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Déni, calomnies, mensonges et complots en 280 caractères

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Alors que les États-Unis passent le cap des 100 000 morts dus à la COVID-19, le président Trump déploie son arsenal rhétorique sur Twitter pour détourner l’attention de l’échec monu-mental de sa gestion de crise.

Depuis que la Maison-Blanche a mis fin aux conférences de presse quotidiennes qu’il utilisait comme des rassemblements partisans, le président Trump semble se désintéresser de la crise sanitaire. 

Il se concentre sur sa réélection et, comme celle-ci dépend d’une reprise économique rapide, il promet déjà la plus formidable relance de l’histoire.

En plus d’assouvir son besoin de monopoliser l’attention, ses déclarations sur Twitter révèlent les fondements de sa stratégie de communication.

Déni

Au cœur du discours de Trump se trouve le déni de la réalité. 

Normalement, le fait de passer le cap des 100 000 victimes devrait être l’occasion de faire une pause solennelle pour honorer la mémoire des victimes. Pas pour Trump. 

Ses rares paroles empathiques sont celles qu’on prépare pour lui et qu’il lit maladroitement. Depuis le tout début, il nie l’ampleur catastrophique de la pandémie et, surtout, ses erreurs qui ont entraîné des milliers de morts évitables.

Alors qu’il fonce vers la réouverture de l’économie, il est clair qu’il ignorera les victimes à venir autant qu’il a ignoré les victimes passées.

Calomnies

Pour faire oublier tous ces morts, il détourne l’attention en calomniant ses opposants. C’est ce qu’il a fait en ranimant sur Twitter une théorie du complot entièrement déboutée, selon laquelle l’animateur Joe Scarborough aurait assassiné une employée lorsqu’il était représentant républicain au Congrès. 

Cette accusation totalement fausse, qui serait totalement inacceptable venant de tout politicien responsable, n’a pour but que d’intimider cruellement ses opposants et d’entretenir la haine qu’éprouvent ses partisans envers eux.

Ce n’est pas d’hier que Trump dissémine des théories du complot pour déstabiliser ses adversaires et maintenir ses partisans dans un univers parallèle où les faits objectifs n’ont plus d’importance et où ses mensonges deviennent réalité.

Mensonges et complots

L’un des mensonges dangereux que Trump sème sur Twitter est son affirmation dénuée d’appui empirique selon laquelle le scrutin postal est systématiquement entaché de fraude.

C’est tellement faux que Twitter a ajouté aux tweets de Trump un avertissement de vérifier les faits : les cas de fraude par scrutin postal se comptent sur les doigts de la main. 

Donald Trump voit partout des preuves d’un complot contre lui. La réprimande de Twitter prouve le complot des médias. L’extension du scrutin postal (pour cause de pandémie) n’est qu’un sombre complot démocrate.

Ce genre de controverse offre au président l’avantage de détourner l’attention du drame incommensurable de la pandémie, mais une telle banalisation du mensonge mine le lien de confiance dont dépend la démocratie. Surtout, le président semble préparer le terrain pour contester la légitimité de l’élection advenant sa défaite en novembre, ce qui aurait des conséquences néfastes pour la paix civile et menacerait la survie même des institutions démocratiques.