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L’ex-politicien québécois Michel Gauthier est décédé

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L’ex-politicien Michel Gauthier est décédé samedi des suites du cancer du poumon, a appris TVA Nouvelles.

Né le 18 février 1950, Michel Gauthier aura marqué la politique québécoise, tant à Québec qu’à Ottawa.

Député péquiste de Roberval entre 1981 à 1988, il a occupé entre autres les fonctions d’adjoint parlementaire du ministre des Finances lors de son passage à l’Assemblée nationale.

En 1993, il fait le saut en politique fédérale sous la bannière du nouveau Bloc Québécois, qui balaie le Québec lors de l’élection de l’automne, allant même jusqu’à former l’Opposition officielle à la Chambre des communes.

Michel Gauthier, ici photographié en 2010 lors d’un hommage à Gilles Duceppe, à Montréal.
Photo d'archives
Michel Gauthier, ici photographié en 2010 lors d’un hommage à Gilles Duceppe, à Montréal.

Lucien Bouchard, alors chef du Bloc Québécois, lui reconnait des qualités exceptionnelles de débatteur et de fin négociateur et le nomme leader parlementaire de l’Opposition officielle.

Au départ de Lucien Bouchard comme chef du Bloc Québécois, le caucus choisit Michel Gauthier pour occuper ce poste en attendant l’élection d’un nouveau chef.

Dès son élection à titre de chef, Gilles Duceppe renomme Michel Gauthier comme leader parlementaire et il le reste jusqu’à son départ de la vie politique en 2007.

En plus de mener les travaux du Bloc aux Communes, on lui confie également l’organisation de plusieurs campagnes électorales du parti.

«C’était un pédagogue extraordinaire. Ce n’était pas le genre de gars qui aimait rentrer dans les détails d’un dossier. Du moment qu’on lui expliquait 15-20 minutes quelque chose, il savait le traduire dans les bons mots pour les gens. Ça, c’est précieux en politique», s’est remémoré Gilles Duceppe, en entrevue à l’Agence QMI, quelques heures après son décès.

En privé, Gilles Duceppe se souvient d’un homme au franc-parler.

«Je peux vous dire que quand Michel Gauthier se levait en Chambre, ça tremblait de l’autre côté», a raconté l’ancien leader souverainiste, avec une pointe d’humour.

Carrière dans les médias et retour en politique

Après sa démission en 2007, Michel Gauthier fera carrière dans les médias.

Pendant un an, il a animé une émission d’affaires publiques sur le défunt réseau TQS.

En 2014, il a tenu une chronique dans le Journal de Montréal.

Michel Gauthier renoue avec la politique militante en mai 2018 en appuyant à la surprise générale le Parti conservateur d’Andrew Scheer. Il signe même sa carte de membre du parti devant les caméras, un geste qui lui a valu plusieurs critiques de la part de souverainistes qui l’avaient côtoyé.

Dans une entrevue accordée au «Journal de Montréal» à l’époque, l’ancien numéro deux du Bloc confiait ne plus croire qu’un oui puisse sortir gagnant d’un possible troisième référendum.

Il disait apprécier les politiques décentralisatrices des conservateurs.

«Il faut dire qu’à l’époque, personne ne pensait que le Bloc pouvait faire la remontée extraordinaire qu’il a faite. Différents choix se sont posés pour battre Trudeau ou pour l’empêcher d’être encore majoritaire», a commenté Gilles Duceppe, qui n’entretenait aucune rancœur envers son ancien homme de confiance.

Figure connue des Québécois, Michel Gauthier devait jouer un rôle de premier plan en appui aux candidats conservateurs lors de l’élection de 2019. La maladie a finalement contrecarré ses plans.

Il avait annoncé au printemps dernier qu’il souffrait d’un cancer du poumon.

Après le diagnostic, Gilles Duceppe appelait régulièrement Michel Gauthier, même au plus fort de la campagne électorale, quand pour la première fois de leur vie, les deux anciens compagnons d’armes militaient dans des camps adverses.

Leur dernière conversation remonte à la semaine dernière.

«Il était serein. Il m’a dit qu’il a eu une belle vie et il a raison», a confié Gilles Duceppe.

Lors de ce dernier appel entre ces deux monstres sacrés, il a bien sûr été question de politique, mais Gilles Duceppe refuse de dévoiler la teneur de leur échange, par respect pour son ami.

De son côté, le doyen de la Chambre des communes, Louis Plamondon, qui a côtoyé Michel Gauthier de nombreuses années au sein du Bloc Québécois, n’a que de bons mots pour l’homme qu’il était.

«C’était un tribun exceptionnel! Quand il se levait en Chambre, les ministres avaient les fesses serrées! se souvient-il en riant. Il avait le don de piquer au bon endroit pour faire avancer un dossier.»

Pour M. Plamondon, Michel Gauthier était un homme dévoué au bien-être des Québécois, ainsi qu’un motivateur et un orateur hors pair. «Il était émotif dans ses discours. Il savait comment aller les chercher [les Québécois] dans leur âme, leurs tripes et leur cœur. C’était beau à voir.»

Par ailleurs, l’actuel président du caucus du Bloc Québécois garde non seulement un excellent souvenir du politicien, mais aussi, et surtout, de la personne qu’était M. Gauthier.

