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L’art de ne pas livrer

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Capture d'écran tirée de TVA Nouvelles Mauvaise semaine pour l’image de Postes Canada. Plus de clients, plus de colis… et plus d’argent perdu.

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Les grosses entreprises gouvernementales doivent demeurer sous surveillance tellement elles sont des nids potentiels d’inefficacité. Postes Canada nous a donné sa part de raisons de nous inquiéter au fil des ans. Mais la société fédérale se surpasse pendant la pandémie.

Voilà donc qu’en cette semaine de mai, Postes Canada fait la nouvelle à répétition. D’abord parce que la compagnie est enterrée sous les colis. Surprise ! Pendant la pandémie, alors que les magasins étaient fermés, l’achat en ligne a explosé et le nombre de colis aussi.

Toutes les entreprises de livraison ont expérimenté de la pression en raison de l’augmentation importante du volume. Dans certains cas, elles ont dû s’excuser pour des délais accrus. Mais rapidement, les compagnies privées se sont mises en mode solution. Elles ont loué des camions et embauché du personnel pour livrer le flot supplémentaire.

Montagnes de colis

La situation à Postes Canada est tout simplement désolante. Entre 250 et 300 camions de livraison remplis sont agglutinés dans le stationnement. On ne peut plus les décharger puisque les entrepôts débordent. La nouvelle est parvenue aux médias par les syndicats, notamment parce que certains craignent le danger représenté par les montagnes de colis.

La solution attendue par les Postes pour rétablir la situation semble simple : on attend que le nombre de colis retombe. Trop de clients, ce n’est pas une bonne chose. Une société d’État a toujours cette horrible tendance à être gérée comme un hôpital qui déborde.

Je ne me prétends pas ingénieur en transport ou en logistique. Néanmoins, je suggère une solution à cette accumulation de colis. L’entrepôt est plein ? Les camions remplis s’entassent dans la cour ? Les clients rugissent au téléphone parce qu’ils ne reçoivent pas leur colis ? Livrez-les, bordel ! Embauchez du personnel, allongez les heures, payez des heures supplémentaires. Mais livrez-les !

Perte financière

Postes Canada a aussi fait la manchette après la divulgation de son bilan pour le premier trimestre de l’année. Postes Canada a perdu 66 millions.

Je dois donner le crédit au journal Les Affaires pour le titre le plus simple et le plus explicite : « Postes Canada livre plus de colis et perd plus d’argent ». On dirait qu’il ne reste plus rien à rajouter. 

Depuis près de 40 ans, le gouvernement fédéral a voulu faire de Postes Canada une entreprise indépendante. Cette société d’État doit s’autofinancer contrairement au ministère des Postes, qui auparavant, brûlait l’argent comme un 747 brûle du carburant.  

Les organisations gouvernementales ne l’ont pas facile quand vient le temps d’opérer sans être connecté directement à l’aqueduc de nos impôts. Parce que ce sont des environnements lourdement syndiqués, avec la mentalité syndicale du secteur public. Aussi parce que l’organisation bureaucratique est naturellement plus axée sur les processus que sur les résultats.

Cerise sur le sundae, une organisation publique reçoit des commandes politiques. Postes Canada s’est fait dire de respecter la promesse électorale en matière de courrier à domicile, même si cela lui fait perdre de l’argent.

Ça, ils l’ont livré !