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La Chine perd

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La Cour suprême de la Colombie-Britannique a jugé que Meng Wanzhou pouvait être extradée vers les États-Unis. Cette décision ne surprend personne, sauf les dirigeants chinois qui, avec mauvaise foi et arrogance, crachent sur le Canada et promettent vengeance. 

L’affaire Meng dépasse la simple extradition d’une citoyenne chinoise. Elle est le reflet d’une lutte pour la domination mondiale entre les États-Unis et la Chine.   

Quels sont les arguments de la Chine ?

Le gouvernement chinois avance que le gouvernement canadien peut intervenir directement auprès des juges. Une telle intervention, qui est courante en Chine, est complètement interdite au Canada. Le gouvernement chinois estime aussi que le Canada n’a pas à se soumettre à des règles imposées par les Américains. L’argument est juridiquement et politiquement faux. D’abord, le Canada signe librement des traités internationaux qui prévoient l’extradition dans des cas comme celui de madame Meng. Ensuite, les États-Unis demeurent le principal allié du Canada. Ne pas respecter le traité d’extradition aurait des conséquences épouvantables sur la réputation du Canada auprès des États-Unis.

En quoi la stratégie américaine face à la Chine a-t-elle changé ?

La stratégie américaine face à la Chine a changé au cours des dernières années. Plutôt que de compter sur une évolution tranquille de la Chine vers un respect des règles internationales, le gouvernement américain a décidé de désormais rendre coup pour coup. Les actions délinquantes de la Chine ne seront plus tolérées. Ces actions touchent aussi bien la contrefaçon (65 % des produits contrefaits sont fabriqués en Chine), que le vol de technologies, la violation de règles commerciales internationales ou encore la coopération avec des régimes ennemis des États-Unis. La compagnie Huawei, dont madame Meng est vice-présidente, a vendu à l’Iran des produits de communication qui utilisent des hautes technologies développées aux États-Unis.

Quelles sont les actions américaines contre Huawei ?

Les Américains cherchent à couper aux compagnies chinoises l’accès aux hautes technologies occidentales. Huawei s’est ainsi récemment fait refuser l’accès aux microprocesseurs de la compagnie taïwanaise TSMC, parce que cette dernière utilise une technologie et des logiciels américains dans ses puces électroniques. Cette interdiction d’approvisionnement force Huawei à s’adresser à des fournisseurs chinois de microprocesseurs, dont les produits sont moins performants que ceux qui utilisent de la technologie américaine. Huawei a d’ailleurs entrepris de substituer des logiciels et des produits chinois à ceux qui provenaient des États-Unis. Cette transition devrait ralentir temporairement le développement du 5G chinois.

Quelles sont les répercussions pour le Canada ?

Le gouvernement chinois a brûlé les ponts avec le Canada. En emprisonnant en représailles deux Canadiens et en cessant d’importer du porc et du colza canadiens, le gouvernement chinois a montré qu’il n’était plus un partenaire commercial fiable, non seulement pour le Canada, mais aussi pour les autres pays démocratiques. Le Canada n’a plus d’autre choix que de s’éloigner de la Chine, du moins tant que le gouvernement de Xi Jinping demeurera au pouvoir.

Le gouvernement canadien pourrait-il refuser l’extradition ?

Oui, mais le coût politique d’un tel refus serait très élevé auprès des électeurs. Ceci reviendrait à dire que les citoyens chinois n’ont pas à être soumis aux lois du Canada lorsqu’ils se trouvent en sol canadien. Ce serait aussi un camouflet pour les États-Unis. Cependant, il faut s’attendre à ce que Donald Trump considère madame Meng comme une simple carte de négociation et qu’il envisage, au besoin, de la retourner en Chine.