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150 M$ en tablettes et ordis en cas de 2e vague

Québec veut prévoir le coup si la rentrée scolaire se fait à distance

Au cours des dernières semaines, plusieurs écoles ont prêté des ordinateurs à leurs élèves pour qu’ils poursuivent l’enseignement à distance, mais tous n’ont pas eu cette chance. Sur la photo, Joanie Desroches, élève de deuxième secondaire qui a reçu un ordinateur prêté par l’école du Mont-Sainte-Anne.
Photo Didier Debusschere Au cours des dernières semaines, plusieurs écoles ont prêté des ordinateurs à leurs élèves pour qu’ils poursuivent l’enseignement à distance, mais tous n’ont pas eu cette chance. Sur la photo, Joanie Desroches, élève de deuxième secondaire qui a reçu un ordinateur prêté par l’école du Mont-Sainte-Anne.

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Québec débloque 150 millions $ pour permettre aux écoles publiques d’acheter 200 000 tablettes et ordinateurs pour la rentrée afin que le réseau scolaire soit prêt à faire face à toute éventualité, a appris Le Journal.

Même si Québec mise sur un retour en classe à temps plein ou à temps partiel cet automne, cette vaste offensive numérique permettra aux écoles d’être mieux préparées advenant une deuxième vague de COVID-19 qui pourrait entraîner à nouveau la fermeture des écoles cet automne.

Selon les résultats préliminaires d’une collecte de données effectuée ce printemps par le ministère de l’Éducation, près de 80 000 élèves n’ont pas un accès exclusif à une tablette ou un ordinateur à la maison, ce qui complique déjà l’enseignement à distance. 

Depuis la mi-mai, la poursuite des apprentissages à la maison est obligatoire pour les élèves du primaire de la grande région de Montréal, où toutes les écoles sont fermées, de même que pour tous les élèves du secondaire.

Au cours des dernières semaines, quelque 70 000 tablettes et ordinateurs provenant des écoles ont été prêtés à des familles, a récemment affirmé le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

«Les sommes que nous rendons disponibles permettront de nous assurer qu'en cas de nouvelle fermeture des écoles, tous les élèves pourront avoir accès rapidement à un outil technologique pour poursuivre leurs apprentissages», a indiqué le ministre Roberge dans un communiqué.

«Soyons clairs: nous travaillons à une rentrée scolaire en présence pour tous les élèves du Québec en septembre prochain, et nous sommes confiants que nous y parviendrons», a ajouté M. Roberge qui prévoit soumettre «sous peu» tous les scénarios à la Santé publique.

Se préparer au « scénario du pire »

Des commissions scolaires contactées par Le Journal ont toutefois indiqué ne pas être en mesure de répondre à toutes les demandes.

À la fin avril, le gouvernement Legault a par ailleurs annoncé une entente visant à rendre disponibles au réseau scolaire 15 000 tablettes connectées à internet, une opération qui a toutefois connu des ratés en raison notamment des délais de commandes et de livraison.

Au cours des derniers jours, plusieurs acteurs du réseau de l’éducation ont pressé le ministre Roberge de se préparer aussi au « scénario du pire » pour l’automne, afin de ne pas revivre les difficultés qu’a connues le réseau scolaire depuis la mi-mars, concernant notamment l’enseignement en ligne.

Le montant de 150 millions $ comprend le report de sommes inutilisées cette année (35 M$), l’argent déjà annoncé pour l’année 2020-2021 (75 M$) et le devancement de sommes prévues au cours des prochaines années (40 M$), indique-t-on.

Formation et accompagnement

L’achat de tablettes et d’ordinateurs portables, qui pourraient par la suite être prêtés aux familles, sera priorisé. De la formation et de l’accompagnement seront aussi disponibles pour le personnel scolaire.

Les centres de services scolaires seront invités à faire part de leurs besoins en matière d’outils informatiques d’ici le 19 juin.

Un cellulaire pour faire l’école à la maison  

Dès le début avril, Linda Gravel a levé la main pour obtenir un ordinateur ou une tablette prêtée par l’école. Alors que la fin de l’année scolaire approche, son garçon doit toujours faire l’école à la maison sur un téléphone cellulaire.

« On fait ce qu’on peut avec les moyens du bord. Mais mon garçon n’a pas pu faire la moitié de ses travaux », déplore cette mère qui habite Montréal.

On lui avait pourtant assuré que sa demande de prêt informatique avait été jugée prioritaire, un enseignant ayant sélectionné son garçon « parce qu’il en a vraiment besoin », raconte-t-elle.

Mme Gravel est loin d’être la seule dans cette situation. Les enfants de Mélanie Legrand, qui sont en quatrième année et cinquième année, ne peuvent participer aux classes virtuelles de leurs enseignants puisqu’ils n’ont ni ordinateur ni connexion internet à la maison.

Cette mère de Montréal tente tant bien que mal de suivre leur plan de travail hebdomadaire, qu’elle consulte sur son téléphone cellulaire.

« Ce que je trouve particulièrement difficile, c’est qu’ils ne peuvent pas avoir de liens avec leurs amis et leur enseignant, parce qu’ils ne peuvent pas faire les rencontres en ligne. Ça leur manque », affirme Mme Legrand.

La mère doit « se transformer en enseignante » en donnant elle-même les explications sur les notions à revoir à la maison. Les trousses pédagogiques lui sont envoyées par la poste, mais elle n’a reçu que deux envois jusqu’à maintenant. 

Il y a quelques jours, l’école a proposé de lui prêter une tablette, mais la mère a dû décliner la proposition, puisque l’appareil n’avait pas de connexion internet intégrée. 

Sauver son année

Or, l’accès à du matériel informatique branché à internet peut faire toute la différence pour les élèves. C’est le cas de Joanie Desroches, une élève de deuxième secondaire de Beaupré qui a reçu il y a quelques semaines un ordinateur prêté par son école.

« Avant, il fallait que je fasse tout sur mon téléphone et ça me déconcentrait, à cause des messages qui rentraient. Maintenant, c’est beaucoup plus facile de faire mes travaux et de suivre mes cours en ligne. La prof qui nous appelle chaque semaine m’a dit que je progressais beaucoup », dit-elle.

Joanie a maintenant bon espoir de réussir son année, ce qui n’aurait probablement pas été possible, sans ce nouvel ordinateur à la maison.