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Bloc-notes d’un jeune observateur: textes rassemblés du jeune intellectuel Philippe Lorange

Philippe Lorange
Photo courtoisie Philippe Lorange

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Philippe Lorange est un jeune et brillant intellectuel d’à peine 20 ans. Il s’est fait connaître il y a quelques mois avec la publication du Manifeste contre le dogmatisme universitaire, qui avait suscité un vif débat. Il y dénonçait, avec d’autres, la soumission de l’université à l’hégémonie progressiste, l’endoctrinement qui s’opère dans les salles de classe, et plaidait surtout pour une reconnaissance du pluralisme intellectuel dans une institution qui n’aurait jamais dû s’en éloigner. Collaborateur à la revue L’Action nationale, Philippe Lorange y signe régulièrement d’excellentes critiques de livres, où, avec une plume aussi précise qu’incisive, il cherche à démasquer les impostures intellectuelles de notre temps. Ces derniers mois, il a écrit plusieurs textes, en forme de bloc-notes. Il a eu la gentillesse de me les faire lire, et je les ai trouvé remarquables. Je lui ai proposé, pour cela, de les publier sur mon blogue, pour leur donner un écho dans l’espace public. C’était un vrai bonheur, pour moi, de lire ce jeune esprit passionné, et c’en est un, aussi, de faire ce que je peux pour lui permettre de trouver ses lecteurs. Philippe Lorange: retenez ce nom. Dans les années à venir, il fera sa place dans notre vie intellectuelle – en fait, il est déjà en train de se la faire.

Le tout sera publié en deux parties. Voici la deuxième partie. 


Le confinement de l’idéologie – 31 mars 2020  

On le voit depuis maintenant quelques jours, le ton des autorités gouvernementales a changé. Comme l’a bien affirmé le Dr Arruda, on ne cherche plus à convaincre, mais à contraindre. Au grand dam des libertaires inconditionnels, ce comportement a du bon pour passer au travers de cette crise sanitaire. Il est normal que l’État applique des mesures exceptionnelles pour des temps exceptionnels. Cela, la grande majorité de la population l’a compris, preuve en est de l’appui quasi unanime à François Legault au Québec. 

Néanmoins, s’il y a des personnes qui n’ont pas changé dans cette quarantaine, c’est cette collection d’idéologues qui trouvent prétexte au coronavirus pour faire avancer leur doctrine respective. La lutte contre la nation ne prend pas de journée de repos: ainsi, le 31 mars dernier, on pouvait lire dans La Presse un texte d’opinion se plaignant de l’omniprésence de «Blancs» dans la sphère médiatique et du statut du français dans les communications du gouvernement. L’auteure demandait ainsi: «peut-on s’adresser aux Québécois au grand complet, s’il vous plaît?» Comme si le Québec même n’était pas intrinsèquement lié à la langue française. Comme si le fait d’être «Blanc» nous empêchait de rejoindre les «non-Blancs». L’inculture et le séparatisme mental d’une certaine partie des élites montréalaises mènent à ce genre de raisonnement déconnecté de la réalité. 

Une semaine plus tôt, dans Le Devoir, un journaliste affirmait, sans rire, que le populisme était un «vecteur de risque d’une pandémie». On aimerait demander à cet homme en quoi un Justin Trudeau et un Emmanuel Macron, représentants en chef du mondialisme, ont mieux agi que leurs homologues américain et britannique. Faut-il le rappeler? La longue obstination idéologique de prises de décision élémentaires par ces deux chantres des frontières ouvertes ne dit rien qui vaille pour la suite des choses. Mais ce revers du mondialisme, de cela il ne faut point parler! 

Et que dire de cette mairesse d’arrondissement de la ville de Montréal, qui n’a pu s’empêcher de sermonner le «racisme» des Québécois dans leur volonté d’appliquer la laïcité de l’État? Cette insulte prouve non seulement un vil mépris à l’égard du peuple québécois, mais en plus une démagogie révoltante dans des circonstances qui demandent plus que jamais l’unité nationale. Écarter les divisions politiques quotidiennes le temps d’une crise sanitaire, cela semble être encore de trop pour certains. 