«C’est malheureux, c’était tout un personnage, un homme à part. Michel, c’était un type jovial, diplomate et agréable à côtoyer.»

Du côté conservateur, le départ de Michel Gauthier laisse aussi un vide.

«C’est une grande perte pour nous, a mentionné le député de Richmond-Arthabaska, Alain Rayes, à l’antenne de LCN. Il a fait sa dernière prestation devant nos membres lors du conseil général à Victoriaville, dans ma ville. Il souhaitait faire une dernière allocution pour motiver les troupes. Il nous avait annoncé quelques jours avant que la santé était chancelante et qu’il attendait des résultats de ses tests. On l’a vu, c’a été très rapide.

M. Rayes a parlé d’«un homme de grand cœur, dévoué, qui avait le Québec tatoué sur le cœur». «Il avait une fougue qui était difficile à décrire tellement il était passionné. Il réussissait à soulever les troupes. [...] On rêvait de faire la dernière campagne ensemble et de parcourir le Québec, mais malheureusement, la maladie l’en a empêché. C’est un homme avec qui j’ai beaucoup appris [...].»

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Autres réactions        

  • Les réactions n’ont pas tardé sur les réseaux sociaux à la suite de l’annonce du décès de Michel Gauthier. L’actuel chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, s’est rapidement manifesté sur Twitter : «J’adresse, en mon nom et en celui des membres et députés du Bloc Québécois, mes sincères condoléances aux nombreux amis et aux proches de Michel Gauthier. Je leur souhaite le courage dont lui a su faire montre dans sa lutte contre la maladie.»    
  • Le premier ministre québécois François Legault a aussi réagi : «Mes condoléances à la famille et aux proches du sympathique et passionné Michel Gauthier.»    
  • Le chef intérimaire du Parti québécois Pascal Bérubé a également salué la mémoire de M. Gauthier : «Mes meilleures pensées pour la famille et les proches de Michel Gauthier. Il a été notamment député du Parti québécois dans la circonscription de Roberval de 1981 à 1985. Un orateur de talent et un parlementaire fougueux. Au revoir Michel.»    
  • Caroline St-Hilaire a appris avec tristesse le décès de son ancien collègue du Bloc Québécois. «Me voici orpheline de mon mentor politique. Michel Gauthier aura été un amoureux fou et fidèle du Québec, ainsi que de sa famille et de ses nombreux amis qu’il laisse dans le deuil. Grâce à son épouse, je lui ai tenu la main virtuellement ce matin et je lui dis: MERCI pour tout!»    
  • Des conservateurs ont aussi rendu hommage à M. Gauthier samedi soir sur Twitter, dont leur chef, Andrew Scheer : «Jill et moi sommes attristés d’apprendre le décès de Michel Gauthier. Ce fut un réel plaisir de le côtoyer et collaborer avec lui au cours des dernières années. Mes sympathies à son épouse Anne, ses enfants Isabelle et Alexandre, et tous ses proches et amis.»    
  • Le sénateur Claude Carignan avait ceci à dire : «Michel Gauthier est décédé aujourd'hui. L'ayant côtoyé depuis maintenant 4 ans, j'ai redécouvert le fabuleux tribun qu'il était mais surtout un homme de cœur et de convictions. Très triste. Mes condoléances à Anne, Alexandre, Isabelle, Natacha, et Kathia ainsi qu'à tous ses amis.»    
  • Peter MacKay, ancien ministre et actuellement candidat à la succession d’Andrew Scheer à la tête du Parti conservateur, a aussi transmis ses condoléances sur Twitter : «Je tiens à offrir mes sincères condoléances à la famille de Michel Gauthier. Un homme politique de grands talents qui a rejoint notre famille conservatrice il y a quelques années. Merci Michel!»        

La carrière de Michel Gauthier   

  • De 1970 à 1981 : il occupe divers postes à la Commission scolaire de Roberval.    
  • De 1981 à 1988 : député de Roberval à l'Assemblée nationale du Québec. Il est élu sous la bannière du Parti québécois. Pendant son premier mandat, il est adjoint parlementaire au ministre des Finances.    
  • Février 1988 : il démissionne et retourne travailler à la Commission scolaire de Roberval.    
  • De 1993 à 2007 : député de Roberval-Lac-Saint-Jean à la Chambre des communes du Canada de 1993 à 2007 sous la bannière du Bloc Québécois.    
  • Il a exercé le rôle de leader parlementaire de l'Opposition officielle jusqu’à la démission de Lucien Bouchard en 1996.    
  • Le 17 février 1996 : est choisi chef du Bloc Québécois par ses pairs pour remplacer Lucien Bouchard. Il occupe cette fonction jusqu’au mois de mars 1997 avant de céder son siège à Gilles Duceppe. Il reprendra ensuite son rôle de leader parlementaire du Bloc.    
  • En 2007, il quitte la vie politique et entreprend une carrière dans les médias. Il anime notamment une émission d’affaires publiques à TQS et tient une chronique dans le «Journal de Montréal» en 2014.    
  • En 2018, il renoue avec la politique militante et appuie le Parti conservateur d’Andrew Scheer.