/sports/hockey
Navigation

Des Harfangs prêts à impressionner

Équipe transitoire entre les deux éditions des Remparts, l’équipe de Beauport amorçait sa 1re saison il y a 30 ans

Coup d'oeil sur cet article

En 1990, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) se préparait à effectuer son retour dans la grande région de Québec qui avait vu cinq ans plus tôt ses Remparts chéris mourir dans une indifférence totale. Si les Harfangs de Beauport n’avaient au départ rien du prestige de ses prédécesseurs, la formation d’expansion s’est fait respecter à travers le circuit grâce à la détermination et à la résilience des joueurs largués formant la première édition de 1990-1991. Cette nouvelle ère allait paver la voie à la renaissance des Remparts à l’automne 1997.

Alain Chainey a dirigé les Harfangs pendant deux saisons et demie. Avec leur chandail bleu marine, ils portaient les « plus belles couleurs de la ligue », écrivait le confrère Alain Bergeron le 15 septembre 1990.
Photo d'archives
Alain Chainey a dirigé les Harfangs pendant deux saisons et demie. Avec leur chandail bleu marine, ils portaient les « plus belles couleurs de la ligue », écrivait le confrère Alain Bergeron le 15 septembre 1990.

Menés par l’entraîneur Alain Chainey, qui avait œuvré comme adjoint chez les Nordiques de Québec lors des trois saisons précédentes, les Harfangs ont cogné à la porte des séries éliminatoires, finissant à seulement un point des Cataractes de Shawinigan et d’une invitation au grand bal. Ils se sont forgé un dossier de 26-40-4, pour 56 points, une récolte enviable pour une bande de gars qui n’avaient jamais joué ensemble lors du premier jour du camp d’entraînement.

« On s’en allait à Beauport, je savais que c’était à Québec, mais pas vraiment où. C’était particulier et c’était un peu le néant », reconnaît au Journal l’ancien attaquant Gilles Bouchard, qui avait amorcé sa carrière junior à Shawinigan et à Trois-Rivières.

Une fierté à défendre

Bouchard faisait partie des vétérans du club beauportois en compagnie notamment du capitaine Steven Paiement et d’Éric Cool. À l’instar de tous leurs coéquipiers choisis à l’expansion, ils avaient l’intention de faire mentir leur ancienne équipe. Pour d’autres, comme la recrue Matthew Barnaby, dernier choix du repêchage des joueurs d’âge midget, l’occasion était unique pour se faire connaître. 

Les amateurs sont tombés sous le charme de ces infatigables travailleurs. Ce n’est pas pour rien que le petit aréna Marcel-Bédard, qui avait été agrandi à environ 2000 sièges pour répondre aux exigences de l’époque de la LHJMQ, est devenu un endroit hostile aux visiteurs avec ses bruyants partisans.

« Il y avait un sentiment de fierté qui se dégageait de nos joueurs, révèle Chainey qui a piloté la barque jusqu’à sa démission surprise pendant la campagne 1992-1993. Ils se disaient qu’ils étaient les rejets de certaines équipes et ils voulaient prouver qu’ils étaient meilleurs que ce que ces équipes pensaient [...] Ils ont fait preuve de détermination et de résilience. »

Alain Vigneault (à droite) a été le dernier entraîneur de l’histoire des Harfangs.
Photo d'archives
Alain Vigneault (à droite) a été le dernier entraîneur de l’histoire des Harfangs.

« On voulait prouver plus et je pense qu’on a quand même eu une bonne saison pour une première année dans la Ligue, renchérit Bouchard, aujourd’hui adjoint avec le Crunch de Syracuse dans la Ligue américaine. On avait un groupe orgueilleux. »

Cette première saison réussie avait placé la barre un peu trop haut pour l’année suivante, selon l’ancien entraîneur. Les Harfangs avaient aussi raté les séries en 1992, cette fois par quatre points.

