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Comment le Cirque s’est endetté d’un milliard $ US en cinq ans

Une sommité mondiale dénonce les pratiques très hasardeuses du fonds TPG

Conférence de Presse Guy Laliberté
Photo Ben Pelosse TPG est devenu l’actionnaire majoritaire du Cirque du Soleil en octobre 2015. Ci-dessus, Daniel Lamarre, PDG du Cirque, David Trujillo, associé chez TPG responsable pour le Cirque du Soleil , Guy Laliberté, James Coulter, cofondateur de TPG Capital, et Mitch Garber.

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Le Cirque du Soleil s’est endetté d’un milliard de dollars US en cinq ans en raison des politiques agressives de son actionnaire principal, le fonds américain TPG, selon un expert. 

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Ludovic Phalippou enseigne l’économie financière à la Saïd Business School de l’Université d’Oxford. Spécialiste des fonds d’investissement, il est l’auteur d’un best-seller sur ce sujet intitulé Private Equity Laid Bare.   

Très au fait de la situation en cours au Cirque du Soleil, M. Phalippou n’hésite pas à montrer du doigt les pratiques du fonds texan TPG.   

  • Le journaliste Jean-François Cloutier était de passage à l'émission Politiquement incorrect, sur QUB Radio:

« Ce n’est pas la première fois que TPG apparaît dans ce type de situation. [...] TPG a une série de banqueroutes à haut profil », dit-il.   

Le professeur évalue à à peine 300 millions $ US l’argent que TPG a investi pour acheter le Cirque en 2015, au coût de 1,5 milliard $ US. C’est un peu plus que ce que le gouvernement québécois s’apprête à injecter dans l’entreprise.   

La plus grande partie de la transaction a été financée avec de la dette.   

« Si ça marche, ils gagnent énormément d’argent. Et si ça marche pas, ils se tournent vers l’État, sinon tout le monde doit perdre son emploi », explique-t-il.   

Une fois devenus actionnaires, les fonds comme TPG ont pour politique de récupérer leur mise au plus vite, selon le professeur.   

En 2018, malgré un endettement important, les actionnaires du Cirque se sont octroyé un dividende spécial. Le montant de ce dividende est secret. Dans une entrevue au Journal, le PDG du Cirque, Daniel Lamarre, se borne à parler d’une « somme importante ».    

Selon une source, TPG aurait aussi touché avec le Cirque des frais de gestion dépassant 100 millions $ US en cinq ans. Ni TPG ni la Caisse n’ont voulu confirmer nos renseignements, mais Phalippou juge ces chiffres très vraisemblables.   

Comme Caesars 

Selon l’expert, il y a des parallèles frappants à faire entre le cas du Cirque et un investissement précédent de TPG, le géant des casinos Caesars Entertainment.   

Dans les deux cas, TPG a acheté une entreprise hautement rentable, mais en la finançant avec tellement de dettes qu’elle est devenue vulnérable.   

L’ex-dragon Mitch Garber est d’ailleurs personnellement impliqué dans les deux dossiers. Chez Caesars, il dirigeait notamment la filiale Caesars Interactive.   

Au sein du Cirque, il préside le conseil d’administration et est coinvestisseur avec TPG.    

Dans le cas de Caesars, des créanciers ont traîné les propriétaires de l’entreprise, dont TPG, devant les tribunaux, quand Caesars n’a plus été capable de payer ses dettes. Ils voulaient forcer les dirigeants de TPG à révéler leur fortune. Ils ont obtenu un règlement beaucoup plus satisfaisant que ce qui leur était proposé au départ.   

Dans le cas du Cirque, aucune poursuite publique pour l’instant. Tout se fait derrière des portes closes. Le gouvernement Legault a volé au secours du Cirque en lui octroyant rapidement un prêt de 200 millions $ US. Mercredi, le premier ministre Legault a qualifié cette entente de « brillante ».