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Mourir d’ennui et de solitude

Bibiane Poulin, photographiée devant la Résidence Mgr Bourget, où sa mère réside.
Photo Jean-François Desgagnés Bibiane Poulin, photographiée devant la Résidence Mgr Bourget, où sa mère réside.

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Et si, en voulant empêcher les personnes âgées de mourir de la COVID, on était en train de les condamner à mourir d’ennui et de solitude ?

Depuis des mois, la question hante Bibiane Poulin, dont la mère de 96 ans habite en résidence privée pour aînés autonomes et semi-autonomes à Lévis, où elle se sent ni plus ni moins que prisonnière.

Non pas que le personnel et la direction de l’endroit, la Résidence Mgr Bourget, ne soient pas dévoués ou remplis de bonnes intentions. Il n’y a d’ailleurs pas eu de cas de COVID au sein de l’établissement. « Je ne veux pas être négative et j’apprécie tout ce qu’ils font », tient-elle à souligner. 

Des situations tristes

Mais les règles édictées par la santé publique, et leur interprétation variable dans les différentes résidences, donnent lieu à des situations des plus tristes un peu partout. Des situations qui ne pourront pas durer.

Ainsi, comme elles ne sont pas considérées comme proches aidantes, car elles ne doivent pas changer ni nourrir leur mère, Mme Poulin et sa sœur ne peuvent plus la voir. La seule possibilité reste de la faire sortir à l’extérieur, alors qu’elle se déplace difficilement et s’y refuse. 

« Toutes les semaines, je lui lave la tête, la coiffe, je nettoie un peu son appartement, j’apporte son linge sale et lui redonne du linge propre, je change son lit, mais depuis le 15 mars, ce n’est plus possible, car elle ne peut plus recevoir aucune visite. »  

Mme Poulin pense à tous ces gens qui se retrouvent dans la même situation, et qui se voient réserver un sort inhumain, sans avoir leur mot à dire. Elle pense aussi à leurs proches qui assistent, impuissants, à des drames inimaginables.

Protéger à quel prix

« Nous tous, on a trouvé ça très dur, le confinement, et on était super heureux quand ils ont commencé à annoncer des mesures de déconfinement. Mais les personnes âgées, elles, ne font pas partie de ce plan de déconfinement, et on parle déjà d’une deuxième vague qui pourrait survenir. Imaginez si ces gens sont toujours confinés et que la deuxième vague prend, comment ils vont se sentir ? »

Il y a effectivement là une réflexion à se faire, comme société. « C’est bien beau de vouloir protéger les gens, mais finalement, ils ne vivent plus depuis le début de la crise, et ça ne peut pas continuer à fonctionner comme ça », déplore Mme Poulin. 

« On ouvre beaucoup de choses au nom de l’économie, mais il faut ouvrir aussi au nom de la vie. Qu’on cherche une solution plus humaine que de les enfermer, clame-t-elle. On parle de l’âge, mais on ne parle plus des personnes, ça n’a aucun sens. »

Ce n’est pas parce qu’on vieillit que le besoin de contacts humains diminue par rapport aux personnes plus jeunes, bien au contraire. C’est un peu comme si on l’avait oublié sous prétexte de protéger de la COVID envers et contre tout.