« Les attentes étaient très élevées vu qu’on avait tellement bien fait à notre première saison. Tout le monde pensait qu’on serait dans le top 10 des équipes juniors au Canada, mais on n’était pas rendu là. »

Stratégie

Dès le début, Chainey a embarqué à fond dans l’aventure des Harfangs. Certes, les Nordiques avaient connu une misérable saison de 12 victoires en 1989-1990, mais il quittait un club promis à des jours meilleurs avec l’émergence de Joe Sakic. « Il y avait une marge en termes de talent entre les Joe Sakic de ce monde dans la LNH et les joueurs des Harfangs, mais j’avais la passion du hockey de travailler avec de jeunes joueurs, se souvient-il.

« Je venais de travailler avec quatre coachs en trois ans avec les Nordiques et j’avais décidé de voler de mes propres ailes. [...] Je n’ai jamais rencontré Dave Chambers et j’avais décidé par moi-même d’appliquer pour le poste [à Beauport].

« C’était tout un défi, mais j’étais bien entouré avec René Young comme directeur général et mon adjoint Guy Lamontagne. Ça a été une belle expérience. » 

Un retour attendu à Québec  

La fin des Remparts de la première édition en 1985 a créé un immense trou sur le territoire de la LHJMQ. À la tête du hockey junior québécois dès février 1986, le commissaire Gilles Courteau s’était donné comme mission d’implanter une nouvelle équipe rapidement dans la Vieille Capitale.

Son vœu s’est exaucé le 27 mai 1989 lorsque le bureau des gouverneurs a accordé, sous conditions, la franchise de Beauport à l’homme d’affaires suisse Jurg Staubli, rapportait Le Journal dans son édition du lendemain sous la plume de Marc Lachapelle.

Et le vendredi 14 septembre 1990, après avoir remporté six parties préparatoires, les Harfangs faisaient officiellement leurs débuts dans une défaite de 6-3 contre les Lynx, à Saint-Jean. 

« On avait besoin de faire un retour dans la région de Québec le plus rapidement possible », signale aujourd’hui le commissaire Courteau. À ce moment, Drummondville et Shawinigan étaient les villes les plus rapprochées pour Chicoutimi à 3 h 30 de route. Les dirigeants des Saguenéens avaient hâte de revoir un club à l’autre bout de la 175, rappelle Gilles Courteau.

Rencontre au sommet

M. Courteau se souvient que Staubli avait mandaté son fondé de pouvoir, Me François-Xavier Simard, pour connaître l’intérêt de la LHJMQ d’établir un club d’expansion à Beauport.

Bien implantés au Colisée, les Nordiques occupaient toute l’attention de la scène sportive en ville en saison hivernale. Courteau était néanmoins convaincu que le projet fonctionnerait.

« C’était un pari risqué, avoue le commissaire. Mais il y avait tellement de belles possibilités au niveau du bassin [...] J’étais convaincu qu’il n’y aurait pas de problème à trouver une clientèle, à avoir une couverture médiatique. On a eu une bonne réponse et une bonne commandite. Ces éléments étaient favorables pour que ça fonctionne. »

Fin abrupte

Après une troisième saison ardue, les Harfangs sont revenus en force au cours des trois années suivantes, s’inclinant même en finale des séries de 1996 devant les Prédateurs de Granby qui allaient éventuellement soulever la coupe Memorial.

Des joueurs comme Éric Dazé, Ian McIntyre, Éric Bélanger, Simon Toupin, Matthew Barnaby et Martin Biron ont notamment marqué l’histoire de la franchise. Si les succès s’enchaînaient sur la glace, c’était tout le contraire en coulisses alors que les problèmes financiers du propriétaire Jurg Staubli mettaient la concession en péril.

Raymond Bolduc (au centre) avait embauché Jos Canale (à droite) en prévision de la campagne 1993-1994. On les voit ici au repêchage.
Photo d'archives
Raymond Bolduc (au centre) avait embauché Jos Canale (à droite) en prévision de la campagne 1993-1994. On les voit ici au repêchage.

« Au début, ça n’allait pas si mal, mais après trois ans, ça a commencé à se détériorer, et à la fin, ce n’était même pas drôle », signale Raymond Bolduc, qui a été recruteur-chef pendant deux ans avant d’occuper les fonctions de directeur général.

