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Sabia: le hasard fait bien les choses

Conf�rence de Michael Sabia
Photo Ben Pelosse Michael Sabia

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On l’a souligné à plusieurs reprises, l’ancien président-directeur général de la Caisse de dépôt et placement du Québec Michael Sabia a le sens du timing.

Arrivé à la direction de la Caisse juste après la crise financière de 2009, il l’a quittée après une année où les marchés boursiers s’étaient emballés et quelques jours avant qu’une pandémie mondiale ne les fasse dévisser.

Il détient et conservera sans doute à jamais un record pour un PDG de la CDPQ avec un rendement annualisé de 9,2 %, dont nous sommes les grands bénéficiaires. La valeur de notre bas de laine a augmenté de 191 milliards en plus-value sur nos placements.

Sauf que les heureux hasards ne s’arrêtent pas là pour cet ancien du Canadien National et de BCE, parti diriger l’École Peter Munk sur la gestion des affaires internationales et des politiques publiques de l’Université de Toronto.

Il a aussi quitté la Caisse alors qu’on découvrait que s’était déroulé sous sa gouverne le plus grand scandale éthique de l’histoire de l’institution.

Le pire moment

Le Journal rappelle aujourd’hui à ses lecteurs l’histoire d’Otéra Capital.

En février dernier, nous révélions qu’Alfonso Graceffa, alors haut gradé de la Caisse, avait accordé à des partenaires d’affaires personnels des prêts de cette filiale consacrée à l’immobilier et dont il assumait la direction. On parlait alors d’un montant de 44 millions de dollars.

À l’époque, la Caisse avait commandé une enquête au montant de 5 millions à la firme d’avocats Osler.

Dévoilant les résultats de l’enquête, en mai, le PDG Michael Sabia admettait candidement que « malheureusement, Le Journal de Montréal a fait un excellent travail ».

En novembre dernier, au moment d’annoncer qu’il quitterait son poste un an avant la fin de son contrat, il disait à qui voulait bien l’entendre que cette affaire constituait sans aucun doute le pire moment de son passage à la direction de la Caisse. On n’a aucune peine à le comprendre.

Sauf qu’Alfonso Graceffa poursuit aujourd’hui la CDPQ pour congédiement injustifié.

Un interrogatoire, qu’il a subi des avocats de la Caisse en octobre dernier, sans doute contient des révélations encore plus troublantes que celles précédemment admises par Michael Sabia.

Les rendements avant le jugement

Ça revient régulièrement que l’on accuse la Caisse de manquer de transparence.

Ça peut se comprendre dans une certaine mesure quand il est question de transactions commerciales d’ampleur où les dirigeants de notre bas de laine doivent faire preuve de stratégie face à un concurrent.

Ici, toutefois, on parle de soupçons importants de manquements à l’éthique, à l’endroit de quelqu’un qui a eu la confiance de Michael Sabia pour diriger Otéra Capital de 2012 à 2019.

Dans sa défense, la Caisse décrit Alfonso Graceffa comme quelqu’un qui apportait d’excellents rendements, mais souffrant également de manque de jugement et dont la « boussole éthique était déréglée ».

Est-ce que les rendements ont passé avant le jugement et la performance avant la transparence pendant sept ans ?

Quand la direction de la Caisse a-t-elle pris conscience des failles de caractère du surprenant M. Graceffa ? On ne le sait pas. On sait toutefois que c’est après que la Caisse a révélé l’évaluation qu’elle faisait elle-même de son ancien employé que son PDG, l’homme aux rendements records, a annoncé qu’il quittait ses fonctions.

Le hasard a très bien fait les choses.

Les mêmes orientations

On peut questionner certaines des orientations de Michael Sabia comme président de la Caisse.

Notamment dans le dossier du REM, où on a choisi de faire construire les voitures en Inde plutôt que chez Bombardier, ou dans son recours aux paradis fiscaux dans la gestion de nos placements.

L’opinion générale – et probablement justifiée – quant à son passage chez nous reste néanmoins qu’il fut couronné de succès.

N’empêche qu’il est légitime de se demander si les rendements n’ont pas passé avant l’éthique et, surtout, de la transparence qu’on est en droit d’attendre d’une institution publique. 

Surtout alors que Charles Émond, nouveau président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement, semble vouloir conserver les mêmes orientations que son prédécesseur.