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De Calgary à la Catherine

patrick roy
Photo d’archives Le gardien Patrick Roy pose dans les marches de l’hôtel de ville avec Yvon Lamarre, le bras droit du maire Jean Drapeau au comité exécutif de la Ville de Montréal.

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C’était un des plus beaux 26 mai que Montréal ait jamais connu. En 1986, défilé de la 23e coupe Stanley sous un soleil de plomb enrobant une ville euphorique, en liesse. Scénario parfait à partir d’un samedi soir magique loin à Calgary.

Jean Perron, ses résignés et ses recrues avides n’ont mis que cinq matchs pour étouffer les Flames. Ils se sont arrosés de bière et de champagne comme des malades et ils ont fêté du vestiaire jusqu’à l’avion et jusqu’à Dorval vers 7 heures ce dimanche matin. 

Cinq ou six heures plus tard, je recevais une invitation. Un souper, une fête privée du Canadien de Montréal à l’Hôtel Reine-Elisabeth. J’étais de l’équipe de diffusion des matchs à TVA et, comme les gens de Radio-Canada, nous étions de la famille.

Je me suis couché à 3 heures du matin et j’étais en ondes trois heures plus tard, morning man à CJMS. Mario Tremblay m’avait promis qu’un bon nombre de joueurs, en tournée médiatique ce lundi avant le défilé, nous rejoindraient à la station vers 7 h 30. Eh oui, les yeux très petits, sont arrivés les Roy, Lemieux,

Gingras, Carbonneau, Richer, Deblois. Après le bulletin de Paul Arcand à 7 h 35, plus jamais nous n’avons diffusé de commerciaux, de nouvelles. On parlait hockey, on était au pinacle. Tout le monde en ondes, non-stop.

ON DÉFILE ET ON PLEURE

Coin des rues Notre-Dame et Papineau, en face de la brasserie de la bonne bière, à midi pile, le défilé allait se mettre en branle vers la Catherine. Sur les premiers chars, la coupe Stanley, des dirigeants, les vétérans. Aussi, de superbes décapotables transportant deux joueurs à la fois et le cortège impliquait aussi des VR de Molson, des camions de diffusion, des policiers, etc. 

Nous, CJMS, étions pauvres, et le piteux Econoline sur lequel Pierre Trudel et moi prenions place n’allait pas résister. Quelques minutes après le départ du défilé, notre bagnole commençait à chauffer. Avec nos lourds et vieux porta-mobiles, Pierre et moi sommes descendus. Nous nous sommes séparés et perdus dans la foule.

Incroyablement, près de la rue Armherst, dans la foule, marche devant moi un grand gars. Chemise blanche, lunettes fumées et les joues toutes mouillées. C’est Mario ! Oui, Mario Tremblay n’est plus dans le défilé, il marche incognito sur le trottoir. Personne ne le reconnaît et il ne veut même pas me parler à moi, son chum. Mais j’ai compris. Pour lui, c’était la dernière fois. Les épaules en compote, il savait qu’il ne jouerait plus. Il vivait ses toutes dernières minutes de joueur et il n’avait même pas 30 ans. 

J’allais en ondes toutes les 20 minutes environ.

Près de Saint-Denis la divine procession a ralenti et j’ai pu rejoindre un camion de Molson. On m’a invité à monter et j’ai grimpé sur le toit. Juste devant moi, la voiture conduisant Patrick Roy et son trophée Conn-Smythe. On lui baisait quasiment les mains. On lui avait arraché sa chemise. Il s’en foutait, il était aux oiseaux et même plus haut. 

LA FINALE

Et nous sommes finalement arrivés au bon vieux Forum. Des joueurs continuaient à célébrer, d’autres sont rentrés chez eux ou partis fêter ailleurs et des artistes ont commencé à se produire sur la scène vitement aménagée. La fête n’était pas finie.

Discrètement, Mario m’a donné rendez-vous dans le vestiaire et il est tombé sur le dos quand il m’a vu arriver avec Francine Raymond, impressionnée par l’endroit culte. Serge Savard, le grand patron hockey, est venu nous saluer, mais aussi s’assurer que personne ne ferait de folie dans le lieu sacré. Rappelons-nous qu’il y avait un bon nombre de jeunes énervés dans l’équipe.

Le Bleuet et moi sommes repartis en début de soirée par la rue Sainte-Catherine toute juste rouverte et encore jonchée de confettis, de papier, et nous avons roulé jusqu’à Peel avant un bon steak au poivre chez Alexandre. Et un Saint-Émilion frais, je crois. 

Notes de 1986  

   

  • Seuls Larry Robinson (34) et Bob Gainey (31) étaient âgés de plus de 30 ans dans cette équipe qui comptait 5 joueurs de 20 ans ou moins.
  • La moyenne d’âge des joueurs qui ont joué pour la coupe en séries était de 23 ans et demi.
  • Sept Québécois ont joué dans les séries : Patrick Roy, Claude Lemieux, Guy Carbonneau, Stéphane Richer, Lucien Deblois, Gaston Gingras, Serge Boisvert.
  • Trois Européens : Mats Naslund, Kjell Dahlin et Petr Svoboda.
  • Chris Nilan n’avait pas chômé écopant de 141 minutes de punition en 18 matchs.
  • Mario Tremblay, Sergio Momesso, Tom Kurvers et Shane Corson n’ont disputé aucun match lors de ces éliminatoires. Ryan Walter n’en a disputé que 5.
  •  Jean Perron n’avait qu’un adjoint : Jacques Laperrière.
  • Ce sont deux gardiens de but recrues qui se sont mesuré en grande finale : Mike Vernon et Patrick Roy.
  • Montréal avait successivement éliminé Boston, Hartford et les Rangers avant de se présenter en finale.
  • Ailleurs dans la ligue, ce fut la dernière fois que les six frères Sutter ont participé aux séries éliminatoires en même temps.