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Soigner Air Canada, mais à quel prix?

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La semaine dernière, une chercheuse spécialiste de notre système d’éducation m’a donné un coup de fil. Elle venait de voir qu’Air Canada avait recommencé à vendre des vols internationaux pour cet été. Elle n’en revenait pas.

Selon elle, rien qui puisse compromettre la réouverture des écoles ne doit être pris à la légère. 

Pour rouvrir notre économie, il faudra d’abord rouvrir les écoles et les services de garde. 

Autrement, comment les parents se rendront-ils au travail ? 

Un virus qui voyage

La reprise des vols à des fins touristiques lui apparaît poser un risque inutile. Il y a encore des foyers d’éclosion actifs dans plusieurs pays et la COVID-19 est arrivée ici par des voyageurs. Tellement que la frontière canado-américaine est fermée au tourisme jusqu’à la fin juin. 

Air Canada mentionne qu’elle a des procédures pour réduire les risques de propagation de la COVID-19 par ses passagers. En plus des mesures de prévention élémentaires, on prendra la température de tous les passagers. Les passagers en classe économique auront aussi plus d’espace.

J’ai contacté deux chercheurs spécialistes de la santé publique pour connaître leur opinion sur ces mesures. Tous deux se disent d’accord avec la médecin en chef du Canada : on est en droit de douter de l’efficacité de ces mesures. 

À quoi sert cette prise de température, alors que la source de propagation la plus inquiétante passe par les malades asymptomatiques ?  

Pour l’argent ?

Les nouvelles offres d’Air Canada arrivent alors que la compagnie vient d’annoncer une perte trimestrielle de 1,049 milliard de dollars. Tout juste au moment où elle courtise le gouvernement fédéral – donc le contribuable – pour obtenir de l’aide. Drôle de hasard. 

Air Canada a un gros incitatif à recommencer à voler rapidement pour remplir ses coffres. Et aussi pour gagner la course aux parts de marché qui est sur le point de s’amorcer. 

Est-ce que cette course à l’argent nous précipitera vers une deuxième vague ? Seul le temps nous le dira. Dans tous les cas, il est impératif qu’Ottawa serre la vis au transporteur. 

Quelles garanties d’Ottawa ?

Avant de nous exposer au tourisme international, le fédéral doit nous offrir des garanties. D’abord en nous présentant un plan strict de refermeture des pistes d’atterrissage en cas de deuxième vague. 

Ensuite, en prenant les moyens pour que tous les passagers arrivant en sol canadien soient testés aux frais des compagnies aériennes. Incluant ceux ne présentant aucun symptôme. Et là encore, on est peut-être loin du compte. Selon un article récent paru dans Nature-Medicine, les tests seraient toujours incapables de déceler le virus pendant les quatre derniers jours d’incubation de la maladie. 

Finalement, si un citoyen canadien friand de risques décide de partir pour l’étranger et qu’il s’y retrouve bloqué, on doit nous garantir que le contribuable ne paiera pas le gros prix pour les faire revenir ! 

Entre nous, je doute qu’Ottawa ne prenne toutes ses responsabilités sanitaires dans ce dossier. L’enjeu commercial est trop important. Mais on peut toujours espérer. En attendant, voici mon conseil : évitez les aéroports et dépensez au Québec cet été ! 


Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM