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Rapport de l'armée sur les CHSLD: l’équipement de protection mal utilisé

Selon l’Armée, le manque de personnel et des zones mal définies expliquent aussi l’hécatombe en CHSLD

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Zones mal définies, port d'équipement à géométrie variable et manque de personnel: le rapport des Forces armées canadiennes sur les CHSLD du Québec ne dévoile pas d’horreurs comme celles révélées en Ontario, mais les soldats ont ciblé trois grands enjeux qui expliquent le funeste bilan de la province.

  • Pour consulter le rapport, cliquez ici.    

Le gouvernement Legault a rendu publique mercredi l’évaluation réalisée par l’Armée canadienne après le déploiement de 1050 soldats dans 25 CHSLD québécois. 

Datée du 18 mai, elle a été reçue tard, la veille, à Québec. 

Bien qu’ils soient formés pour affronter des zones de combats, plusieurs militaires « ont été témoins et vécu des situations exceptionnellement difficiles dans les CHSLD », note le rapport.   

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Dans le résumé de ses observations, le colonel T. M. Arsenault cible trois grands enjeux qui ont favorisé l’épidémie de la COVID-19 dans ces établissements. 

Tout d’abord, les CHSLD étant d’abord des milieux de vie, il y a été plus difficile de créer des zones froides, tièdes et chaudes, comme ce fut le cas dans les hôpitaux dès le début de la pandémie.

Dans un deuxième temps, l’Armée canadienne confirme que le manque de personnel est criant dans les CHSLD, en raison notamment d’infections à la COVID-19.          

  • ÉCOUTEZ l'analyse du rapport de l'armée par Jonathan Trudeau et Vincent Dessureault.   

Utilisation déficiente

Mais c’est surtout le port de l’équipement de protection individuelle qui faisait défaut dans de nombreux établissements, même si le matériel était à disposition quand les soldats sont arrivés sur le terrain. 

« Ce problème peut être exacerbé par un roulement élevé du personnel et par une surveillance inadaptée des zones », lit-on. 

Les raisons variaient d’un établissement à l’autre. 

Au Centre de soins prolongés Grace Dart, les militaires ont remarqué une « mauvaise discipline au niveau du port » de l’équipement de protection, dont la distribution était d’ailleurs problématique. 

Dans d’autres cas, le personnel semblait mal formé pour l’utilisation du matériel ou le respect des zones chaudes et froides.   

  • Le directeur du Bureau d'enquête, Jean-Louis Fortin, revient sur le dossier la climatisation dans les CHSLD à QUB radio:   

Des pauses de deux heures 

Les militaires ont également relevé plusieurs autres situations problématiques. 

Par exemple, des employés du Centre de soins prolongés Grace Dart quittaient leur poste durant leur quart de travail, principalement le soir et la nuit, pour des périodes pouvant aller de 30 minutes à deux heures. 

Des employés peuvent prendre jusqu’à deux heures de pause au Centre de soins prolongés Grace Dart.
Photo Clara Loiseau
Des employés peuvent prendre jusqu’à deux heures de pause au Centre de soins prolongés Grace Dart.

Toutefois, une citoyenne venue prêter main-forte dans cet établissement, Marie-Claude MacKay, dit comprendre les employés. « C’est trop dur émotivement », a-t-elle confié au Journal.

 

En conférence de presse mercredi, le premier ministre François Legault s’est montré soulagé que le rapport ne contienne pas « beaucoup de surprises », comme ce fut le cas en Ontario. 

Le compte-rendu dans la province voisine faisait notamment état de résidents laissés dans leurs excréments et d’infestations de coquerelles. 

Au Québec, le manque de personnel et les problèmes dans la mise en place de zones chaudes et froides dans les CHSLD étaient déjà largement documentés. 

Photo AGENCE QMI, MARIO BEAUREGARD

Quant aux ratés dans l’utilisation du matériel de protection, M. Legault rappelle que le réseau a recruté d’urgence près de 10 000 personnes, notamment via « Je contribue ».

« Donc, c’est plus difficile d’appliquer des directives quand on a autant d’employés qui sont nouveaux, puis sans formation, puis malheureusement, il y a eu des employés, puis des soldats aussi qui ont été infectés », souligne-t-il. 

– Avec la collaboration de Maude Ouellet et Hugo Duchaine 

Extraits du rapport   

Masques et narcotiques disparus  

Des masques ont disparu du CHSLD Vigi Mont-Royal.
Photo Pierre-Paul Poulin
Des masques ont disparu du CHSLD Vigi Mont-Royal.

Au CHSLD Vigi Mont-Royal, des réserves d’équipement de protection personnelle, dont une commande de 20 boîtes de masques chirurgicaux, ont disparu. Une livraison de narcotiques était également introuvable. 

Conflits entre employés  

Le Centre d’hébergement de Saint-Laurent a été confronté à des conflits entre ses employés réguliers et ceux provenant d’autres centres. Les affrontements portaient sur le « nombre d’heures de travail, la gestion de l’établissement, l’assiduité des employés et le manque important d’infirmières ». « Un coordonnateur a menacé d’arrêter de travailler si des infirmières supplémentaires n’étaient pas embauchées », note le rapport. 

Matériel insuffisant  

Au CHSLD Argyle, le matériel de protection individuelle était insuffisant, même si Québec assure que celui-ci a toujours été disponible. « Les quantités semblent suffire à peine pour équiper tous les employés », lit-on.