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Le camionnage freiné par une panne d’étudiants

La pénurie de chauffeurs routiers était déjà criante

Daniel Bérard, - COVID-19
Photo courtoisie Le président de Systèmes Danfreight (DFS), Daniel Bérard, ne voit pas d’un bon œil les mises à pied d’enseignants du Centre de formation du transport routier (CFTR), qui viennent retarder l’arrivée de nouveaux chauffeurs.

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Une entreprise de transport de Joliette craint de voir son chiffre d’affaires fondre d’une vingtaine de millions de dollars si on la prive de ses chauffeurs fraîchement sortis de l’école.

« S’il me manque 50 chauffeurs, il va me manquer 11,5 millions $ de chiffre d’affaires. Si j’en perds 100, c’est 23 millions $. C’est majeur », prévient Daniel Bérard, président de Systèmes Danfreight (DFS), qui compte plus de 400 chauffeurs.

À la mi-mai, une soixantaine d’enseignants du Centre de formation du transport routier (CFTR) ont été licenciés en raison du ralentissement.

« Ça va faire mal à l’industrie au grand complet », a déploré Julien Paré, qui enseignait le transport par camion au CFTR de Joliette.

« C’est un service essentiel, les fruits et les légumes. S’il y a une rareté de chauffeurs, ça va automatiquement faire monter le coût du panier d’épicerie », a ajouté Daniel Bérard de DFS, qui envoie chaque semaine une centaine de camions chercher des fruits et légumes en Californie.

« C’est préoccupant, a soupiré Benoit Therrien, président de Truck Stop Québec. On a tellement de misère à recruter du monde, on va écœurer les jeunes. On leur a fait miroiter une belle carrière et on risque de les perdre. »

Manifestation

Vendredi dernier, des étudiants inquiets du Centre de formation du transport routier (CFTR) sont allés jusqu’à manifester devant leur école de Mirabel pour recevoir leur diplôme malgré cette vague de mises à pied.

« Je suis allé à la rencontre des manifestants. Je leur ai expliqué que ça allait être plus long en raison des règles de la santé publique », a déclaré Patrick Blanchette, directeur du CFTR, qui diplôme 1400 étudiants par année avec ses 13 points de services.

À l’Association du camionnage du Québec (ACQ), on ne s’alarme pas.

« Ma préoccupation est que l’on puisse former le plus de candidats possible, mais est-ce qu’il y a présentement péril en la demeure ? C’est quelque chose que je vais suivre de façon régulière », a analysé son PDG, Marc Cadieux.

Chez les Teamsters, on prend les craintes patronales avec un grain de sel.

« Les camionneurs ont l’impression qu’il y a un mépris envers leur métier. Les patrons disent qu’ils vont perdre de l’argent, alors que leurs conditions de travail se détériorent. C’est pour ça qu’il y a pénurie », a conclu son porte-parole Stéphane Lacroix.