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Qui rallumera le feu du Cirque du Soleil ?

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Malgré des milliards et des spectacles tous azimuts, il y a déjà quelques années que l’ardent feu du Cirque du Soleil n’était plus que braises.

Après avoir été une véritable poule aux œufs d’or pour ses deux fondateurs, en particulier pour Guy Laliberté, le Cirque du Soleil n’est plus qu’un funambule en danger sur un fil tendu au-dessus d’un gouffre financier. Dimanche, à Tout le monde en parle, l’ancien amuseur public, posé et souriant, a dit vouloir racheter l’entreprise qu’il a vendue pièce par pièce à partir de 2008.

Sans nommer les partenaires avec qui il s’associerait, Laliberté a laissé entendre qu’il pourrait récupérer son bébé. Mais à un juste prix. Son discours n’est pas si différent de celui que tient Pierre Karl Péladeau au nom de Québecor. Celui-ci souhaiterait ramener le cirque à des proportions plus modestes et, surtout, à l’esprit de ses débuts.

Même si la vente du cirque a rapporté plus de deux milliards de dollars à Laliberté, c’est évident que l’entreprise n’a plus cette valeur. Vaut-elle plus que sa dette estimée à plus d’un milliard ? Maintenant que la pandémie a cloué au sol ses 44 spectacles et que ses milliers d’artistes, d’artisans et de techniciens sont dispersés aux quatre coins de la planète, on peut en douter.

L’ARGENT N’EST PAS LA CLÉ

Laliberté ne pouvait être plus justifié, dimanche, de dire « que si les chiffres mènent la relance du cirque, y’a un gros, gros danger ! » Quels que soient les montants qu’on y consacrera, l’argent seul ne pourra sauver le Cirque du Soleil. La recherche effrénée d’une plus-value, menée tambour battant depuis des années par son PDG Daniel Lamarre, davantage un homme de relations publiques qu’un gestionnaire, est en partie responsable d’avoir mené l’entreprise au bord du gouffre.

À force de multiplier les spectacles, de s’aventurer dans différents genres et de faire des acquisitions hors de prix, le Cirque du Soleil est devenu une affaire d’argent. L’esprit de lucre a graduellement oblitéré l’esprit de création. 

Ces dernières années, les aficionados du Cirque du Soleil, dont je suis, ont toujours quitté le grand chapiteau jaune et bleu un peu désenchantés. Malgré leur intérêt et les sommes fabuleuses investies pour les réaliser, nous ne retrouvions pas dans Amuluna ou Kurios l’enchantement que nous avions éprouvé avec Saltimbanco, le Cirque réinventé ou l’inoubliable Alegria. Les musiques originales et si entraînantes de René Dupéré n’y étaient pas non plus.

UN AVENIR TRÈS INCERTAIN

Dès l’annonce qu’il pourrait s’impliquer dans la relance de l’entreprise, Laliberté aurait reçu des centaines d’appuis. Robert Lepage et Franco Dragone, entre autres, lui auraient promis « d’être à ses côtés ». Le cas échéant, il aura grand besoin de l’un et de l’autre. Dragone a signé dix spectacles en 12 ans pour le Cirque du Soleil. C’est lui tout autant que Laliberté qui a conçu le « nouveau cirque », celui qui a remplacé les éléphants, les lions et les chiens savants par des hommes et des femmes aux talents hors normes.  

Tout cracheur de feu qu’il ait été au début de sa carrière, Guy Laliberté pourra-t-il rallumer la flamme du Cirque du Soleil ? Comme tous les Québécois qui ont « tripé » comme des malades sous son chapiteau magique, je le souhaite de tout cœur. Malheureusement, rien n’est moins sûr.