Enfin, toujours dans La Presse, une chroniqueuse ne pouvait s’empêcher d’écrire sur le «racisme anti-asiatique» de la société québécoise, appuyant son propos sur la base de témoignages disparates. La méthodologie n’est, règle générale, pas le fort des harangueurs. L’auteure en question affirmait par ailleurs ceci: «Bien que le SPVM dise ne pas avoir noté une augmentation des crimes envers les Montréalais d’origine asiatique sur son territoire, l’inquiétude au sein des communautés visées est bien réelle.» Comme si le ressenti était une valeur absolue. J’ai peur donc il y a une menace. C’est une grande fausseté de notre époque qu’il faut débusquer: non, il ne faut pas toujours croire en nos sentiments. 

Ces moralisateurs ne sont pas à la hauteur de la situation à laquelle nous faisons face. Qu’il y ait une diversité d’opinions dans le débat public, cela ne peut être que salué et défendu, bec et ongles, à tous les instants. Mais que de petites ambitions cherchent à sermonner le commun des mortels en des heures d’inquiétude, voilà une attitude franchement désolante. Ils feraient bien de confiner leur idéologie le temps que l’orage passe. 

Moi et mes droits – 15 avril 2020  

On le voit depuis quelques jours, des groupes de pressions «défenseurs des droits» nous disent, grosso modo, que le gouvernement du Québec prend des mesures qui portent atteinte aux droits de la personne. Le 14 avril dernier, dans La Presse, la professeure de droit Martine Valois s’inquiétait par exemple du droit abusif des policiers à entrer dans des résidences privées pour assurer le suivi des mesures sanitaires. Elle relevait aussi que le confinement des malades pour une durée de deux semaines portait atteinte aux droits habituellement en vigueur. Le 16 avril, dans Le Devoir, l’avocat Alain-Robert Nadeau affirmait que les interdictions de voyages interrégionaux devaient faire l’objet d’un processus législatif complet. Il s’offusquait aussi du fait que «deux individus qui déambulaient dans un parc ont été interpellés et sommés de s’identifier». Le scandale du siècle, quoi! À ce sujet, voici un extrait du livre Le gouvernement représentatif (1861), de John Stuart Mill, grand partisan de la démocratie: 

«Je suis loin de blâmer que dans les cas de nécessité urgente, on ait recours au pouvoir absolu sous la forme d'une dictature temporaire. Jadis, des nations libres ont employé volontairement ce remède, comme nécessaire pour guérir certains maux du corps politique dont on ne pouvait se purger par des moyens moins violents.» 

Évidemment, François Legault n’exerce pas une dictature au Québec et cela ne serait nullement souhaitable. Cependant, il est tout simplement normal que son gouvernement dispose de pouvoirs plus étendus dans des temps qui demandent rapidité et efficacité d'action. Ce que nous dit le philosophe anglais, c’est que même les démocraties doivent parfois faire preuve de coercition et d’une certaine centralisation des pouvoirs en des temps exceptionnels. À vrai dire, qui s’oppose à cela? Surtout des universitaires déconnectés de la réalité qui trouvent prétexte à la crise pour pousser des cris d'orfraie. Pour reprendre une formule du politologue Marc Chevrier, on peut se compter chanceux que ces «fondamentalistes du droit» ne soient pas aux commandes du réseau de la santé. 

Dans l’essai Le souci contemporain, paru en 1996, la philosophe française Chantal Delsol établit une distinction pertinente en regard de la crise sanitaire. Elle affirme qu’alors que les sociétés anciennes faisaient l’éloge de l’honneur, notre époque moderne n’a de beaux yeux que pour la dignité. D’un côté, nous dit Delsol, l’honneur se mérite individuellement, par des efforts qui prouvent notre grandeur. C’est l’homme qui doit venger son honneur bafoué, ou le chevalier qui défend son royaume. La dignité, quant à elle, en son sens contemporain, «exige le respect à travers la revendication de ses droits.» La dignité, entendue comme obtention des droits, fait en sorte que l’homme ne compte plus, pour la protéger, sur son agir personnel, mais plutôt sur la société qui lui devrait des droits. Ainsi du comportement des autorités politiques: notre dignité se trouverait attaquée par cette restriction des droits. La philosophe explique la bataille désespérée du moderne pour ses libertés en raison du fait que c’est, pour lui, la seule façon de «certifier sa propre grandeur». 

