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Ils ont vaincu la COVID-19: Grand-maman Lulu

Lucille Lecavalier
Photo courtoisie

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Elle s’appelle Lucille Lecavalier. Lecavalier, c’est son nom de jeune fille. Mais pour mes proches et moi, elle a toujours été grand-maman Trudeau. Lulu pour les intimes.

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Du haut de ses 94 chandelles, ma belle grand-maman a eu le dessus sur la COVID-19.

Dure épreuve

Elle ne l’a pas eu facile. Emmurée dans le CHSLD LaSalle, durement touché par la pandémie, elle a été déclarée positive à de multiples reprises au cours des dernières semaines.

Jusqu’à samedi dernier, alors que Marie-Claude, l’une des préposées en or qui s’occupent d’elle, a envoyé une vidéo à la famille, dans laquelle elle apprenait à Lulu qu’elle était guérie de cette foutue cochonnerie.

Vous dire le bien que ça nous a fait. Oui, il peut encore y avoir un peu de positif dans cette période ô combien déprimante.

Et Lulu, elle, elle a passé au travers. Comme elle était passée au travers de deux pneumonies l’année dernière. Comme elle a survécu au décès de son mari qui était âgé d’à peine 45 ans.

Comme elle a surmonté le deuil de deux de ses cinq enfants.

Lulu, vedette de Twitter

Donc samedi, à la suite de cette rare nouvelle réconfortante, j’ai décidé de faire un gazouillis sur Twitter, question de partager la bonne nouvelle et de répandre un tantinet d’espoir.

C’est alors que ma grand-maman est devenue virale. 

Pas au sens propre, là ! Non, virale comme dans très populaire sur les médias sociaux. Des dizaines de milliers de gens ont vu mon message, et les messages de joie et d’appui se sont mis à affluer à un rythme incroyable. 

Même François Legault a aimé ma publication !

Pourtant, j’étais partagé face à ce torrent d’affection pour ma belle grand-maman.

Parce que dans les faits, Lulu n’a plus trop conscience de la réalité. Ça fait un p’tit bout déjà qu’elle n’est plus trop trop « connectée », comme on dit.

Alors je me suis surpris à me demander en quoi il fallait se réjouir de voir ce long fleuve tout sauf tranquille se poursuivre encore, pour je ne sais combien de temps.

Le jeu en vaut la chandelle

À force d’y penser, de raisonner, j’en suis venu à une conclusion beaucoup moins sombre.

Je n’aurais pas voulu que ma grand-maman nous quitte dans les circonstances affreuses et inhumaines qui ont caractérisé le départ de tant de nos bâtisseurs.

Derrière un regard peut-être parfois hagard, je suis persuadé qu’il y a une petite lueur de lucidité et de conscience chez elle. Qu’elle saura apprécier la présence de sa famille, si tant est que l’avenir nous permette de lui rendre visite.

Juste pour ça, le jeu en vaut la chandelle. Qu’elle puisse achever son parcours dans des conditions humaines, douces, dignes.

Grand-maman Lulu, j’aimerais tellement pouvoir t’expliquer comment le Québec en entier t’a connue et reconnue l’espace d’un instant.

Tu es une battante. Je t’aime.