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Accepterez-vous d’être surveillé par votre téléphone?

concept - cell phone in hand with white background - easy modification
Photo courtoisie, MILA

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Il n’y a pas qu’en Chine ou en Corée du Sud où les téléphones cellulaires sont utilisés pour contrôler la pandémie de COVID-19. Une telle solution pourrait bientôt être disponible au Québec pour faire face à une éventuelle deuxième vague de contamination, si le gouvernement Legault donne son feu vert.   

• À lire aussi: L’application de traçage suscite des craintes  

L’Institut québécois d’intelligence artificielle (MILA), un OSBL composé de chercheurs universitaires et d’entreprises du Québec spécialisés en intelligence artificielle, espère lancer bientôt l’application COVI. Il s’agit d’un logiciel téléchargeable sur votre cellulaire qui utilise la technologie Bluetooth et la géolocalisation pour déterminer votre risque d’infection et aider à la recherche médicale.   

Notre bureau d’enquête a décortiqué pour vous son fonctionnement, ses bénéfices et risques potentiels, si elle voit le jour, notamment les enjeux de protection de la vie privée.   

  • ÉCOUTEZ la chronique judiciaire du journaliste Félix Séguin à QUB Radio:

Comment utiliser l’application   

1. Après avoir téléchargé et ouvert l’application, l’utilisateur est informé des implications liées à la vie privée et est invité à donner son consentement.   

2. Questionnaire à remplir par l’utilisateur : son âge, son sexe, ses conditions de santé, ses symptômes actuels et l’utilisation d’un masque...   

3. Écran d’accueil avec quatre éléments principaux :    

A) Recommandations personnalisées : cette fonction aide l’utilisateur au quotidien à prendre des décisions sur ses activités selon son niveau de risque d’infection.    

B) Mise à jour du profil : cette fonction permet à l’utilisateur d’inscrire des informations supplémentaires à son sujet et de mettre à jour ses symptômes, ce qui permet de mieux ajuster son niveau de risque.    

C) Sondage et visualisations de données   

D) Partage de l’application auprès d’autres personnes    

4. Une fois l’application configurée, l’utilisateur peut recevoir des notifications lui indiquant, par exemple, que son niveau de risque de contracter le coronavirus a augmenté et qu’il doit suivre certaines recommandations.      

5. L’utilisateur pourra inscrire dans l’application le résultat de son test de dépistage. Dans des versions ultérieures, l’utilisateur pourra recevoir directement dans son application le résultat de son test.    

6. Si son test de dépistage s’avère positif, l’utilisateur sera invité à donner son consentement pour que son résultat soit partagé de façon confidentielle avec les personnes qui ont croisé récemment sa route.   

Comment ça fonctionne   

1. L’utilisatrice Alice, par exemple, mène ses activités au quotidien et traîne avec elle son téléphone. L’application mesure le niveau de risque de l’utilisatrice d’être infectée au coronavirus en fonction des informations de son profil et de ses interactions physiques avec d’autres personnes à proximité.  

2. Lorsque Alice passe du temps avec un autre utilisateur (Bob) qui a aussi l’application sur son téléphone, les deux appareils enregistrent cette information, et échangent aussi de façon cryptée des informations sur les niveaux de risque des deux utilisateurs. La force du signal Bluetooth est mesurée sur les appareils, ce qui permet d’indiquer la distance et la durée de leur rencontre.  

3.Lorsque davantage d’information sera accumulée sur le téléphone d’Alice, au fil de ses rencontres, son niveau de risque sera recalculé et mis à jour.  

4. Si Alice est contaminée, son appareil envoie des messages cryptés aux appareils des autres utilisateurs qui ont croisé sa route dans les deux dernières semaines, comme Bob.  

5. Les utilisateurs qui ont croisé la route d’Alice, comme Bob, pourraient voir leur niveau de risque augmenter sur leurs appareils.  

6. Lorsque l’appareil d’Alice envoie un message à l’appareil de Bob, ce dernier ne saura pas d’où il provient. Il ne saura pas si cela est lié à sa rencontre avec Alice, à moins qu’il n’ait eu qu’une seule rencontre lors de cette journée spécifique.  

7. Si le niveau de risque de Bob change, celui-ci pourrait alors recevoir en notification de nouvelles recommandations pour adapter son comportement afin de freiner la propagation du virus. D’autres gens qui ont rencontré Bob pourraient aussi voir leur niveau de risque augmenter par ricochet, même s’ils n’ont pas croisé Alice.  

Un exemple concret   

Depuis qu’elle a croisé Bob, Alice a reçu un résultat de test positif. Elle met son application à jour indiquant qu’elle est maintenant infectée. L’application de Bob se met à jour et l’informe que son niveau de risque vient d’augmenter, car il s’est trouvé près d’Alice il y a trois jours. L’application peut lui suggérer de s’isoler ou d’aller passer un test de dépistage.   

Elle pourrait aussi envoyer une notification aux personnes avec qui Bob a eu des contacts dans les derniers jours.  

Apprendre à partir des données   

Si l’utilisateur y consent, ses données sécurisées et anonymisées peuvent aussi être envoyées à un serveur centralisé qui utilise l’intelligence artificielle pour prédire le risque des utilisateurs et simuler l’évolution de la pandémie.    

Prédicteur de risque   

Cet outil s’améliore avec les données des utilisateurs pour faire ensuite de meilleures prédictions quant au moment où un utilisateur a pu être infecté au coronavirus et quel était son niveau de contagion dans les jours précédents.    

Simulateur épidémiologique   

Ce simulateur pourrait être utilisé par les autorités de santé publique pour suivre l’évolution du virus de différentes façons, et prendre des décisions en conséquence. Par exemple, on pourrait utiliser ce simulateur pour cartographier les zones où les gens sont infectés rapidement, pour déterminer où se trouvent les citoyens qui respectent le plus ou le moins les consignes, pour simuler l’évolution d’éclosions selon différents scénarios.   

Les promesses du Mila au niveau de la sécurité      

  • Les données collectées sont gérées par un organisme à but non lucratif indépendant, et non pas par des instances gouvernementales.    
  • Les données ne peuvent être vendues à des compagnies privées ou être utilisées à des fins lucratives.    
  • Les données seront détruites lorsque la pandémie sera terminée.   
  • Les données seront immédiatement détruites si vous n’y consentez plus.   
  • Les données sont conservées localement sur l’appareil de chaque utilisateur.   
  • L’envoi des données est crypté, anonymisé et agrégé.   
  • Les informations contenues dans le téléphone sont détruites après 30 jours.   
  • Les données utilisées pour l’intelligence artificielle sur le serveur centralisé sont détruites après 90 jours.    
  • Aucune information permettant d’identifier l’utilisateur (comme un numéro de téléphone, ou une adresse IP) ne sera collectée.   
  • L’équipe derrière l’application a travaillé avec le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, et affirme respecter les principes de la Déclaration commune des commissaires fédéral, provinciaux et territoriaux à la protection de la vie privée sur les applications de traçage des contacts exposés à la COVID-19.     

Sources : Livre blanc de l’application COVI, MILA. 

Le bilan du jour    

  • 5 400 608 cas dans le monde  
  • 344 760 décès dans le monde  
  • 84 699 cas au Canada  
  • 47 411 cas au Québec  
  • + 573 par rapport à samedi