Qu’on me comprenne bien: il ne s’agit pas d’implanter un dispositif de surveillance généralisé et de sortir les matraques pour mater les récalcitrants. Nul fantasme de l’autorité brutale ne m’anime. Il est évident que les débats parlementaires doivent reprendre pour la santé de notre démocratie. Mais, de grâce, acceptons que, pour un moment, nous ayons d’autres préoccupations que nos droits: ils ne forment pas un programme politique. Sachons être dignes de la situation pour sauver l’honneur national. 

Comment acheter le vote de la jeunesse – 26 avril 2020  

Chaque été, comme des milliers d’étudiants québécois, je travaille pour mettre de l’argent de côté. C’est aussi une façon, pour moi, d’acquérir de l’expérience, en plus de me développer un réseau d’amis et de contacts utiles. Je suis au service d’un marché où se situent plusieurs commerçants. C’est le genre de lieu qui témoigne de l’art de la communauté au sens fort, à l’ère du tout-à-l’individu. En ce sens, ce dernier est peut-être encore plus essentiel pour son effet psychologique sur les citoyens que pour son approvisionnement en denrées. Les vendeurs redonnent sourire: malgré les aléas de l’existence, nous demeurons. À l’heure des changements qui se bousculent jour après jour, nous sommes toujours fidèles au poste. La vie d’un homme a besoin de ce type de repères qui peuvent servir, en temps de crise, de bouées de sauvetage. 

Or, vivant sous la tutelle du régime canadien, j’apprends depuis quelques jours que l’élite politique d’Ottawa a eu l’idée saugrenue de décourager notre peuple au travail. C’est ainsi que l’aide financière d’urgence pour les étudiants ne sera accessible que pour ceux qui font moins de 1000$ par mois, soit un maximum de 19 heures par semaine au salaire minimum. Au moment même où notre économie n’aura jamais eu autant besoin de nous, une absurdité administrative nous désinvite à son soutien. Dans les faits, les emplois de manquent pas et peu d’étudiants ont de bonnes raisons de passer leur été à se la couler douce. Depuis le début de l’état d’urgence, une trop grande partie de la jeunesse ne fait rien d’autre que de jouer aux jeux vidéo et de se goinfrer à longueur de journée, en témoignent les pubs du gouvernement qui invitent carrément à ce genre de procrastination. 

Par cette mesure incitative à l’inertie, le régime canadien confine la jeunesse québécoise à la loi du moindre effort et insulte nos entrepreneurs qui ont peur pour leurs lendemains, ces derniers n’ayant rien à voir aux «chemins ensoleillés» de Trudeau. Notre gouvernement national, à Québec, doit réagir aux aléas d’Ottawa et trouver des mesures qui inciteront notre jeunesse à développer les valeurs qui ont fait notre réputation, soit la vaillance, la ténacité, la fidélité, le courage et l’intégrité. Que diraient nos ancêtres ouvriers, bûcherons, coureurs des bois, conquérants des mers, mères de huit à douze enfants, s’ils nous voyaient dessiner des pancartes d’arc-en-ciel en prétendant, par-là, «sauver des vies»? Notre époque a la mauvaise manie d’ériger en action héroïque le moindre geste insignifiant. Cela ne sera pas suffisant pour redresser notre nation, qui a des jours très difficiles qui l’attendent devant elle. 

