ont écrit des lettres pour les anges gardiens du réseau de la santé. En échange, ils ont reçu une photo d’un mur d’hôpital avec le fameux arc-en-ciel et les lettres des enfants épinglés.
Photo courtoisie
Les élèves de la classe de M. Gagné ont écrit des lettres pour les anges gardiens du réseau de la santé. En échange, ils ont reçu une photo d’un mur d’hôpital avec le fameux arc-en-ciel et les lettres des enfants épinglés.

Après mûre réflexion, Yves Gagné a finalement décidé de prendre sa retraite, comme prévu, cette année. Il me l’a confirmé plusieurs jours après notre rencontre. Les nombreuses contraintes liées au coronavirus l’ont convaincu.   

À 61 ans, il veut faire attention à sa santé et n’a plus la même énergie. Mais il n’est pas dit, tient-il à préciser, qu’il quittera complètement le monde scolaire... À suivre!   

Yves Gagné   

  • Âge : 61  
  • École Les Primevères  
  • Québec (Sainte-Foy)  
  • Années d’expérience : 34  
  • Niveau : 5e année