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Des événements bouleversants

Étudiant-athlète à l’Université du Minnesota, Benjamin St-Juste est ébranlé par le décès de George Floyd

Benjamin St-Juste
Photo courtoisie Après deux saisons à l’Université du Michigan, Benjamin St-Juste s’est retrouvé à l’Université du Minnesota (photo), où il s’est taillé un poste de partant la saison dernière et où il vient de compléter une maîtrise en administration sportive.

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Entre la mort cruelle de George Floyd et les violentes manifestations qui ont éclaté au Minnesota, la crise des tensions raciales bat son plein dans cet État américain. Le demi de coin québécois Benjamin St-Juste, membre des Gophers de l’endroit, habite depuis près de deux ans à quelques coins de rue d’où tout a commencé et peine à réaliser l’ampleur des événements.

« C’est arrivé à un endroit qui est à 5-10 minutes de train d’où je suis. Je peux y aller à la marche. J’ai toujours été conscient de ces problèmes-là, mais le fait que ça arrive près de chez moi me touche encore plus. 

« On sait tous que le racisme, ça arrive un peu partout. Quand ça arrive si près, tu te dis : ça pourrait être moi, ça pourrait être mon ami, mon coach, mon coéquipier. Ça amène cette situation de discrimination à un niveau beaucoup plus personnel », a-t-il confié en entrevue en direct du Colorado, où il a rejoint la famille de sa conjointe dans les derniers jours.​

Prêt à manifester

St-Juste, de Rosemère, ne cache pas que lorsqu’il retournera à Minneapolis le week-end prochain, il pourrait être tenté de se joindre aux manifestants, si la colère gronde toujours.

« C’est un problème institutionnalisé qui doit être réglé. Juste moi comme individu, je ne peux pas faire grand-chose pour changer les choses, mais je peux utiliser ma voix et protester pacifiquement. C’est quelque chose que j’envisage de faire », a-t-il dit.

Le mot pacifiquement prend toute son importance, puisque c’est loin d’être le cas pour tous les manifestants à l’heure actuelle.

S’il n’approuve pas le recours à la violence, St-Juste en vient tout de même à se demander si la voie pacifique n’a pas été épuisée.

« Pour ce qui est des incendies, du cassage de vitres et du vol, personnellement, je ne crois pas que ce soit la meilleure idée pour obtenir justice en ce moment. Mais je pense que c’est devenu une réaction naturelle pour une communauté qui n’a jamais été entendue. 

« Je ne pense pas que nous, de l’extérieur, sommes en position de dire ce qui est juste ou pas juste. Ces gens-là ont le sentiment de n’avoir jamais été entendus et que c’est leur seul moyen de se faire entendre. »

Un problème partout au pays

L’athlète de 22 ans, qui pourrait potentiellement faire le saut dans la NFL via le repêchage après la prochaine saison, affirme que le racisme, même dans sa forme la plus subtile, a toujours fait partie de sa vie.

La situation ne s’est certainement pas améliorée depuis qu’il a mis le cap vers les États-Unis pour y vivre sa carrière universitaire. Même le Minnesota, qui n’avait pas la réputation d’être un foyer de tensions raciales avant les tristes événements actuels, n’y échappe pas.

« Je pensais en m’en allant aux États-Unis que les tensions raciales, c’était surtout dans les États du sud du pays. C’est ce qu’on nous dit dans les écoles ou dans les films, mais le racisme, c’est répandu partout. Au Michigan, c’est là. Au Minnesota, c’est là. Il y a toujours des gens qui vont trouver un moyen pour discriminer, et cette injustice, c’est dans le pays au grand complet. 

« Plus les gens vont sentir qu’ils ne sont pas écoutés, plus il va se produire des situations comme on voit en ce moment dans des endroits où on pense que ça ne peut pas arriver », estime le jeune homme de 22 ans.

St-Juste assure que ses coéquipiers et lui se sont parfois fait refuser l’accès à un restaurant. D’autres ont été la cible de profilage racial de la part de policiers. 

« C’est ancré dans le système et ça va prendre beaucoup de temps à changer. La première étape, c’est de comprendre le problème et d’éduquer les gens. Il faudra beaucoup d’individus avec beaucoup de pouvoir et des voix qui portent pour que ça change. »