On le constate autour de nous et dans les médias, la population commence à se poser des questions. À quoi bon le confinement si les personnes qu’il s’agissait de protéger ont fini par être contaminées? D’autres ne l’avoueront pas, mais ils se demandent sérieusement si une vie dans un goulag pour grabataires vaut plus que le dynamisme économique. Ainsi donc, des préposés fraîchement diplômés qui découvrent avec stupéfaction comment une société qui abdique son destin traite ses vieillards. Sans blague, une journée d’Ivan Denissovitch relève du paradis terrestre à côté d’une seule heure en isolement, à baigner dans ses excréments. La dernière catégorie encore croyante de la société québécoise aura donc connu le Livre de Job sans l’avoir lu. 

Peuple du Québec, une longue quête s’annonce pour retrouver ton honneur. Sauras-tu enfin redresser l’échine? 

Une université un peu pire – 10 mai 2020  

Sans susciter la surprise, l’Université de Montréal a annoncé récemment que la prochaine session d’étude se fera largement à distance, par des cours en ligne. Déception amère: au-delà des conséquences bien évidentes sur la réussite scolaire et la motivation des étudiants, quelque chose d’autre, pourtant peu abordé dans l’espace public, anime mon chagrin. Il s’agit de la perte des contacts humains. Tout étudiant à l’UdeM les a vécues et s’en souviendra toute sa vie, à savoir les premières semaines de la rentrée. Le temps est beau, le campus est ensoleillé, les étudiants et les professeurs sont dehors, à rire, parler, s’embrasser. Le sourire est sur toutes les lèvres, c’est l’heure des intégrations, des spectacles, de la rencontre de nouvelles amitiés: certaines, parmi elles, s’enchâsseront à jamais. Or, cet éden annuel n’aura pas lieu cette année, et, pire encore, la chaleur des liens entre les hommes ne viendra pas nous consoler des premiers froids de novembre. 

Dans son livre iGen, la psychologue américaine Jean M. Twenge observe que les Z sont plus casaniers et ont tendance à réduire leurs interactions sociales en personne, pour préférer les relations virtuelles. Selon elle, ce déclin de la vie sociale serait une cause de la hausse de l’anxiété, de la dépression et même du suicide chez les jeunes. En temps de pandémie, l’université aura donc délaissé une de ses fonctions essentielles, au-delà du simple apprentissage, à savoir la constitution d’une communauté. Car l’université n’est pas que le lieu des cours magistraux: c’est aussi un endroit où l’on établit des liens d’amitié qui servent à partager des peines et plaisirs, à se lancer dans des débats interminables, et à servir d’exutoire pour étudiants exaspérés de leur charge d’étude ou de leurs professeurs. Pour le temps d’une crise sanitaire, ces mesures sont tolérables et je ne prétendrai pas posséder l’expertise requise pour en juger la pertinence. Il n’en demeure pas moins que pour la suite des choses, nous devrons demeurer vigilants, car ce n’est pas vrai que les universités abandonneront la «formidable expérience» des cours à distance après cette épreuve. L’empire du «tout-à-l’économie» demeurera et l’enseignement virtuel représente une affaire en or pour économiser de l’argent aux institutions. 

La pression morale se fera plus forte pour multiplier et normaliser cette pratique d’enseignement. Celle-ci a pourtant des effets délétères sur l’entretien des liens humains. Un collègue de classe virtuel, c’est quelqu’un qu’on ne peut aborder lors de la pause pour apprendre à mieux le connaître. Un cours en ligne, c’est l’impossibilité d’animer un cercle de lecture, pourtant essentiel à l’échange d’idées et à la formation de l’esprit critique. C’est aussi l’éviction de l’échange privé avec le professeur, après un cours, et qui peut mener à des conversations qui marqueront l’existence d’un jeune animé par la vocation intellectuelle. Il sera plus difficile d’attirer les étudiants dans des conférences, habitués qu’ils seront à ne plus se déplacer. Au prochain semestre, je me suis inscrit à un cours donné par un professeur reconnu pour sa présence théâtrale. Chaque cours est un événement: cette superstar du département manque de chaises dans ses classes pour accueillir son public. En ligne, la magie n’aura pas lieu. Ce n’est pas pour rien qu’on dit d’un homme froid qu’il est distant: la distance physique est synonyme d’isolement social. Michel Houellebecq a donc raison de dire que notre monde sera un peu pire, mais il est de notre devoir de tout faire pour l’en empêcher. Cela commence par le combat de tous les jours contre la solitude mortifère. 

