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Elle quitte la Caisse de dépôt en pleine pandémie pour se lancer en affaires

Manon Hamel rejoint son mari pour l’épauler dans son entreprise de transport scolaire adapté

Manon Hamel
Photo Pierre-Paul Poulin Manon Hamel, présidente de Excell Transport. Elle a quitté son poste de vice-présidente à la Caisse de dépôt et placement du Québec pour prendre la direction de l’entreprise familiale spécialisée dans le transport scolaire d’enfants handicapés à Saint-Basile-le-Grand, près de Montréal.

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Se lancer en affaires, c’est faire un saut dans le vide. Il est encore plus vertigineux quand on se lance à la veille d’une pandémie de coronavirus. Manon Hamel peut en témoigner.

En février dernier, elle a quitté son poste de vice-présidente Rayonnement des affaires et Initiatives Québec et directrice générale, Espace CDPQ, à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) pour devenir associée chez Excell Transport, une entreprise de transport scolaire adapté de Saint-Basile-le-Grand, en Montérégie, qui a été fondée par son mari, Marc Boucher, il y a 16 ans. Une décision mûrement réfléchie.  

« J’ai toujours voulu être entrepreneure. Après une carrière de 25 ans dans la finance, je me suis dit qu’il était temps de mettre en pratique les conseils que je donnais aux dirigeants. »

À peine un mois plus tard, le Québec était mis « sur pause », ce qui a entraîné par le fait même la fermeture des écoles.

« Ce n’était pas le meilleur moment pour enfin décider de se lancer, reconnaît-elle, mais qui aurait pu prévoir une telle situation. Tout ce qu’il me restait à faire, c’était de relever mes manches. » 

Gestion de crise

Elle qui était venue épauler son mari pour donner une nouvelle impulsion à l’entreprise a dû passer en mode gestion de crise. 

« Je peux vous dire que tout ce que j’ai appris aux côtés de Michel Sabia [ex-PDG], de Charles Émond [actuel PDG] et des gestionnaires de la Caisse a été mis à profit », affirme Manon Hamel, qui a aussi travaillé chez GE Capital et BDC. 

Elle a mis sa centaine d’employés, surtout des chauffeurs, au cœur de chacune de ses décisions.

 « J’ai opté pour maintenir le lien d’emploi et réitérer nos valeurs d’entreprise. J’ai misé sur eux, même si près des trois quarts de nos chauffeurs ont 60 ans et plus. À ce jour, 90 % des employés ont confirmé leur retour au travail, un taux très élevé. » 

Dans le domaine du transport scolaire adapté, Excell Transport fait bande à part en ce qui a trait aux conditions de travail. 

« On ne fait pas affaire avec des sous-traitants comme chauffeurs, explique Manon Hamel. On les embauche et on leur fournit le véhicule. Notre flotte compte 125 berlines scolaires. On prend donc en charge l’entretien et les réparations, l’essence, les assurances. Cela nous permet de maintenir l’excellence du service et d’assurer la sécurité des enfants. »

La gestion de la main-d’œuvre, c’est le principal défi de l’industrie, selon Manon Hamel.  

« Il y a un haut taux de roulement dans notre secteur. Comme il s’agit d’un emploi à temps partiel, on a beaucoup de retraités parmi nos employés. En plus, c’est un travail qui n’est pas fait pour tout le monde. 

« Notre clientèle est composée d’enfants qui souffrent d’une maladie, d’un handicap ou d’un trouble de comportement. Ils ont des besoins particuliers. Durant le trajet, ils peuvent crier, pleurer voire s’automutiler. Il faut pouvoir faire face à ces situations. Ce sont aussi des enfants qui ont besoin d’une routine. La relation de confiance avec le chauffeur est essentielle. Il nous faut offrir de bonnes conditions pour éviter de renouveler le personnel tous les six mois. »

Les technologies à la rescousse

C’est aussi une industrie où un virage technologique s’impose. 

« Le développement d’une application permettrait d’optimiser les communications entre la clientèle, l’école et le transporteur. Actuellement, si un enfant ne va pas à l’école, ses parents doivent communiquer avec la commission scolaire, qui nous appelle. On doit ensuite acheminer l’information au chauffeur. Tout pourrait se faire en ligne et en temps réel. » 

Sauter à deux pieds joints dans la gestion des opérations d’une PME, même en pleine pandémie, c’est la meilleure décision qu’elle pouvait prendre, estime Manon Hamel qui a géré avec son équipe de direction le retour au travail des employés suite à la réouverture des écoles. 

« Faire passer une entreprise à un niveau supérieur, je sais que je suis capable de le faire. Nous sommes une PME qui pense comme une grande, c’est ce qui nous distingue. »