Bolduc, qui a ensuite été DG avec les Remparts, se souvient d’un moment qui semble surréaliste aujourd’hui quelques heures avant le repêchage de 1996.

« Jean-D Legault [copropriétaire] m’a fait venir à sa chambre d’hôtel pour me dire qu’ils vendaient le premier choix. J’étais avec les dépisteurs, je me suis assis avec eux et je suis retourné le voir pour lui dire que s’il vendait le premier choix, on démissionnait tous. Il a décidé de ne pas le vendre. On a finalement repêché Simon Gagné ! »

Rachetée par la Ligue, l’équipe était passée près de déménager à Lewiston, dans le Maine, avant que Jacques Tanguay, Patrick Roy et Michel Cadrin n’en fassent l’acquisition en décembre 1996 au coût de 750 000 $. Les Remparts allaient renaître à l’automne 1997 au PEPS, mettant fin à une époque folklorique entre les murs de l’aréna Marcel-Bédard.

Matthew Barnaby, l’enfant chéri de la «petite cabane»  

Matthew Barnaby a marqué les esprits à Beauport avant d’être échangé en 92-93 au Collège-Français de Verdun.
Photo d'archives
Matthew Barnaby a marqué les esprits à Beauport avant d’être échangé en 92-93 au Collège-Français de Verdun.

De tous les joueurs qui ont endossé l’uniforme des Harfangs, Matthew Barnaby a grandement contribué à faire de l’aréna Marcel-Bédard un endroit intimidant pour l’adversaire.

Les spectateurs réunis dans « la petite cabane », comme l’avait surnommé l’entraîneur Jos Canale, faisaient passer un mauvais quart d’heure aux joueurs des équipes adverses. Avec ses 2000 places et aucun tableau indicateur central, l’endroit ressemblait davantage à un aréna pour du hockey mineur plutôt que pour la LHJMQ.

« C’était plein [dans les gradins] pour l’échauffement parce qu’on ne savait pas si quelque chose pouvait commencer comme une bataille, affirme au bout du fil Matthew Barnaby, qui a cumulé 864 minutes de pénalité en trois saisons à Beauport. Notre foule, c’était à cause d’eux si c’était de même. Ils aimaient tellement le hockey et le hockey robuste. Nous, on voyait ça et on jouait de même. »

« Ce n’était pas évident pour les clubs visiteurs qui payaient le prix, ajoute l’ancien recruteur et directeur général, Raymond Bolduc. Les gens criaient après les joueurs. La section 6 était très tumultueuse. Il s’est passé toutes sortes d’affaires. Quand la cabane était pleine, c’était extraordinaire. »

À la force des poings

La fougue déployée par Barnaby à son premier camp à 17 ans avait impressionné l’entraîneur Alain Chainey.

« À sa première présence sur la glace dans un match intraéquipe, il est allé défier le banc adverse, se rappelle-t-il. Il a sorti une couple de clients ! En deuxième période, il défie de nouveau le banc de l’autre côté à sa première présence. J’avais dit à Guy [Lamontagne, mon adjoint] que c’était fini, on ne voulait pas qu’il se fasse blesser. »

Natif d’Ottawa, le principal intéressé débarquait dans une ville francophone alors qu’il s’exprimait seulement en anglais.

« Je trouvais les autres joueurs plus gros, plus vites et plus forts. Après deux jours, je me souviens d’avoir appelé mon frère et ma mère et je leur ai dit que je ne pensais pas faire l’équipe, reconnaît l’ancien dur à cuire de la LNH. Mon frère m’a alors dit que je devais faire quelque chose que quelqu’un ne faisait pas. Je devais ouvrir les yeux d’Alain. Ensuite, j’ai commencé à me battre vraiment souvent dans les trois jours suivants ! »

À l’issue de leur deuxième campagne pendant laquelle Barnaby a récolté 66 points et passé 458 minutes au cachot en 63 matchs, les Sabres de Buffalo le sélectionnaient au quatrième tour du repêchage de 1992. Grâce à ses poings, il disputera ensuite 834 rencontres dans la LNH, essentiellement à Buffalo, Pittsburgh et New York.