Le crime de l’oubli – 17 mai 2020  

Un spectre hante le Québec, c’est le spectre de la transmission. On en parle de gauche à droite, de Montréal à Gaspé, en hiver comme en été: il se fait l’écho d’un espoir, qui jamais ne se concrétise. Comme le spectre du communisme, il fait peu d’adeptes et aura peut-être la même destinée, soit le recalage aux marges. Les récents décès tragiques de Renée Claude, Monique Leyrac et Michelle Rossignol nous en offrent un triste exemple. Beaucoup de membres de la génération Z n’ont jamais entendu ces noms de leur vie. Dans tous les lieux de passation du savoir, de tels nom brillent par leur absence. À la radio, c’est l’empire des hits qui fait sa loi et n’élit avec complaisance qu’une poignée de Québécois assez in pour passer en ondes. À la télévision, les émissions d’éducation populaires ont été évincées par les multiples shows de personnalités en vue. À l’école, les programmes sont soigneusement conçus dans une logique d’autodépréciation, de par l’omniprésence des cours d’anglais et l’état famélique des séances d’histoire. Dans les familles, les parents se font taciturnes sur ce qu’ils ont vécu et entendu: ils croient que l’avenir, c’est leurs enfants et leurs préoccupations personnelles. Pour parler comme un autre, heureusement qu’on est sorti de la Grande Noirceur. 

Des historiens, des sociologues et des intellectuels de tous les horizons l’ont décrié pendant plusieurs années et ne lâchent pas le morceau: la transmission est essentielle à la survie et à l’épanouissement d’un peuple. Ce n’est pas qu’une affaire de ceux que l’on nomme dédaigneusement les «conservateurs». Chaque mouvement politique s’inspire d’un combat d’origine, d’événements-clés, de personnages phares. Chaque tendance artistique sait puiser aux premiers balbutiements pour retrouver des sources fécondes. Le progrès est impossible sans la nécessaire mémoire de ceux qui nous ont précédés. C’est en s’identifiant à nos ancêtres et en suivant notre chemin dans leurs pas que nous pouvons donner une épaisseur existentielle à notre court séjour sur Terre. Le «début d’un temps nouveau» n’est pas synonyme de table rase. L’homme sans attaches n’est pas libre, mais estropié et jeté dans un néant angoissant. De cela, nulle idée nouvelle je n’apporte ici. 

Il faut se demander pourquoi, après tant d’années de discussions et d’ouvrages sur la transmission, pratiquement rien ne change sur la terre du Survenant. Même l’arrivée d’un François Legault qualifié de nationaliste ne sonne pas le glas de l’amnésie collective. On peut comprendre que les peuples agissent lentement, que leur prise de conscience prend du temps. Mais après un quart de siècle de léthargie post-référendaire, il serait temps de se réveiller. Cela devrait se concrétiser par une initiative politique ambitieuse et enthousiaste, qui s’attaquerait à tous les remparts de la démission tranquille. D’ici 100 ans, par exemple, notre postérité se souviendra-t-elle de la crise du coronavirus? Et saura-t-elle que, malgré les erreurs et les gaffes, nous aurons été un peuple exemplaire? Ou bien ferons-nous seulement l’objet d’une note de bas de page dans un manuel scolaire, lu d’un œil paresseux? La transmission, c’est aussi la seule et unique manière de devenir immortel, en habitant le cœur des hommes. En cela, elle est une ultime consolation au moment de l’heure fatidique. L’homme qui part sait que les fruits qu’il a plantés fructifieront: il a la conscience tranquille et, malgré les craintes, l’espoir en la nouvelle génération. 

Perdre souvenir d’un défunt, c’est le faire mourir une deuxième fois, et de manière définitive. La belle voix de Renée Claude ne mérite pas cela ni tous les géants qui ont côtoyé son époque et ceux qui l’ont précédée.

– Philippe Lorange