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Badaboum savait tout du grand départ des Nordiques

Claude Boulianne n’enfile plus le costume, mais le toutou préféré des amateurs de hockey de Québec, le cher Badaboum qu’il personnifiait, n’est jamais loin de lui.
Photo Didier Debusschere Claude Boulianne n’enfile plus le costume, mais le toutou préféré des amateurs de hockey de Québec, le cher Badaboum qu’il personnifiait, n’est jamais loin de lui.

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Dans les semaines menant au 25 mai 1995, les rumeurs entourant le potentiel déménagement des Nordiques faisaient de plus en plus de bruit. Mais déjà, trois ans auparavant, quelqu’un savait pertinemment que ce lourd dossier se tramait loin des projecteurs. Le nom de cette source extrêmement bien informée: Badaboum!  

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Non, la mascotte bien-aimée des Nordiques n’était pas un agent double. Du moins, pas au sens strict du terme.    

C’est que lorsque Claude Boulianne n’enfilait pas l’uniforme du sympathique lourdaud bleu, comme il l’a si bien fait pour le bonheur des petits et grands de 1986 à 1992, il agissait entre autres à titre de chauffeur privé pour nul autre que le grand patron, Marcel Aubut.   

Dans un monde idéal, M. Boulianne aurait préféré continuer de divertir la galerie jusqu’à la toute fin, en 1995. Or, trois ans plus tôt, des bribes d’informations qu’il entendait derrière le volant l’ont mené à conclure que le navire prenait l’eau.    

«J’ai décidé d’arrêter de faire Badaboum quand j’ai commencé à comprendre que l’équipe allait déménager un jour. Je n’étais pas nécessairement dans le secret des dieux, mais j’entendais des choses.    

«J’avais énormément de plaisir à faire ce que je faisais, je ne l’ai jamais fait pour l’argent, mais quand tout te laisse croire que l’équipe va partir et que tu es marié avec des enfants, tu penses à ta sécurité d’emploi», lance après toutes ces années celui qui a poursuivi sa carrière dans un rôle d’acheteur à l’Université Laval.   

Notre homme a personnifié la mascotte de 1986 à 1992.
Photo d'archives
Notre homme a personnifié la mascotte de 1986 à 1992.

Un homme discret  

L’histoire aura donné raison à Claude Boulianne. Trois ans après ses soupçons, les Nordiques quittaient Québec. Même après près de trois décennies de recul, celui qui campait le célèbre Badaboum ne révèle qu’un bout du mystère.   

«Je ne dirai pas tout ce que j’entendais, et Marcel ne disait pas tout devant moi de toute façon. Je n’étais pas bilingue, mais j’arrivais à comprendre des bouts de conversation en anglais. Je me questionnais. Coudonc, ils pourraient vraiment partir?   

«Ce sont des informations que j’ai toujours gardées entre moi et ma conjointe. Même mes proches n’ont jamais été au courant. Le hockey au Québec, ç’a toujours été fragile», assure-t-il.   

Aucun regret  

C’est son frère Raymond, un autre fidèle employé de la première heure des Nordiques, qui l’a incité à se transformer en Badaboum quand les Nordiques ont ouvert la porte à une mascotte en prévision de Rendez-Vous 87.   

Jamais une seconde Claude Boulianne n’a regretté de s’être prêté au jeu, même s’il a choisi de se tourner vers une autre avenue avant la fin.   

Claude Boulianne n’enfile plus le costume, mais le toutou préféré des amateurs de hockey de Québec, le cher Badaboum qu’il personnifiait, n’est jamais loin de lui.
Photo d'archives

«Quand les Nordiques sont partis, en 1995, j’étais évidemment triste, mais je voyais venir ça depuis longtemps. Ça faisait mal au cœur quand même parce que j’avais toujours espoir qu’un acheteur local vienne sauver l’équipe.   

«J’ai eu tellement de plaisir dans cette période de ma vie, mais je ne vis pas dans la nostalgie. Les années ont passé et j’ai souvent entendu des gens dire que, supposément, Badaboum c’était eux. J’ai toujours laissé faire ça.»   

Mascotte et chauffeur... Quand on vous dit que chez les Nordiques, tout le monde faisait un peu de tout!   

La flamme de l’espoir vacille toujours  

Les dernières années ont porté un coup dur à l’espoir des plus fidèles partisans de voir leur équipe revivre, mais malgré tout, n’éteint pas qui le veut la flamme d’un ancien Nordique.   

Il n’y a pas que les anciennes gloires sur lames des Bleus qui souhaitent renouer avec l’euphorie de la LNH à Québec. Ceux qui ont façonné l’équipe, chacun à leur manière, continuent de s’accrocher au rêve.   

«Les Nordiques étaient fragiles, mais aujourd’hui, il y a plus de grosses compagnies à Québec pour faire vivre les loges corporatives. Le hockey serait plus facile à vendre», croit Claude Boulianne, alias Badaboum.   

«Même 25 ans après, tu continues d’espérer les voir revivre, ajoute son frère Raymond, dépité.    

«On sait par contre que c’est tellement difficile obtenir un club de la LNH. On l’avait, et on l’a laissé aller.»   

Jusqu’à quand, la patience ?  

Pour certains, la patience a ses limites.   

«Vingt-cinq ans, c’est un triste anniversaire, et personnellement, je ne pensais jamais qu’on se rendrait jusque là sans Nordiques. Il faut rester positif, mais des fois je commence à moins y croire, se désole le physiothérapeute Jacques Lavergne.    

«On se doutait dans le temps que les Nordiques allaient partir, mais c’est comme un malade qui ne veut juste pas entendre qu’il a le cancer. Ça ferait du bien de revoir ça à Québec.»   

Claude Lavoie est celui qui a œuvré comme annonceur maison lors du dernier match des Nordiques au Colisée, le 14 mai 1995, en séries, face aux Rangers. Il est de ceux qui croient que dans le contexte pandémique actuel, une équipe en difficulté pourrait aboutir à Québec.   

«Je crois que la flamme devrait être rallumée. Je me rappelle qu’après le dernier match à Québec, j’avais invité la foule en disant : on vous donne rendez-vous pour le septième et ultime match.   

«J’aurais dû me taire, on attend toujours ce prochain match», rigole-t-il.