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Construction: la pénurie de main-d’œuvre reprend de plus belle

La pratique du travail au noir serait en même temps en très forte augmentation

Pascal Desrosiers, un entrepreneur de Lanaudière, aimerait qu’il soit plus facile d’aller chercher des travailleurs dans d’autres régions moins touchées par la pénurie.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Pascal Desrosiers, un entrepreneur de Lanaudière, aimerait qu’il soit plus facile d’aller chercher des travailleurs dans d’autres régions moins touchées par la pénurie.

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Le Québec a beau être confronté à un taux de chômage historique, le secteur de la construction a renoué avec la pénurie de main-d’œuvre, et la situation est même pire qu’avant la pandémie pour certains.

« La pénurie, c’est surtout pour les plâtriers. En ce moment, pour répondre à la demande, j’aurais besoin d’environ 15 gars de plus », a confié Pascal Desrosiers, propriétaire de Construction DP Express, qui emploie d’ordinaire une vingtaine d’employés, tous métiers confondus.

À l’instar de plusieurs de ses compétiteurs dans la grande région de Montréal, l’entrepreneur de Terrebonne a de la difficulté à recruter depuis grosso modo deux ans : principalement à cause du nombre de départs à la retraite, plus élevé que le nombre d’arrivées de nouveaux travailleurs.

La PCU fait mal

À cette réalité s’ajoute maintenant la Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui découragerait plusieurs journaliers de retourner sur les chantiers. 

Certains préfèrent continuer de toucher la prestation de 2000 dollars tout en faisant quelques petits boulots en dessous de la table, a observé M. Desrosiers.

Pascal Desrosiers, un entrepreneur de Lanaudière, aimerait qu’il soit plus facile d’aller chercher des travailleurs dans d’autres régions moins touchées par la pénurie.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

 

« Depuis le début de la crise, je vois 2-3 offres de travail au noir passer sur Facebook chaque jour. Ç’a toujours existé, mais pas autant que ça. Il n’y a même plus de petite gêne », s’offusque l’homme d’affaires, qui croit que la mise sur pause des chantiers en a incité plusieurs à avoir recours à cette pratique illégale.

Comme en Ontario, les chantiers n’auraient jamais dû être complètement suspendus, a insisté Pascal Desrosiers, qui est aujourd’hui complètement débordé, comme il doit rattraper le retard accumulé pendant les semaines d’arrêt.

Solutions à long terme

L’entrepreneur, pour qui la construction de condos occupe une part importante de son chiffre d’affaires, ne s’attend pas à ce que ça ralentisse de sitôt, même si une crise économique est à nos portes.

Pour régler le problème de pénurie de main-d’œuvre, il plaide donc pour des solutions à long terme, à commencer par l’amélioration de la formation pour qu’il vaille la peine d’embaucher des jeunes.

« Les cours professionnels dans le domaine de la construction sont aujourd’hui complètement désuets. Ce n’est pas normal qu’après presque un an de formation un jeune n’est pas capable de tirer un joint ou de poser du Gyproc. Ça prend quatre mois avant qu’un jeune formé soit rentable », a illustré M. Desrosiers.

Entre-temps, il interpelle la Commission de la construction du Québec (CCQ) pour qu’il soit plus facile d’aller chercher des travailleurs d’autres régions, moins touchées par la pénurie.

« En ce moment, faire venir un gars de Gatineau, à cause des règles actuelles ça me coûterait 900 dollars, en plus de devoir payer son salaire. Ce n’est juste pas rentable », a-t-il critiqué.

Une autre version des syndicats

C’est sur ce point que les syndicats et la partie patronale sont à couteaux tirés.

« Ça me fait rire d’entendre des entrepreneurs dire que c’est trop cher embaucher des travailleurs d’autres régions alors que c’est les conventions qu’ils ont eux-mêmes signées », a lancé Éric Boisjoly, directeur général de la FTQ-Construction.

Les syndicats reconnaissent qu’il y a un manque de travailleurs pour certains métiers et dans quelques endroits au Québec, mais ils croient qu’on pourrait facilement venir à bout des pénuries en allant chercher des travailleurs de régions où l’ouvrage se fait plus rare.

Selon eux, si les entrepreneurs sont aussi fermés à cette possibilité, c’est un prétexte pour que les standards d’embauche soient abaissés et que plus de travailleurs non qualifiés se joignent à l’industrie.

« La main-d’œuvre formée est là. La solution, ce n’est pas de faire venir des nouveaux travailleurs non qualifiés et que dans trois mois il n’y ait plus de travail », a poursuivi Michel Trépanier, le président de l’Inter, qui, contrairement à l’entrepreneur Pascal Desrosiers, pense que le boom post-COVID sera de courte durée.