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Quand une plaie chasse l’autre

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Avec ses millions de cas de par le monde et ses 340 000 décès, il est déplacé de voir quoi que ce soit de positif dans la pandémie qui nous afflige tous. Pourtant, la distanciation physique et une nouvelle obsession pour la propreté devraient contribuer à redonner un peu de charme au tourisme mondial.

La fermeture des frontières et les interdictions de vols ont mis à genoux l’industrie aérienne. En comparant les six dernières semaines à l’année dernière, seulement un avion sur trois a décollé. Et selon OAG Aviation Worldwide, près de neuf sièges sur dix n’étaient disponibles que sur des vols domestiques.

Globalement, les analystes estiment que les compagnies aériennes vont perdre 314 milliards de dollars cette année. Et le Conseil mondial du voyage et du tourisme a calculé que 100 millions d’emplois seront perdus dans cette industrie à cause du coronavirus.

On en souffrira partout où les revenus du tourisme aident à remplir les coffres des États, mais probablement nulle part ailleurs comme dans les Caraïbes où l’alternative aux visiteurs est limitée ; 86 % du PIB de l’île d’Aruba, par exemple, provient du tourisme.

UNE AVENTURE GÂCHÉE

En contrepartie, depuis un bon moment dans bien des endroits, voyager a perdu tout attrait. Plus possible d’apprécier Dubrovnik, la plus belle ville de la côte adriatique, avec les masses de vacanciers qui s’y bousculent ; les employés du Louvre, il y a deux ans, ont publié un manifeste pour dénoncer les injures et les agressions de visiteurs toujours plus nombreux ; le Machu Picchu n’a plus rien de sacré avec 5000 touristes qui montent et descendent les marches de l’ancienne cité inca chaque jour.

L’industrie touristique vante les emplois qu’elle crée, mais – soyons francs – elle dénature tout ce qu’elle touche. Les bateaux de croisière, toujours plus immenses, ont avili Venise avec les millions de voyageurs qu’ils y déversent. Il faut écouter les habitants de Barcelone pour comprendre l’effet dévastateur d’Airbnb sur l’accès aux logements. Et c’est sans parler de l’enchaînement abrutissant des magasins de souvenirs, des crêperies et autres trappes à touristes dans le moindre endroit avec un peu de caractère.

LE TEMPS DE LA CONTRE-ATTAQUE

Le surtourisme n’a rien de neuf : l’Oxford English Dictionary en a fait son mot de l’année en 2018. La résistance n’a donc pas attendu la terreur inspirée par la Covid-19 pour commencer à s’organiser. Venise impose une « taxe de débarquement » allant jusqu’à 10 euros (15 $) à chaque passager de paquebot. 

Amsterdam a adopté une série de mesures pour stopper l’envahissement de Leidseplein, Rembrandtplein et son « red-light district » où trop de fêtards terminaient leur soirée en vomissant dans un coin ou en pissant dans les canaux. Même les gestionnaires des célèbres sentiers de randonnée des Cinque Terre sur la riviera italienne s’y sont mis, interdisant les sandales et les gougounes. Avec 2,5 millions de vacanciers pour 4000 habitants, la surfréquentation prend là tout son sens.

Quand on en vient, comme en Sardaigne, à décrire l’arrivée des voyageurs comme des « invasions barbares », c’est qu’on est à bout. Moins de monde à cause du virus, ce ne sera pas plus mal. 

Des touristes, c’est bien. Trop, c’est trop !